Conflit au Moyen-Orient: Damas contrôle Al-Qussayr

Assez souvent, les plans militaires les mieux préparés débouchent sur des résultats inattendus et pas forcément favorables à celui qui les a conçus. C’est le cas du conflit en cours en Syrie. Après plus de deux ans de conflit en grande partie alimenté de l’extérieur et relevant d’un plan plus global, ce qu’on a appelé printemps arabe a abouti à un drôle de printemps au Golan.

La prise de la localité d’Al-Qussayr par l’armée syrienne ne renforce pas seulement le contrôle de la province centrale de Homs par Damas mais étranglera les voies d’approvisionnement en armes et en capitaux des sponsors arabes de la rébellion à partir du Liban. D’où la panique de Ryad (Royaume d’Arabie Saoudite) et de Doha (Qatar) qui en appellent à une réunion d’urgence de la Ligue arabe sur la Syrie et si possible une réunion du Conseil de sécurité des Nations Unies. En parallèle, la chute d’Al-Qussayr dégage les confins syro-libanais. Ce que Tel-Aviv redoute en prétextant que cela facilitera grandement le transit d’armes iraniennes et autres vers le Hezbollah libanais. Plus encore, le contrôle par les unités de l’armée syrienne soutenues par les unités spéciales des renseignements aériens de la route entre Homs et Lattaquié d’un côté et entre Homs et Damas, interdira toute infiltration israélienne aux côtés des insurgés. La vidéo diffusée par la chaîne américaine d’information en continu FOX NEWS montrant des commandos israéliens s’exfiltrant de la partie syrienne du Golan est loin d’être un scoop. Des commandos de divers pays ont opéré à l’intérieur du territoire syrien depuis 18 mois. Quoique il devient de plus en plus difficile de le faire en raison d’une restructuration des forces armées syriennes et l’appoint de conseillers russes, nord-coréens, iraniens et irakiens.

Israël ne semble pas avoir beaucoup de choix. Il a commis une erreur stratégique et est en train d’en payer le prix. Cette erreur d’appréciation stratégique sur les capacités de défense dont dispose Damas a été partagée par quelques pays européens, lesquels ont effectivement fourni des armes en quantité à des factions radicales de la rébellion syrienne. Paris et Londres jouent aux vierges effarouchées sur ce dossier dont ils ont perdu la main sur le plan diplomatique. En bon sous-traitant, Ankara s’est rangé sous la solution américaine et son approche d’une conférence dite de Genève 2 co-parrainée avec Moscou. La France qui a été gravement désavouée par l’évolution du dossier tente un combat d’arrière-garde en multipliant les entraves et en exigeant la non participation de l’Iran, pourtant l’un des premiers pays concernés par le conflit syrien. En vain, puisque Washington considère le président syrien comme un interlocuteur incontournable.

Demeurent les pays du Golfe arabo-persique. Ni l’Arabie Saoudite ni le Qatar ne veulent entendre parler d’une solution négociée. Pas après avoir déboursé plus de 90 milliards de dollars dans cette grosse arnaque. Par dessus tout, une solution négociée qui permettra un renforcement de ce qu’ils appellent l’axe « chiite » leur paraît insupportable.

Tel-Aviv qui se considère en pleine guerre et dont les médias évoquent des « fronts », ne restera pas les bras croisés devant le renforcement et la convergence des objectifs de Damas, du Hezbollah, de factions de la résistance palestinienne et de l’Iran. Un commando du Front populaire de libération de la Palestine (gauche) a déjà agi au Golan en tirant un obus sur le mont Hermon. Téhéran a également laissé entendre qu’en cas de complication, ses troupes, c’est-à-dire les forces des Gardiens de la révolutions seront déployés au…Golan. Un scénario qui dépasse ceux des pires cauchemars des stratèges israéliens.

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10 Replies to “Conflit au Moyen-Orient: Damas contrôle Al-Qussayr”

  1. Question :

    Quand le Président de la République Arabe Syrienne, sont peuple, ses soldats auront remportés la victoire, comment les relations avec les pays des roitelets du golfe – ceux qui ont financés, armés, fournis….de nombreux mercenaires salafo-wahlibistes ayant égorgés, assassinés, violer, massacrés….de nombreux syriens….Quelles tournures font prendre justement ces relations et comment le peuple syrien, le gouvernement syrien va-t-il pouvoir entretenir ou pas des relations « diplomatique » avec ces Banquiers du crime/ des massacres du peuple syrien????

