1. Malgré un nouvel afflux notable d’hommes et de matériel, la rébellion syrienne peine non seulement à se maintenir en dehors des zones rurales isolées mais accentue ses divisions intrinsèques du fait de profonds clivages idéologiques et politiques.  En réalité, la rébellion syrienne, toutes tendances confondues, ne s’est jamais remise de sa défaite stratégique à Al-Qussayr (non loin de l’antique Meggido). Sur le terrain, les rebelles sont boutés hors des cités périphériques de Damas, écrasés à Homs et à Lattaquié, pourchassés près de la zone de cessez-le-feu au Golan et mis en échec à Alep où le blocus mis en place par des groupes extrémistes armés depuis le début du mois sacré du Ramadan vient d’être percé par les unités d’élite de l’armée syrienne.

Cet ascendant des forces armées syriennes et des milices populaires permet à Damas de focaliser sur un autre aspect non moins dangereux du conflit en cours en Syrie: la guerre économique. Depuis des mois, des campagnes organisées de spéculation monétaire et financière ont grandement nui à l’économie syrienne et à la valeur de la livre syrienne. Cette spéculation est accompagnée par diverses pratiques telles que la contrebande, la fuite massive de capitaux, l’organisation de fausses pénuries, le sabotage d’infrastructures, l’introduction de fausse monnaies, la corruption et une hausse anormale des produits de base. Pour y faire face, le Premier ministre syrien Wael Al-Halaki a mis en place toutes une série de mesures de protection. Cependant fort insuffisantes. Le recours à des experts iraniens, aguerris par le blocus auquel leur pays fait face, a permis d’éluder l’effondrement de la monnaie nationale syrienne.

Le gouvernement syrien a beau mettre en place un système de rationnement en temps de guerre, impossible de stopper les pratiques spéculatives. En vertu du système de rationnement, chaque personne adulte a le droit à 300 grammes de thé par mois mais ce produit s’échange sous le manteau à des prix rédhibitoires et est surtout exporté en masse vers des pays voisins. La situation est telle que l’armée syrienne commence à cibler les milieux de la spéculation. Néanmoins, contre toute logique, l’économie syrienne tient toujours. Les liens commerciaux officieux avec l’Irak et l’Iran (ce dernier ne parvient ou ne veut plus payer ses créances internationales) ainsi que ceux bancaires avec le Liban expliquent en partie mais pas totalement la survie surprenante du système économique d’un pays non producteur d’hydrocarbures dont l’économie est basée essentiellement sur l’agriculture et le textile.

2. Des indications receuillies laissent entendre que les populations civiles et les unités militaires assiégées à Alep ont pu être ravitaillées par l’armée syrienne qui a du intervenir alors que son plan ne préconise pas un mouvement vers le Nord avant le mois de d’octobre afin de parer à toute nouvelle attaque combinée sur Damas comme ce fut le cas en juillet 2012. Le blocus imposé par les groupes les plus extrémistes de la rebéllion n’a pas tenu, moins par la vigueur de l’offensive loyaliste que par l’éclatement de conflits armés entre, d’une part, les groupes liés à Al-Qaïda et des factions de l’armée syrienne libre, et, d’autre part, le front d’Ennosra et les milices kurdes. La situation semble prendre un virage inattendu au Nord de la Syrie et en Turquie méridionale avec l’éventualité de la déclaration d’une entité kurde indépendante. Cette éventualité est fort redoutée par Ankara.

3. Plus au Sud, près du plateau stratégique du Golan, des accrochages ont encore opposé des militaires syriens et israéliens. Des unités de l’armée syrienne pourchassant des groupes armés liés à l’armée du Cham (pays de Sem, autre appellation du Levant regroupant la Grande Syrie, c’est-à-dire, la Syrie, le Liban, la Palestine et la Jordanie) près de la ville de Qunaytra, ont poursuivi les rebelles jusqu’à un poste militaire israélien désaffecté situé à l’intérieur de la zone contrôlée par Israël, provoquant une riposte israélienne. Mais les deux pays, soumis à d’intenses pressions internationales pour éviter toute escalade, n’ont pas donné plus d’information. Ce qui est certain est que du côté israélien, une nouvelle brigade chargée du Golan est en train d’être constituée à la hâte tandis que les meilleures unités de l’armée israélienne se massent en Galilée. Le Liban et les confins syro-jordaniens sont survolés par un nombre impressionnant de drones. Au point que la défense antiaérienne israélienne en a abattu un le prenant pour un appareil du Hezbollah. D’autre part, des information jamais confirmées et non-vérifiables font état du déploiement par Israël de missiles nucléaires tactiques non loin du Lac Tibériade. Si cette information est vraie, cela renseigne sur le degré d’inquiétude que suscite l’évolution-défavorable jusqu’ici pour la stratégie de Tel-Aviv-de la crise syrienne dont le théatre d’opération s’étend désormais de la province irakienne d’Al-Anbar à l’Est jusqu’au littoral libanais sur la Méditerannée à l’Ouest.

