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27/11/2020

Strategika 51

 Πάντα ῥεῖ…

Syrie: où mène le chemin de Damas?

Le sort de ce que l’on appelle l’armée syrienne libre paraît scellé. A Alep, Homs, Deraâ ou Deir Ezzour ou encore dans la périphérie de Damas, les groupes armés sont implacablement pourchassés par les unités de l’armée régulière syrienne.

Ce qui est nouveau, par contre, est l’arrivée de combattants étrangers d’un genre nouveau en Syrie. Les kamikazes. Ainsi, le 19 août 2012, un jeune marocain se fait exploser avec sa voiture à Damas.

Ce mode opératoire ainsi que ses véritables commanditaires, soupçonnés par beaucoup d’observateurs d’être des émanations des services secrets de trois pays occidentaux, n’est pas nouveau. L e 08 septembre  2001, dans le Nord de l’Afghanistan, deux faux journalistes marocains se font sauter en plein interview du commandant afghan Ahmed Chah Massoud.

En Irak, la plupart des kamikazes étaient par ordre d’importance des saoudiens, des libyens (de la ville de Derna en Cyrénaïque) et des marocains.

Al-Qaïda du Yémen en renfort  à la rébellion

Le fléchissement de l’ASL s’accompagne par une multiplication d’actes terroristes visant à terrifier les populations. Le flux de combattants étrangers continue puisque des yéménites d’Al-Qaïda de la péninsule arabe sont venus se joindre à la guerre sacrée d’Obama et des Saoud au Levant. Depuis trois semaines, Al-Qaïda au Yémen a cessé toutes activités et ses membres se sont officiellement reliés. Où? La Turquie via un pont aérien assuré par l’Otan et l’Arabie Saoudite. Du jamais vu de mémoire d’observateur: l’Otan assurant la logistique d’une organisation classée comme terroriste par la plupart des pays du monde, y compris les Etats-Unis. Mais l’histoire est riche en rebondissements spectaculaires.

D’un point de vue militaire, le combattant yéménite exige très peu de logistique, se montre endurant au combat et est habitué aux montagnes. Au dé&but des années 60,  l’Egypte de Nasser en a fait les frais en voulant intervenir au Yémen. L’armée égyptienne fut défaite par des yéménites que la presse du Caire avait largement sous-estimé le potentiel guerrier.

Les vétérans arabes d’Afghanistan en Syrie

Des avions de l’armée turque ont été utilisés pour amener des combattants tadjiks d’Afghanistan vers les camps d’entraînement de l’Otan dans le sud de la Turquie. Certains de ces combattants afghans ont été capturé au cours des combats en Syrie. Comme l’a rapporté le journaliste britannique Robert Fisk, un combattant afghan se croyait être en Palestine faisant face à l’armée israélienne. Cela révèle le degré de propagande déployée envers des ressortissants de tels pays.

Toutefois, les vétérans arabes d’Afghanistan ont d’autres sortes de motivation: l’argent. La mise en place par trois pays du golfe arabo-persique d’un système de paiement électronique a contribué à créer une sorte de mercenariat permanent focalisé sur la Syrie.

La déroute des Libyens

Les mercenaires libyens sont ceux qui ont eu à souffrir des plus grandes pertes en Syrie. Indisciplinés, certains d’entre eux étaient officiellement des blessés de la guerre de Libye soignés en Jordanie avant qu’on les retrouve subitement en Syrie. D’autres empruntaient les bases turques après un bref passage dans des camps de regroupement et de préparation en Libye. Au trois chefs de milices libyennes ont participé à la curée. Parmi les mercenaires, des dizaines de policiers en formation qui se sont transformé en snipers. Plus de 70 libyens ont été éliminés rien qu’à Alep. Des dizaines d’autres périront à la frontière turque ou libanaise. D’autres rebrousseront chemin et ont fini par rentrer via la Jordanie, non sans causer de sérieux troubles à l’ordre public dans ce royaume.