    La victoire de la Syrie ne fait aucun doute…. Mais offrira-t-elle l’impunité à ces pays voisins ayant organisé sa destructeur et celle de son peuple ?
    Comment apaiser la colère de ce peuple martyr ?

    Impossible d’oublier… Quelle type de relation mettre en œuvre avec les commanditaires des abominations commises sur le sol syrien ?

    Pensez-vous dégager des pistes de réflexion pour répondre à ces questions ?

    Hadria RIVIERE

    1. Bonjour Hadria RIVIERE,

      Je serais à la place de Bashar al Assad, aprés la fin du conflit, je ne lâcherais rien. A n’en pas douter, l’Occident va tout mettre en oeuvre pour l’écarter du pouvoir, mais il doit pouvoir compter sur la Russie, et la Chine, plus quelques autres amis non encore déclarés, mais qui à n’en pas douter ne mettront pas longtemps à se manifester.

      Bashar doit rester. C’est un fait. Si il est évinscé, le pays subira la même chose que les libérés du « printemps arabe » – Egypte, Tunisie, libye – en gros, un éclatement du peuple, et si il est un pays qui posséde un grand nombre d’ethnies, de religion, et de courants religieux différents; c’est bien la Syrie…Donc, oui, Bashar DOIT rester. Mais à charge pour lui de mettre de l’eau dans son vin, de provoquer des élections (qu’il gagnera sans peine, même sans tricherie), et de faire un printemps arabe syrien, mais débouchant sur une vrai démocratie – donc exit la police militaire, les arrestations arbitraires… – .

      Toute cette « révolution » ne se fera pas sans heurts, aprés ce qu’a subit le peuple pendant deux ans, il serait idiot de croire qu’il n’y aura pas de réglement de compte entre voisins (il suffit de regarder l’aprés libération de la France en 1945, et son cortège de violences). Mais si cette transition se déroule sans trop de problèmes, l’Occident n’aura pas son mot à dire – si tant est qu’il l’ait eu un jour – et devra admettre son échec. Rassurez-vous cela n’empêchera pas israël et consors de tenter d’autres manipulations, mais avec beaucoup plus de prudence.

      Pour résumer, à la place de Bashar al Assad, je réformerais la société syrienne, tout en faisant profil bas. Ne vous affusquez pas de ce terme, je ne lui conseille pas de baisser son pantalon, mais simplement de ne pas trop en rajouter dans la bravade. J’irais encore plus loin en lui conseillant de laisser en « paix » le Golan. Surtout pas de surenchère, cela ne serait pas profitable.

      Et pour finir, ne vous inquietez pas trop du Qatar et de l’Arabie Saoudite, ils ont misé gros dans cette affaire et ont perdu gros aussi. Cela ne va pas les déranger outre mesure, car n’oublions pas qu’ils sont sous la protection des USA et d’israël…Le problème pour eux, est qu’ils ont perdu énormément de crédibilité face aux autres pays arabes. Contrairement à la Syrie, l’Iran et le Hezbollah (qui, soit dit en passant, vient de reprendre la main au Liban). Cela pourrait donner des idées à d’autres pays musulmans et peut-être même dans le golfe, on peut toujours espérer…

      Donc, en gros, Bashar al Assad, ne doit s’occuper que de son peuple et de sa nation, dans un premier temps. Comme je l’ai dit plus haut, le Qatar et l’Arabie Saoudite sont intouchables, la Jordanie a commencé à faire machine arrière il n’y a pas si longtemps; et les djihadistes me direz-vous? Eh bien pour eux, la messe est dites. Ils n’étaient que des pions, et ils seront sacrifiés comme tel. Dommage, se sont des hommes, des Musulmans, eux-aussi, mais peut-on encore les voir ainsi aprés les horreurs qu’ils ont commis? Inch’Allah…

  2. Comment est-ce possible de dépenser 90 milliards de dollars pour aider les combattants en Syrie ?
    Soit 90 000 « rebello-terroristes ». Il leur faut 1 000 000 $ à chacun pour les recruter, armer et acheminer ?

    1. Au mois de Janvier, il me semble, l’ASL avait demandé à l’Occident une enveloppe de 500 milions de dollar pour créer un gouvernement, ça fait cher le ministre, non?

