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28/10/2020

Strategika 51

 Πάντα ῥεῖ…

Syrie. Croyez-vous, encore, au père Noël?

La question sur l’avenir de la Syrie a été, est et sera débattu sur tous les types de médias. Je n’ai pas la prétention d’en savoir plus que n’importe lequel des experts mandatés, ou non, qui assurent détenir la vérité. Il me semble, simplement, qu’une analyse à tête reposée vaut mieux qu’une réaction à chaud. « L’approche à froid » étant la ligne directrice de ce blog.

Tout d’abord, je voudrais appeler les choses par leurs noms, la Syrie n’est pas la victime d’une crise, ni d’une guerre civile – qui sous-entend que le peuple se batte contre le gouvernement, or, ici, le peuple est pris entre le marteau et l’enclume – ni d’un conflit. Non, on est bien en présence d’une guerre, avec une force extérieure qui tente d’envahir le pays.

Pour simplifier le cas syrien, on peut dire qu’il existe deux forces en présence:

– L’armée syrienne appuyée par le Hezbollah et dans une moindre mesure l’Iran et la communauté kurde;

– L’opposition, principalement constituée de l’ASL alliée à différentes organisations extrémistes, dont certaines classées comme terroristes.

Suite à la crise – pour le coup, il s’agissait bien là d’une crise digne de celle des missiles de Cuba – sur l’utilisation présumée d’armes chimiques par le régime, et l’autorisation donnée par Bashar al Assad à l’ONU pour la neutralisation de ses stocks, on serait en droit de se dire que la prochaine étape devrait se tenir autour d’une table ronde, du côté de Genève.

Problème: L’opposition, soutenue par les Amis de la Syrie – Allemagne, Arabie saoudite, Egypte, Emirats arabes unis, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Jordanie, Qatar et Turquie – se délite. Ses différents constituants prennent la clef des champs les uns après les autres. Pire, l’ASL impose, comme préalable à toutes négociations avec le régime, le départ de Bashar al Assad. Cependant, une date a été avancée pour la tenue de la conférence dite de Genève II – et qui me semble prendre la forme d’un ultimatum lancé à l’opposition – ce serait le 23 Novembre.

Maintenant, faisons un peu de politique-fiction. Admettons que la-dite conférence ait lieu, tous les protagonistes se retrouvent autour d’une table, et la seule chose qui puisse en ressortir, serait la mise en place d’élections le plus tôt possible, disons durant l’année 2014. On peut même imaginer quels seront les candidats. Bashar al Assad, un représentant de l’ASL, un représentant de l’opposition non-violente et quelques progressistes venant tenter leur chance. Dans ce cas de figure, qui douterait de l’issue du scrutin? Pouvez-vous – sérieusement – vous imaginer les syriens votant en masse pour l’Armée Syrienne Libre? Pour l’opposition non-violente muette depuis deux ans?

Et surtout, pour que les élections puissent avoir lieu, il faudra en passer par un cessez-le-feu…Là aussi, lequel d’entre nous pense que les djihadistes de l’Etat islamique en Irak et au Levant et leurs alliés syriens du Front Al Nosra vont gentiment, et au nom de la démocratie, déposer les armes? Il faut être saturé d’un rare espoir, pour imaginer que cela soit possible.

Mais tout ce cirque n’a pas échappé aux Amis de la Syrie. Voici deux déclarations, la première du chef de la diplomatie britannique William Hague:

Si les opposants ne participent pas au processus de paix, alors les Syriens ne pourront plus choisir qu’entre Assad et les extrémistes.

La seconde de John Kerry:

« Si Assad est réélu en 2014, la guerre continuera »

Cela ne laisse pas beaucoup de place au suspens, n’est-ce pas? Alors, quelles solutions pour mettre fin à cette guerre? La question serait plutôt – d’un point de vue Occidental – de savoir si cette guerre doit avoir une fin. Après tout, pour les Amis de la Syrie, rien ne sert d’aller jusqu’à organiser des élections, comme en Irak et en Afghanistan; le ver (les djihadistes) est dans le fruit. La somalisation est en route, cela fait même deux ans qu’elle dure, au nez et à la barbe des journalistes qui n’y voit que la lutte d’un peuple pour se débarrasser d’un tyran. L’autre solution, pour eux, passerait par la « disparition » de Bashar al Assad. Mais, attention, sans que cela puisse lui être reproché, sans preuves à charges, façon Mossad…Ceci dit, le doute s’installerait tout seul.

Pour ma part, je pense que nous sommes en présence d’une guerre d’usure, mais pas pour les combattants, pour les diplomates. Lavrov n’est pas près de prendre sa retraite, malheureusement.

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