X ou Blackwater à la rescousse

L’état-major de l’armée syrienne le savait depuis un certain temps: des commandos américains, dont des Navy Seals et des commandos israéliens encadrent des contractuels de la firme militaire privée X, connue anciennement sous l’appellation de Blackwater. De sinistre réputation en Irak.  De son côté, la Grande Bretagne aurait engagé ses meilleurs commandos des SAS (Special Air Service) et du SBS (Special Boat Service) au Sud de la Turquie. Certains de ces hommes se sont infiltrés à l’intérieur de la Syrie aux côtés des combattants radicaux étrangers et de vrais ou faux journalistes à l’instar de l’israélo-américain Austin Tice.  Ils sont derrière la plupart des actes de sabotage exigeant un haut degré de technicité et la mise en place de balises servant à une éventuelle campagne aérienne contre des objectifs syriens. Les français et les turcs ne sont pas en reste mais leur rôle est d’orienter les factions les plus radicales des combattants étrangers vers la politique de la terre brûlée et les massacres.

L’économie syrienne épuisée

Dès  le début du conflit, des experts dont l’auteur de ces lignes avaient prédit un écroulement total de l’économie syrienne dans un délai de six à sept mois . Presque un an et demi plus tard, l’économie tient encore mais a été terriblement affectée. Certains secteurs sont sinistrés et des régions entières sont menacés d’une crise humanitaire grave. Seule la contrebande avec l’Irak et le Liban permet la continuation d’un flux commercial. D’où l’importance des postes frontaliers avec l’Irak et le contrôle des ports.  Cependant, l’Etat syrien dispose encore de lignes de crédit iranien. Et probablement russe mais cela est à confirmer.

Brahimi estime que la solution ne peut émaner que du peuple syrien

Rompu aux gestion des crises, le médiateur international, le diplomate algérien Lakhdar Brahimi a été excédé par les coups bas et autres intrigues qui se jouent au niveau des chancelleries. Il a délivré un message fort à l’adresse de ceux qui ne cessent de faire pression sur sa personne pour faire passer leur agenda. Il a estimé que la solution de la crise syrienne ne devait émaner que du peuple syrien et pas de l’étranger. Le message est clair. Brahimi est un homme averti. A Kaboul ou à Bagdad, il a eu tout le loisir de voir le degré et la complexité des intrigues des puissants. Il sait cependant que sa mission a très peu de chances d’aboutir vu l’opposition des Etats-Unis et des pays du golfe arabo-persique.

Une crise suivie avec un extrême intérêt en Corée du Nord

Très peu d’informations  sortent de Corée du Nord. Ce pays reclus vivant en autarcie est presque découpé du monde. Pas sur la Syrie. Comme toutes les armées du monde, le haut commandement nord-coréen a suivi et analysé les guerres de Washington dans le monde depuis 1991. Mais dans le cas de la Syrie, l’intérêt nord-coréen est d’autant plus accentué que ce pays est l’un des rares à entretenir des relations bilatérales soutenues avec Pyongyang. Le rapprochement entre les deux pays a été initialement l’oeuvre du général  Hassan Turkmani, assassiné dans un attentat à Damas le 18 juillet 2012. Cette coopération aurait abouti dans un certain nombre de domaines dont celui des missiles et de la doctrine. Le nouveau dirigeant nord-coréen Kim Jong Un, suit personnellement les évènements et a réuni à deux reprises avec son état-major pour en évaluer la portée et d’en dégager des « leçons ».

Où mène le chemin de Damas? 

Il ne fait aucun doute qu’Israël sera le plus grand bénéficiaire d’un éventuel changement de régime en Syrie. L’avènement d’un allié en la personne de Mohamed Morsi, le premier président égyptien issu de la mystérieuse confrérie secrète des Frères musulmans et la promptitude avec laquelle l’Arabie Saoudite, le Qatar et le Bahrein ont mis en commun leurs fabuleuses ressources financières afin d’abattre le régime syrien conforte Tel-Aviv.

Néanmoins, la contingence des territoires syriens au Golan, la présence au Nord d’un Hezbollah plus déterminé que jamais et le buzz délibérément entretenu autour des armes chimiques syrienne inquiète l’establishment israélien, à plus forte raison que ce dernier veut à tout prix une attaque contre les installations nucléaires de l’Iran.  Il est assez clair que malgré son immense arsenal sans cesse renouvelé sur le dos du contribuable américain, Israël n’a pas la capacité d’attaquer frontalement une République iranienne dont on connait pas le véritable potentiel militaire.  De surcroît quand Téhéran multiplie les allusion à une éventuelle solidarité stratégique avec Damas. Dans cette poudrière, il est fort à parier que nul ne sait où mène le chemin de Damas.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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