DSC_0055La région d’Asie-du Nord-Est est en proie à des tensions. C’est le moins que l’on puisse dire, mais cela commence à inquiéter; pour preuve, même Laurent Fabius se dit inquiet, c’est dire; mais ce n’est pas pour autant que l’armée française va aller reconquérir Saïgon, je vous rassure. Cependant, il m’a paru nécessaire de faire un état des lieux, un inventaire, bref, un article. Celui-ci ne se veut pas exhaustif, qui peut savoir de quoi sera fait demain? Mais j’espère que ces quelques lignes suffiront à vous faire une idée.

Commençons par énumérer les différents belligérants. On trouve: La Chine, la Corée du Nord, la Corée du Sud, le Japon et la Russie. On peut aussi rajouter, même si leur présence est essentiellement militaire les USA. Parmi ces pays, deux se détachent nettement, la Chine et le Japon.

Le Japon car il est l’ancien ennemi commun. Les guerres sont certes finies, mais elles ne sont pas oubliées. Les exactions commises alors, non plus. Suite à la capitulation de Tokyo en 1945, le Japon a tenté de faire profil bas, les corps d’armée ont été dissouts, les velléités coloniales enterrées, les criminels traduits en justice. Cependant, les aléas économiques font que le nationalisme reprend du poil de la bête. Je ne vais pas revenir sur la visite de Shinzo Abe au temple de Yasukuni, beaucoup d’articles ont été écrits là-dessus, et une majorité du peuple nippon n’a pas apprécié ce déplacement du premier ministre. Mais il n’y a pas que la dette culminant à 250% du PIB qui est à même de justifier cette escalade; c’est un tout. Dernièrement, une source sûre (que je salue) a fait un voyage au pays du Soleil Levant; il m’a révélé que le taux de radioactivité y est plus fort que ce qui est indiqué dans les médias, au moins dans la grande banlieue de la Capitale. En gros, le territoire est foutu! Si les habitants font semblant de ne rien voir, le gouvernement, lui, est parfaitement au courant… Pour résumer, une économie à l’agonie, une population vieillissante, un territoire inhabitable; la seule solution qu’ait trouvé Shinzo Abe est de redorer l’image du Japon en lui rendant sa gloire passée. Gloire qui consiste à brouiller les cartes géopolitique de cette région d’Asie, avec la bénédiction des USA, bien sûr.

La Chine, quand à elle, est le dénominateur commercial commun. Si pendant des années la Chine a été considérée comme une immense usine pour le reste du monde, depuis quelques temps Pékin s’ouvre un peu plus à l’Occident et aux méthodes libérales. C’est d’ailleurs un exercice de style assez spécial, puisqu’il consiste en un grand écart entre une gouvernance communiste et une libéralisation économique galopante digne de celle des USA à la fin de la deuxième guerre mondiale. Or, il est clair qu’un pays aussi grand et aussi peuplé, ne peut pas se contenter de manufacturer des produits universels, sans protéger ses intérêts et ses voies de ravitaillement. Car, ici, on touche du doigt le problème numéro Un de l’Empire du Milieu: l’énergie. Un croissance économique à deux chiffres amène fatalement une croissance sociale et sociétale. La classe moyenne chinoise est en pleine expansion, et même si des différences flagrantes existent encore au coeur des régions; l’occidentalisation prend son essor au sein des métropoles. Pour faire tourner les usines, pour les besoins de la population, il faut de plus en plus de carburants. Si les mines de charbons ont encore de beaux jours devant elles, une prise de conscience écologique à vue le jour, et tend à vouloir bannir ce genre d’énergies fossiles. Mais le problème n’est pas simple. Quelques centrales nucléaires voient le jour, mais l’approvisionnement en pétrole est la pierre d’achoppement du gouvernement. On assiste d’ailleurs, à une multiplication des voies de ravitaillement: Iran, Irak, Russie, Amérique du Sud, Afrique; la Chine est un baril d’Or Noir sans fond. Elle compte même acheter du gaz issu de la fracturation hydraulique au USA.

Les pays qui forment le continent asiatique ont tout intérêt à garder de bonnes relations avec ce voisin – souvent gênant, parfois opiniâtre – qui achète tout, vend tout et se militarise. Avec la modernisation de ses armées, la Chine est en passe de pouvoir tenir tête aux troupes US déployées dans la région. L’agrandissement de la zone aérienne d’identification au-dessus des îles Senkaku/Diaoyu a démontré sa détermination, et ce n’est pas le vol de deux B-52 au-dessus de ladite zone, ni la collision évitée de justesse entre des escorteurs chinois et un destroyer américain qui vont les décourager…

