Ses hommes sont déterminés, bien équipés et se battent pour l’instant contre trois armées régulières, deux guérillas, cinq milices et un mouvement armé. Ses opérations s’étendent de la sortie Ouest de Bagdad jusqu’à la Mer Méditerranée et ses stratèges viennent d’investir la ville irakienne de Falloudja en battant les unités les plus américanisées de la nouvelle armée irakienne alors qu’en Syrie ou au Nord-Liban, ils viennent d’infliger de lourdes pertes aussi bien à  l’armée syrienne libre (ASL-Rébellion) qu’ à l’armée régulière syrienne ou encore libanaise. Cette nouvelle armée de l’ombre, surgie du chaos en cours au Moyen-Orient a un titre: l’Etat Islamique d’Irak et du Sham (ancienne appellation de l’ensemble Syrie-Liban-Palestine)

En proclamant Falloudja comme capitale du Califat, les brigades de Daech et de l’Etat Islamique d’Irak et du Sham annoncent moins la portée de leur programme que la fin des frontières politiques en cours dans cette région du monde. Dans cette nouvelle géopolitique qui se dessine, dont les contours sont encore fuyants et trop vagues, un avatar d’Al-Qaïda vient d’émerger comme une force avec laquelle il faut compter.

Qui se cache derrière cette organisation et qui finance et arme ses brigades de plus en plus nombreuses? Comment un groupe armé parmi tant d’autres a t-il pu devenir en peu de temps une sorte d’Etat nomade flottant entre les provinces occidentale d’Irak, les provinces syriennes et le Nord du Liban?

La réponse à cette question sera complète lorsque les frontières seront abolies par la forces des choses et que créeront des Bantoustans éparses et rivaux basés sur des critères confessionnels (Sunnites, Chiites, Alaouites, Chrétiens Orthodoxes, Maronites, Druzes, etc.)  au Liban, en Syrie et en Irak avec une menace de désintégration de la Jordanie et une scécession en Turquie méridionale. Ce sera lors le moment idéal pour qu’Israël intervienne ponctuellement comme elle le fait aujourd’hui dans l’enclave palestinienne  de Gaza tandis que des drones US silloneront les cieux de l’ancienne Assyrie sous prétexte de chasser des terroristes comme ils le font aujourd’hui au dessus des zones tribales du Nord-Ouest du Pakistan. La route de Damas sera alors grande ouverte à une invasion israélienne sans trop de casse comme le fut Beyrouth en 1982…

Mais pour l’instant, c’est dans la province d’Al-Anbar et à Falloudja, ville deux fois martyrisées et quasiment détruite en entier par les corps expéditionnaires des Marines que la principale bataille va avoir lieu. Le gouvernement irakien du Premier ministre Al-Maliki, d’obédience Chiite a reçu une offre d’aide de l’Iran et des Etats-Unis d’Amérique. Les deux n’agissent pas pour les mêmes motifs et encore moins pour les mêmes objectifs. Le premier tente de maintenir le corridor stratégique qui le lie à la Syrie et au Hezbollah libanais ouvert tandis que les seconds joue une partition de chef d’orchestre en deux temps: créer le problème et l’éliminer tout en jaugeant de son potentiel d’utilité conjoncturelle…

La situation est tellement complexe que même si les troupes irakiennes soutenus par les tribus Sunnites et les milices de la Sahwa d’Al-Anbar auxquelles se joindront probablement d’autres milices venus de pays voisins arriveront à reprendre le contrôle de Falloudja et d’autres villes irakiennes tombées aux mains de l’armée de l’Etat Islamique d’Irak et du Sham, la menace que constitue cette dernière n’en sera pas moins entamée et sa capacité de nuisance posera de sérieux problèmes aux protagonistes du conflit en cours en Syrie.

Le conflit en cours au Moyen-Orient semble être arrivé à un tournant décisif. Plus encore que celui issu de la grande révolte Arabe de 1916 et de la situation établie après les fameux Accords de Sykes-Picot. On est donc bien loin du « printemps Arabe » qui est bel et bien mort et enterré. On se retrouve désormais à une guerre totale dont l’objectif n’est plus de remodeler la région mais de détruire sa configuration actuelle. Ce qui est certain est qu’aucun Etat de la région, y compris les plus protégé d’entre-eux, en l’occurrence Israël, l’Iran ou l’Arabie Saoudite, ne sortira indemne de la tornade actuelle.  Une tornade qui risque bien d’emporter bien plus que la région…

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