Grand reporter au Figaro, le journaliste Auvergnat rentre de Syrie. Cet ex-otage en Irak est retourné aussitôt au Moyen-Orient, dont il est l’un de plus fins connaisseurs.

Info- Pourquoi la religion est-elle le seul avenir pour ces jeunes qui partent à la guerre en Syrie ?
Georges Malbrunot- Avant, l’idéologie en vogue c’était le nationalisme arabe, qui a périclité. Depuis l’islamisme a prospéré. Quand une idéologie disparaît, une autre prend le relais. Les Palestiniens, Arafat, tout cela c’était du nationalisme laïque, des types qui buvaient de l’alcool… On les a progressivement écartés et tués.
700 Français sont déjà partis en Syrie. Evidemment, ils ne vont pas combattre avec l’armée syrienne libre, mais avec Al Qaïda. Ces jeunes sont quelque part de nouveaux soixante-huitards. Ils contestent le système, et la façon la plus extrême de le rejeter, c’est d’aller faire la guerre sainte. Imaginez ce qu’ils vont côtoyer en Syrie, et quand ils reviendront, ils joueront aux caïds et vont poser un problème énorme.

Info- Depuis quand les islamistes ont pris pied en Syrie ?
GM- Ils sont arrivés très vite, au bout de six mois. Al Qaïda en Irak, c’était tout à la fin. Les Islamistes ont pris le pas sur l’Armée syrienne libre, aujourd’hui décimée. Ils ont différentes tendances plus ou moins dures. Les salafistes qui essaient d’épurer la rébellion de la composante jihadiste. il y a le front Al Nosra via l’Irak qui rêve du Etat islamique du Levan, l’adoubement d’Al Zawahiri…
En France, on n’a pas voulu voir l’arrivée des islamistes, aussi bien Sarko que Hollande. On a réagi dans l’émotion. Les premiers jihadistes sont venus d’Arabie saoudite, puis de Libye, Tunisie, Jordanie, Tchétchénie, et aussi de France. En Afghanistan, il y avait 50 Français, une poignée au Mali, et là ils sont 700. D’autres jeunes arrivent de Belgique, Angleterre, Espagne…

Info- Comment font-ils ?
GM- Ils prennent un billet d’avion pour Istanbul, puis entrent en Syrie. La France vient d’envoyer deux délégations de la DGSE et de la DCRI, au patron des renseignements syriens- et pourtant Dieu sait si on lui a craché dessus. Il leur a répondu, « vous nous chiez dessus depuis deux ans, allez vous faire foutre. Sinon, vous rouvrez votre ambassade à Damas ». Les services de renseignements espagnols y vont, et les Allemands aussi.

Info- Vous avez interviewé Bachar El Assad. Qui est- ce ?
GM- Les Français qui le connaissaient bien ont été très mauvais, depuis le début. Il fallait lui parler, on l’a excommunié. Cet homme est tout sauf un fou. C’est un chef de guerre qui s’est imposé et se battra jusqu’au bout, car il se sait condamné à mort. Contrairement à ce qu’on dit à Paris, il n’a jamais été menacé, et son régime est très solide, soutenu par l’Iran, la Russie, l‘Irak, le Liban…
Il pense venir à bout de la rébellion dans un an, et continuer à vivre comme avant. Ses services sont capables d’envoyer quelqu’un avec des bombes à Paris. Ils l’ont fait dans le passé. Son physique n’en impose pas. C’est une grande asperge avec une tête au bout d’un long cou.

Info- Quel serait, selon vous, le scénario le plus noir ?
GM- Une espèce de Somalisation. Al Qaïda s’implanterait et ferait des attentats au Liban. Le régime tiendrait certaines zones d’un pays complètement éclaté…
La situation actuelle va se poursuivre de manière sanglante, sauf si une issue politique devient possible à Genève. Mais je n’y crois pas trop. Les positions des uns et des autres sont trop éloignées, et il n’y a pas de confiance.
Le régime ne négociera qu’avec des adversaires qui lui baisent les pieds. Ce sont des gens extrêmement durs. Le conflit va durer tant qu’il y aura du fric, tant que les Saoudiens financeront les rebelles. Tant, aussi, que la Turquie laissera passer les combattants.

Entretien : Jean-Jacques ARENE

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