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Conflit au Moyen-Orient: 40 ans après la guerre d’octobre 73, la tension est très vive au Golan

Malgré d’intenses efforts diplomatiques plus ou moins secrets et clandestins menés par Washington et Moscou afin d’éviter l’embrasement du front du Golan, un plateau stratégique occupé par Israël en 1967 et annexé en 1981 au mépris de la légalité internationale, il semble que la tension entre la Syrie et Israël, techniquement en guerre depuis 1973 ne cesse de s’accroitre.

Lors de la quatrième guerre israélo-arabe d’octobre 1973, les combats les plus durs et les plus acharnés se sont déroulés sur le front du Golan. Un épisode passé relégué au second plan pour des raisons politiques. Les syriens n’ont jamais oublié la trahison du Président égyptien Anouar Sadate lors de ce conflit.

Selon des sources à l’intérieur du renseignement militaire syrien, les israéliens ont déployé depuis des années des armes nucléaires tactiques (de théâtre) au Golan.  La possession de ce plateau stratégique confère non seulement la maîtrise de l’ensemble de la région  mais surtout le contrôle des ressources hydriques disponibles dans une zone où l’eau risque de devenir un enjeu majeur.

A Damas, on estime que si la Syrie n’a pas tiré un seul coup de feu en direction du Golan occupé durant presque 40 ans, cela n’a pas empêché les services secrets syriens-pléthoriques- d’y mener d’intenses opérations de propagande visant à gagner les esprits et les cœurs des populations vivant en zone occupée.

Cependant, les choses ont commencé à changer à partir de juillet 2006 et la victoire relative du Hezbollah libanais sur Israël. La Syrie a joué un rôle de premier plan dans cette guerre de 33 jours et il s’en est fallu de très peu pour qu’elle n’entre pas en guerre de manière ouverte. Tel-Aviv jure alors de se venger de l’axe stratégique formé par l’alliance d’un acteur non-étatique, le Hezbollah avec deux Etats de la région: l’Iran et la Syrie. Conformément aux règles de la stratégie, il fallait commencer par le maillon le plus faible de cet axe ou du moins tel qu’il était perçu par les analystes: la Syrie. L’assassinat du Premier ministre libanais Rafik Hariri servit de point de départ à une intense campagne internationale agressive contre le régime syrien à l’issue de laquelle il finit par retirer ses forces armées du Liban. En 2007, des avions de combat israéliens bombardent un centre de recherches au centre de la Syrie soupçonné d’abriter un réacteur Nord-coréen. Les défenses anti-aériennes syriennes, relativement denses pour un pays arabe furent neutralisées par un brouillage électromagnétique usant de nouvelles technologies. La vieille garde du régime promet un retour de bâton et depuis lors c’est l’escalade. Ce que les syriens ne savaient pas alors est que la Turquie jouait un double rôle en faveur d’Israël. Ce sont les services secrets turcs et non israéliens qui réussirent à piéger Imad Moghnia, le chef militaire du Hezbollah libanais à Damas.

Au début de ce que les analystes israéliens ont ironiquement baptisé le Printemps arabe (la destruction arabe en hébreu), le régime syrien suivit avec détachement ce qui se passait en Tunisie et en Egypte. Après tout ces deux pays sont pro-occidentaux  et un changement de régime y était le bienvenu. En Libye, les médias syriens ironisaient sur la folie du colonel Gaddafi et les informations  selon lesquelles il utilisa l’aviation pour mater un soulèvement populaire. Des informations qui s’avérèrent fausses par la suite. Jusqu’au au jour du 15 mars 2011. Ce jour là trois adolescents appartenant à l’une des plus puissantes tribus du Sud de pays furent arrêtés à Deraa par des éléments d’un service de sécurité pour avoir dessiné des graffitis contre Al-Assad. Les trois jeunes sont passés à tabac. Leur tribu réagit violemment et s’en prend au gouverneur provincial qui gère fort mal et la situation et les négociations avec les notables locaux. Très vite, au milieu des émeutes apparaissent des hommes en civils assez bien armés qui ouvrent le feu sur les populations civiles et les forces de sécurité. La région est sensible de par sa contiguïté avec Israël et la Jordanie. Le gouverneur corrompu est limogé par Damas et les chefs locaux des services de sécurité sont relevés de leurs fonctions. Ironie du sort, le gouverneur, sa clientèle locale composée d’un mélange hétéroclite mêlant des chefs de la police et des barons de la pègre  rejoignent la rébellion. L’armée intervient. Ce sera le début d’une guerre dont personne ne soupçonnait à l’époque qu’elle allait déboucher sur une profonde restructuration des relations internationale et du plus important changement de paradigme des rapports de force au niveau mondiale depuis le découpage de Yalta en 1945.

