08/08/2020

Strategika 51

 Πάντα ῥεῖ…

Le bal des vampires

Haaaaa, ils ont été nombreux les politiciens de tous bords – et même un philosophe français, enfin, il me semble – et de tous les pays; à se précipiter au chevet de l’Ukraine malade. Ils ont été nombreux, aussi, à déclarer que l’Ukraine devait intégrer l’Union Européenne. Ils se sont tous indignés de voir les morts civils en omettant volontairement les policiers tués. Ils ont consciencieusement fermé les yeux sur les idéaux politiques d’une certaine partie de l’opposition. Et maintenant que le président est tombé, qu’on assiste à une chasse à l’homme du genre de celle de Louis XVI, ou de Ceausescu, ce même beau monde félicite l’opposition pour son courage, sa ténacité, son abnégation, etc, etc…

Oui, mais voilà, les dés étaient pipés d’avance. L’année dernière lors des négociations sur l’accord d’association, l’UE avait proposé 610 millions d’euros d’aide financière à l’Ukraine. En décembre, après l’échec de l’accord, Kiev avait chiffré à 20 milliards d’euros l’aide financière dont le pays avait besoin. Une petite différence mais qui n’a pas mis la puce à l’oreille de l’opposition. La Russie a alors sorti son as de sa manche, et a proposé quinze milliards d’Euros, et une baisse de 30% du prix du gaz russe (qui représente 60% du gaz consommé en Ukraine); elle a donc logiquement remporté le contrat. C’est à mon avis ce qui a précipité les évènements et la chute du régime: l’impossibilité pour l’UE de s’aligner sur la proposition russe.

Problème à venir pour Bruxelles, réussir à garder Kiev dans son giron. Le ministre des Finances par intérim Iouri Kolobov a évalué lundi à 35 milliards de dollars dans les deux années à venir les besoins d’aide financière de l’Ukraine et a réclamé l’organisation d’une conférence internationale de donateurs. De son côté, le porte-parole du Fonds monétaire international – Gerry Rice – dit discuter avec toutes les parties concernées, mais le FMI préfère attendre la formation d’un gouvernement avant de se prononcer. Autre intervenant, Gernot Erler, le chargé des relations avec l’Europe de l’Est du gouvernement allemand, qui lui n’y va pas par quatre chemins:

« Il y a trois donateurs potentiels: l’Union européenne, le FMI et bien sûr la Fédération de Russie, et jusqu’à maintenant le problème principal est qu’il faut négocier des conditions, mais avec qui? Personne ne va signer un chèque en blanc ».

« Les manifestants du Maïdan ne s’attendent bien sûr pas à devoir se serrer la ceinture, mais j’ai bien peur qu’à terme (les Ukrainiens) ne puissent pas y couper »

Je ne suis pas certain que Vladimir Poutine soit d’accord pour donner un Rouble pour sauver un futur gouvernement qui lui serait hostile…Mais l’UE peut toujours rêver. Même le principal lobby bancaire y va de ses prédictions, en effet, l’Institut de la finance internationale (IIF, qui représente quelque 450 banques à travers le monde),à souligne la gravité de la situation:

« Afin d’éviter un effondrement total non pas dans les prochains mois mais dans les prochaines semaines, l’Ukraine a besoin d’argent maintenant« .

« Les caisses de l’Etat sont vides« , a souligné Lubomir Mitov, économiste en chef à l’IIF pour les pays émergents en Europe. Les défis économiques en Ukraine sont « gigantesques« . 

Thomas Gomart, directeur du développement stratégique de l’Institut français des relations internationales, y va aussi de ses analyses:

Un montage avec le FMI « ne se fera pas sans l’acceptation de réformes extrêmement profondes avec un coût social extrêmement élevé » (cela ne vous rappelle rien? NDLR), dit-il, alors que les nouvelles autorités sont « issues de la Rada (le Parlement), le lieu par excellence de la corruption ukrainienne ».

Cette « hypothèse est assez peu probable en réalité », conclut-il au sujet d’une aide du FMI et de l’UE: « Les désillusions risquent d’être rapides et la situation reste très inflammable en Ukraine ».

De son côté, « Moscou est très silencieux et attend son heure pour le retour » et ne manquera pas de rappeler que la Russie « reste le principal partenaire commercial de l’Ukraine ».

Ainsi soit-il. L’Occident a tout fait pour faire basculer l’Ukraine à l’Ouest, mais quand il s’agit de passer à la caisse, il y a beaucoup moins de volontaires. Et, à mon avis, la Russie n’a pas dit son dernier mot. Si elle a perdu la bataille de la rue, elle pourrait emporter la guerre économique, faisant ainsi subir une défaite humiliante pour l’UE et ses sbires. Sans oublier la communauté russophone qui, elle non plus, n’a pas dit son dernier mot, puisqu’elle est simplement muselée par les médias occidentaux, mais cependant, bien présente…

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