4. L’évolution défavorable de la crise syrienne suivant les intérêts géostratégiques américains et par voie de conséquence israéliens à re-évaluer l’ensemble de la stratégie arrêtée jusque là. La rencontre du Chef des services de renseignement israéliens avec ses homologues US aux Etats-Unis a pour principal objet une redéfinition de cette stratégie à la lumière des derniers développements régionaux. Si des officiels US tels que le Secrétaire d’Etat John Kerry martèlent publiquement et sans conviction qu’il est encore impossible d’établir une zone d’exclusion aérienne au-dessus d’une partie du territoire syrien, des chefs militaires au Pentagone évoquent pour la première fois la possibilité de recourir à une nouvelle arme: les bombardements orbitaux ou frappes cinétiques. En d’autres termes de lâcher à partir de l’espace ou plus précisément d’une orbite déterminée, une pluie de micro-météorites artificielles qui viendraient s’écraser à très grande vitesse sur une surface déterminée de la planète et, en l’occurrence ici, du territoire syrien. On sait presque rien sur cette nouvelle technique qui rappelle les lancer de fléchettes au dessus des tranchées de la première guerre mondiale  mis à part l’existence d’un programme assez ancien dénommé Thor. La chute d’objets métalliques (matériaux spéciaux) ou autres, lâchés à partir d’une orbite proche et tombant à la vitesse des météores sur le sol syrien serait quasiment impossible à intercepter par les moyens actuels de la défense aérienne ou des des moyens d’interception balistique. Chinois et Russes semblent très inquiets et travaillent d’arrache-pied à des contre-mesures. Un des points faibles de cette technique est son impossibilité à acquérir des cibles précises puisqu’elle dépends de plusieurs variables de la chute libre, de la gravitation et de la rotation terrestre. Ce qui en résulte un phénomène de dispersion plus ou moins important.

La chute de météorites en Russie en février 2013 causant des dégâts dans l’Oural et dans le centre de la Russie a alimenté pas mal d’hypothèses dont la plus tonitruante a été émise publiquement par l’homme politique russe Vladimir Zhirinovsky qui a nommément accusé les Etats-Unis d’avoir testé un système de bombardement cinétique au dessus de l’Eurasie. Une hypothèse que les médias n’ont pas jugé relever et ont classé comme une autre théorie du complot paranoïaque. Ce qui est certain, c’est que l’US Air Force a testé en Irak, durant la période s’étendant de 1998 à 2003, soit l’invasion de ce pays, toute une série de nouvelles armes telles que les bombes à béton (non-explosives), des masses d’acier, des bombes à émission électromagnétiques et d’autres.

Quoi qu’il en soit, les déclarations d’officiels US telles que celles du Secrétaire d’Etat John Kerry sur l’impossibilité d’imposer une zone d’exclusion aérienne sur une partie du territoire syrien ou celles encore plus lénifiantes de responsables européens niant toute volonté d’armer les rebelles cache mal la préparation de plans alternatifs assez novateurs pour tromper la vigilance des alliés de la Syrie. Ce n’est point un hasard si le Chef d’état-major des Armées des Etats-Unis d’Amérique, le général Martin Dempsey, évoque pour la première fois la possibilité d’utiliser des frappes cinétiques (Kinetic strikes) en Syrie.  Si cette éventualité se réalise, le conflit au Moyen-Orient et ses multiples avatars high-tech dénommés sous le nom générique de printemps arabe, auront connu l’usage de l’ensemble des technologies préfigurant le monde de demain (l’arme nucléaire n’en est pas une et figure parmi les techniques du passé) allant des révolutions 2.0, versions plus perfectionnées des premières révolutions colorées aux bombardements orbitaux en passant par de nouvelles techniques d’ingénierie sociales et informationnelles à travers un contrôle total de l’Internet et des moyens de télécommunication. Bien que toutes ces nouvelles techniques soient à leur balbutiement, elles auront un rôle déterminant dans les conflits futurs.

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Le conflit syrien verra t-il l'usage inédit d'armes spatiales?
Le conflit syrien verra t-il l’usage inédit d’armes spatiales?
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3 commentaires

  1. Bonjour Strategika51,
    Courage! Si vous avez opté pour une thématique plus légère et plus people, vous aurez attiré des centaines de milliers de visiteurs mais vous avez choisi une voie difficile. C’est tout à votre honneur!

  2. Les anciens Gaulois ont toujours été terrifiés du ciel. Ils craignaient par dessus tout qu’il ne leur tombe sur la tête. Nous y voilà avec ces nouvelles armes!!!

  3. Bonsoir strategika,

    Je voulais juste rectifier un point ou deux. La Syrie produit du pétrole, oh, pas autant que ses voisins, mais un peu quand même:
    « Le pétrole a en effet une position centrale dans l’économie syrienne. Les exportations vers l’Europe représentent entre un quart et un tiers des recettes du pays et 75 % des recettes d’exportation, soit 3,8 milliards de dollars. L’année dernière (2010), la Syrie a produit 387 000 barils de pétrole et exporté environ 110 000 barils. Ses gisements se situent pour la plupart dans la partie orientale du pays, près de sa frontière avec l’Irak et le long de l’Euphrate. »
    http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2011/09/02/l-ue-decrete-un-embargo-sur-les-importations-de-petrole-syrien_1566983_3218.html

    Il est à noter que cet embargo a été allégé pour permettre aux rebelles de vendre du brut servant à financer l’armement. Une sorte de pétrole contre des armes qui ressemble à l’embargo irakien…même quand il s’agit de le contourner.
    http://www.rfi.fr/emission/20130424-levee-partielle-embargo-petrolier-europeen-syrie-geste-symbolique-faveur-rebelles

    Ensuite, vous parlez de la fuite des capitaux, c’est aussi valable pour la Turquie:
    http://www.challenges.fr/economie/20130717.CHA2451/fuite-des-capitaux-3-milliards-de-dollars-de-capitaux-etrangers-ont-quitte-la-turquie.html?xtor=RSS-22

    Des fuites de capitaux, des manifestations de masse…il me semble que le couvercle de la cocotte minute turque vient de se refermer, et qu’il ne va pas falloir attendre longtemps avant qu’elle n’explose…Ou plutôt, qu’elle n’implose;

    Salutations, et bravo pour votre travail…

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