Israël n’a pas cessé de concentrer ses forces sur le front Nord faisant face au Liban et au Golan. Des informations font état de la présence de près de 70 % des meilleures forces israéliennes sur ce front. De nouvelles brigades Golani sont mises sur pied et des villes comme Haïfa sont entourées de systèmes de défense antibalistiques. Plus encore, Tel-Aviv fit appel à son allié US qui y dépêcha plus de 3000 marines, des missiles antimissile, des avions de combat et des systèmes d’interception. En face, Damas dont les forces étaient activement engagées contre une guérilla soutenue par des acteurs internationaux et régionaux fit face au danger de l’épuisement et de l’over-stretching puisqu’il fallait assurer une dissuasion suffisante contre une Turquie ouvertement hostile et prête à en découdre et une Jordanie dont la position ambigüe ne portait guère à l’optimisme. Les infiltrations d’éléments des forces spéciales de l’OTAN furent endiguées avec succès grâce au soutien technologique fourni par la Russie. Restait le front du Golan, dont la défense ne devait en aucun cas souffrir des aléas de la guerre et de la situation des autres fronts. Une guérilla islamiste radicale s’installa au Golan sous supervision israélienne. Les incidents entre les deux pays se multiplient. Israël alla jusqu’à intervenir directement dans le conflit via des frappes aériennes et de missiles dont une sur Damas où fut utilisée une arme inconnue ayant provoqué une secousse tellurique de 4 sur l’échelle de Richter.

Epuisée par une guerre de plus de deux ans et demi, partagée entre trois fronts,  un afflux massif de combattants étrangers de plus de 82 pays dotés d’un armement de plus en plus sophistiqué fourni par l’Arabie Saoudite et la Turquie, l’effondrement de l’armée syrienne n’était qu’une question de temps pour Tel-Aviv. D’autant plus qu’en parallèle à la guerre, une autre guerre non moins acharnée visait l’effondrement financier et monétaire de la Syrie. Damas fait alors appel à ses alliés. D’abord le Hezbollah dont l’action à Al-Qussayr (près de l’antique site de Megiddo) fut déterminant et porta un coup fatal à la rébellion. Ensuite l’Iran qui intervint d’abord pour sauver le système monétaire syrien puis y envoya des éléments de la fameuse brigade paramilitaire d’Al-Quds (Jérusalem). De son coté, la Russie renforçait sa présence en Méditerranée orientale et déplaçait vers le Sud de son territoire des divisions aéroportées et des avions de combat. Moscou continua à livrer des armes et des munitions à Damas tandis que l’OTAN dont des pays membres juraient n’avoir encore pris aucune décision relative au sujet de l’armement des rebelles procédaient à des opérations clandestines de fournitures d’armes aux rebelles produites dans des pays d’Europe de l’Est  via des intermédiaires du marché noir et des courtiers issus de pays Arabes du golfe arabo-persique.

La situation aurait pu perdurer si l’Arabie Saoudite n’eut recouru à un expédient assez inédit en utilisant la Turquie. Des armes chimiques sont utilisées à une échelle relativement importante à la Ghouta dans la banlieue de Damas, entraînant un retour en force des Etats-Unis sur le thème de R2P (Responsabilité de protéger) et de l’intervention humanitaire musclée. Des pays comme la France dont le gouvernement a une rancune particulière et ancienne avec le clan Al-Assad sauta sur le train et suivit une politique étrangère totalement détachée des réalités et des enjeux. La Syrie se trouvait confronté à l’imminence d’une intervention militaire. Un jeu complexe s’engage alors entre Washington et Moscou à l’exclusion de tous autres acteurs impliqués qualifiés de simples sous-traitants et abouti à la Résolution 2118 du Conseil de sécurité ordonnant le démantèlement de l’arsenal chimique de la Syrie sous peine d’évoquer le chapitre VII de la charte des Nations unies. Texte qui marque à la fois la victoire de la Russie et du Président Bashar Al-Assad pour les uns et un dangereux précédant pour d’autres. Puisque les pays qui ont comploté contre la Syrie ont réussi à imposer un désarmement de son arsenal de dissuasion -certes obsolète- sans l’exiger de son ennemi israélien, infiniment mieux armé en termes d’armes de destruction massive.

Damas fit savoir par divers canaux dès le début du conflit et plus exactement depuis la décapitation de ses services de renseignements en juillet 2012 que le régime ne succombera pas sans déclencher une guerre avec Israël sur le plateau du Golan. Une hantise de Washington et de Ryad dont les compromissions se sont révélées au grand jour dans cette affaire. D’où l’intérêt accordé par les syriens au front du Golan. Un front qui risque d’être le détonateur à une guerre régionale ouverte sur tous les scenarii possibles.

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