      Dans le décompte des 90 milliard d’aide, il ne faudrait pas oublier l’assistance des drones américains et israéliens; n’allez surtout pas croire qu’ils font ça gratuitement. Des clous! Le gouvernement français vient de s’en apercevoir. D’aprés une dépèche que j’ai lu hier, l’armée française va acquérir des drones (américains types Reaper et israéliens)pour les aider dans les conflits à venir, mais aussi au Mali. Etonnant, quand on sait que normalement la France devrait retirer ses troupes d’ici un mois ou deux, et que jusque là, c’était les USA qui assuraient la surveillance aérienne. Si la France préfère acheter des drones, plutôt que de les louer cela veut dire:

      -soit que le tarif de location est exorbitant,

      -soit que la « guerre » malienne est loin d’être finie.

      Ou bien les deux.

      Et en tout étât de cause, les armes coûtent cher, sans compter les intermédiaires qui prennent leur commission au passage. Certain vont jusqu’à dire, que tout l’argent passait dans les armes, et c’est pour cela que les djihadistes étaient obligés de manger des cadavres…Mais cela me paraît, pour le moins, être de l’humour noir. Trés noir, même.

      1. Concernant l’achat de drones par la France, il y a aussi une autre raison. L’une des principales raisons d’être de certaines guerres modernes est la vente d’armes. On pourrait même croire que ce qui pousse les Etats-Unis à prolonger les conflits est d’écouler le maximum d’armes auprès de ses alliés et ses protégés, tout en en expérimentant d’autres (une sorte R&D en live).

        1. Avic, est-ce que comme moi, vous trouvez bizarre, voire même extrèmement étrange, que la France n’ait pas suivi l’apparition des drones?

          Dassault, Thomson, Giat industrie (enfin, ce qu’il en reste), sans oublier EADS, toutes ses entreprises ne sont pas des néophytes dans la production d’armes, et notament volantes. Un drone, ce n’est rien techniquement parlant. Le plus « dur » étant le pilotage à distance. Mais là encore, ce n’est pas comme si la France n’avait pas de satellites, ni d’entreprises capables de fabriquer des logiciels de guidages.

          Bon, effectivement, si la France avait fait ses propres drones, avec ses guidages propres, les USA auraient sûrement été obligés de dépenser une fortune pour avoir accés aux codes. Hé, la France et les USA sont alliés, pour l’instant… Si les français décidaient une opération sans l’accord des américains, il faut bien que ceux-ci puissent tout annuler.

          Quand on sait qie la France a dépensé des milions pour des systèmes informatiques – limites inutiles et dépassés – sous Sarkosy avec l’appui des USA, et de Microsoft…

          1. Vous avez dit bizarre ? Vous avez tout dit… Pour tout ce qui vole, la France a toujours été au top. Et tout d’un coup elle se retrouve manchot, voire à l’age du silex, obligée d’acheter à qui de droit. Je ne m’étonnerai même pas si des techniciens US ou Israéliens accompagnaient ces drones pour expliquer leur fonctionnement.
            Il faut rajouter que l’Armée Française va également passer sous contrôle via Microsoft. Après ça, il ne restera plus qu’à rendre les clés de la maison.

          2. « Il faut rajouter que l’Armée Française va également passer sous contrôle via Microsoft. »

            Ouais, et en plus – et là cela devient trés trés bizarre, voire glauque – le seul corps de l’armée française qui ne va pas subir les coupes budgétaires induit par le livre blanc est la Marine. Ho, mais j’y pense, quel est le corps d’armée des USA qui a subit de plein fouet les coupes budgétaires? Ne serait-ce pas la Marine?

            En plus, une partie de la flotte française est basée en Méditerrannée (contrairement aux sous marin nucléaires qui sont basés à Brest). Ce qui permettrait aux américains de rapatriller la V° flotte – ou est-ce la VI°, je ne sais plus – et de la redéployer dans le Pacifique rapport à la Chine.

            Maintenant que j’y pense, normalement, la France « devrait » faire fabriquer un autre porte-avions parceque le Charles de Gaulle risque d’être insufisant (surtout qu’il passe plus de temps en cale que sur l’eau). Mais avec de la chance, les américains pourront nous en vendre un… Un Reaper en cadeau pour tout porte-avions acheté! Si c’est pas des soldes ça…

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