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24/10/2020

Strategika 51

 Πάντα ῥεῖ…

Conflit au Moyen-Orient: la stratégie du pire

Des frappes aériennes et balistiques sur la Syrie auraient peu d’effets sur les rapports de force immédiats dans ce pays mais leur persistence au-delà d’une certaine durée pourrait altérer les capacités des forces armées syriennes à combattre les groupes terroristes jusque là incapables de reconquérir le moindre territoire depuis leur défaite stratégique à Al-Qussayr.

Selon les informations disponibles et sous toutes réserves, les unités opérationnelles des  forces armées syriennes sont actuellement déployées près de 2600 points sur le territoire syrien. Elles sont soutenues par des milices paramilitaires en zone rurale.  Contrairement à l’armée régulière, ces milices relevant des comités de la défense populaire sont peu entraînées et mal-armées mais ont l’avantage de la connaissance du terrain.

Les soldats de l’armée syrienne appartiennent à toutes les confessions du pays (80% de musulmans sunnites) et proviennent de l’ensemble des provinces. Assez mobiles, ils nécessitent peu de soutien logistique. A titre d’exemple, un bataillon de fusillers de l’air privé de vivres et de munitions pendant plus de deux mois suite à une rupture des communications a pu soutenir le siège d’un aérodrome militaire en zone rebelle jusqu’à l’arrivée de renforts.  D’autres unités ont fini par battre en retraite, non sans détruire les installations et le matériel. Mais depuis le début de la guerre en Syrie, presque aucune unité ne s’est rendue. Tous les soldats exécutés par les rebelles ont été capturés. Les représailles de l’armée régulière sont systématiques et massives.

Les grandes agglomérations syriennes sont assez bien sécurisées. Damas, Tartous ou encore Lattaquié offrent des scènes de vie normales et les embouteillages automobiles y sont devenus légion. Les populations se plaignent de la spéculation et de la hausse des prix. Et depuis la menace d’une intervention étrangère, mêmes les fiefs anti-régime (hors islamistes) expriment leur rejet de toutes agression étrangère sous quelque motif que ce soit. Quasiment tous les syriens savent ce qui s’est vraiment passé en Irak voisin et toutes les horreurs commises dans ce pays par l’armée américaine.

C’est les zones rurales de Syrie qui ont le plus souffert du conflit. La Syrie est l’un des rares pays du Moyen-Orient a avoir atteint l’auto-suffisance alimentaire. Cette guerre a été dirigée contre le potentiel agricole du pays. Plus au Nord à Alep, c’est l’infrastructure industrielle qui a été visée. Les turcs ont pillé des centaines d’usines via des mercenaires ou des groupes terroristes.

Les élections présidentielles syriennes sont prévues en 2014. Le Président actuel, Bashar Al-Assad a promis qu’il respecterait le choix des urnes. Moscou y veille aussi. Les médias occidentaux et ceux des pays du Golfe arabo-persique, dépeignent souvent le conflit syrien comme étant un soulèvement armé populaire contre un dictateur. A Damas, on sait qu’Al-Assad ne dispose que d’une autorité limitée sur la vieille garde nationaliste et le haut commandement militaire. Les syriens savent que Bashar Al-Assad n’a jamais voulu faire de la politique et encore moins devenir Président. Fonction qui était réservée à son frère ainé Bassel Al-Assad, décédé dans un accident de voiture. De fait, l’élimination ou la disparition d’Al-Assad ne changera rien à la structure de l’Etat syrien car l’idéologie officielle est loin d’être restreinte à la seule Syrie. Le ministre de la défense ou encore certains intellectuels sont bien plus radicaux qu’Al-Assad ou son Premier ministre.  Contre toute attente, les syriens dans leur ensemble soutiennent leur armée même s’ils expriment leur opposition à la dynastie des Assad.

L’attaque des rebelles islamistes de Jobhet Ennosra contre la ville symbolique de Maaloula, l’une des dernières localités chrétiennes d’Orient où l’on parle encore la langue originelle du Christ, l’Araméen, a scandalisé les syriens, toutes confessions confondues. Ils savent qu’en cas de l’arrivée au pouvoir de ces groupes extrémistes, il y aura un bain de sang terrible contre les chrétiens dépassant celui qui a failli se produire en 1860, conjuré par un effort surhumain de l’Emir Algérien abdelkader et sa petite troupe armée.

Ironie du sort, c’est un prix Nobel de la paix qui veut à tout prix déclencher une guerre d’agression contre la Syrie.  Les syriens s’interrogent: « Obama déteste-il à ce point Israël qu’il veut déclencher un engrenage dans lequel l’Etat sioniste sera emporté?  » Car dans tous les cas de figure, l’enjeu et le risque sont immenses. Une attaque contre la Syrie pourrait inciter le Hezbollah à riposter en déclenchant une guerre avec Israël. Ce dernier, ne supportant aucune perte ou discrédit, pourrait à son tour engager une escalade pouvant atteindre l’Iran. Téhéran fermerait alors le détroit d’Hormuz, lancerait des attaques balistiques soutenues contre Israël et l’Arabie Saoudite. Entretemps, les Kurdes seront aux prises avec l’armée turque et les syriens pourront tenter de récupérer le Golan. Tel-Aviv paniqué serait tenté d’utiliser ses armes de destruction massive.

Donc c’est une sorte de stratégie du pire. Les milieux intellectuels savent qu’Obama a déjà échoué et que sa stratégie n’a aucune issue. Peu avant son élection, il avait suscité de l’enthousiasme à travers le monde sauf en Chine où un éditorial très officiel avait prévenu à l’époque que « cet homme est bien plus dangereux que Bush et que ce dernier est bien plus préférable ». On s’en est bien souvenu à Damas.

 

 

 

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