La Corée du Nord, elle, n’a pour allié que la Chine. Mais peut-on seulement parler d’alliance? Un partenariat semble plus adéquat. Partenariat commercial, bien entendu. Cependant, les accords commerciaux ne sont pas de tout repos; la personnalité du dirigeant nord-coréen y étant pour beaucoup. Alors que fait Pékin avec Pyongyang, me demanderez-vous? C’est simple, Pyongyang sert aussi les intérêts de la Chine dans la région, comme peut le faire un épouvantail. Imaginons un instant ce qui se passerait si les deux Corée se réunifiaient. Pensez-vous que les trente milles GI’s rentreraient gentiment chez eux? Il y a peu de chances…Pour l’instant ils sont occupés à espionner les communications de Kim Jong Un, ce qui laisse Pékin tranquille – bon, il ne faut pas être devin pour penser que les USA profitent de la proximité de Séoul avec la Chine pour espionner l’Empire du Milieu. Néanmoins, La Chine reste sur ses gardes, toujours en rapport avec la personnalité du leader nord-coréen, pour preuve, elle vient de faire un exercice militaire le long de sa frontière avec la Corée du Nord; exercice qui a mobilisé 100 000 hommes! Ce qui permet, d’une part, de montrer au monde que Kim Jong Un ne peut pas se prévaloir de l’alliance inconditionnelle de la Chine; et d’autre part que la Chine a du répondant sur le plan militaire…

La Corée du Sud. Ce pays est partagé entre son voisin du Nord, et celui de l’Ouest. Son principal allié n’est autre que les USA. Alliance militaire, puisque 28 500 soldats US sont cantonnés sur son territoire – principalement le long de sa frontière avec la Corée du Nord – un nouveau bataillon devrait être déployé (600 hommes); alliance énergétique, puisque qu’un accord de coopération nucléaire civile avait été signé en 1974. Il y a d’ailleurs un soucis avec ce contrat, qui interdit à la Corée d’enrichir de l’uranium et de retraiter les déchets issus des centrales nucléaires. Séoul voudrait passer outre, les américain non. Pour l’instant, les deux parties se sont données deux ans de plus histoire de réfléchir en vue d’un accord. La Corée du Sud possède une industrie de pointe qui fait défaut à nombres de pays, elle a donc décidé de relancer son aéronautique militaire. En plus de ses chasseurs légers qu’elle va vendre à Bagdad; elle est en train de développer un chasseur de dernière génération; mais il se murmure qu’elle pourrait aussi tomber dans le piège du F-35…Pour certains experts, la Corée du Sud est le nouveau Japon de la région. Pas sûr que cela fasse plaisir aux coréens, en plus de la polémique autour de l’appellation de la Mer de l’Est/Mer du Japon, Tokyo a décidé d’indiquer dans ses nouvelles directives pour les manuels scolaires – destinés aux collégiens et lycéens – ses revendications territoriales concernant les îlots Dokdo, qui sont sous juridiction sud-coréenne…

La Russie de Vladimir Poutine est certainement le pays qui fait le moins entendre sa voix. On l’a néanmoins entendue suite à la visite de Shinzo Abe au temple de la discorde, mais dans l’ensemble, c’est le silence radio. Il est vrai que elle aussi est un partenaire commercial du secteur. Pétrole et gaz pour la Chine et le Japon, une ligne de chemin de fer devrait relier la Chine à la frontière russe via la Corée du Nord. Il semblerait même que le différent qui oppose Moscou et Tokyo à propos des iles Kouriles soit mis de côté pour l’instant.

Reste donc les Etats-Unis. Sa suprématie sur ce secteur tend à se réduire, et rapidement. Ils doivent faire face à une marine chinoise en pleine expansion, un Japon à l’agonie, la menace nucléaire nord-coréenne, et en règle générale une perte d’estime de la part de quasi tous les pays riverains. Washington a donc décidé de dégainer sa dernière arme: le TPP (Trans-Pacific Partnership); le partenariat commercial sur le même mode que celui proposé à l’Europe. Pour l’instant, grâce à la fracturation hydraulique, les USA ont du répondant, mais que se passera t-il lorsque cette manne disparaîtra? Idem pour l’industrie agro-alimentaire portée haut par Monsanto; les ventes risquent de ne pas s’envoler aussi vite ni aussi haut qu’escompté; Pékin ayant décidé de se pencher sur la pollution et la qualité alimentaire.

Tous les éléments sont en place pour que nous assistions à une escalade belliqueuse. Pour l’instant c’est le status quo. Les dirigeants se regardent dans le blanc des yeux, et jouent un jeu dangereux. Le Japon vient de faire un pas en arrière en invitant la Chine et la Corée du Sud à une table ronde. Shinzo Abe, dans un souci d’apaisement, a décidé de relancer un projet de normalisation des canaux de transmissions audios avec la Chine – en cas de danger immédiat – qui datait de 2009. Pékin reste prudent mais ne ferme pas la porte pour autant.

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