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18/05/2021

Strategika 51

 Πάντα ῥεῖ…

Guerre en Syrie: de la révolution colorée à la révolution géopolitique

Le ciblage de la Syrie après son encerclement depuis des années a permis l’accélération de l’émergence d’une force conjointe formée des unités spéciales de l’armée arabe syrienne et des combattants d’élite du mouvement libanais du Hezbollah.

Ce rapprochement amorcé peu de temps avant la guerre du Liban en 2006 durant laquelle le Hezbollah libanais a pu repousser un assaut israélien sur le Liban avec l’aide de la Syrie (au point où Damas a envisagé une entrée effective en guerre à un certain moment) s’est renforcé, non sans provoquer de sérieux remous géopolitiques: la campagne anti-syrienne soutenue sur le plan international avec comme prétexte l’assassinat non élucidé de l’ancien Premier ministre libanais Rafik Hariri coïncidait avec des tentatives de déstabilisation du très fragile équilibre politique au Liban avec pour objectif le découplement de l’axe Hezbollah-Damas-Téhéran et l’écartement du Hezbollah de la carte politique libanaise.

Puis vint le fameux “printemps arabe” inhérent à un changement de paradigme stratégique de l’axe Washington-Tel-Aviv dans son approche avec ce qu’ils identifient comme l’environnement immédiat et lointain d’Israël. Une sorte de révolution colorée étendue et se propageant suivant la théorie des dominos. Intervenant dans un monde arabe en pleine ébullition, miné par des régimes autoritaires ou laxistes  et subissant de plein fouet les effets désastreux de la mondialisation, le plan a initialement réussi avant d’être mis en échec en Libye, soit le maillon faible de la série. Car en Libye, Washington a du  envoyer l’Otan et la France en supervisant les opérations militaires from behind sans être vraiment content du rendement. Cependant, c’est sur le chemin de Damas que le printemps arabe est définitivement enterré.

En Syrie, la révolution colorée, initiée le 15 mars 2011 s’est vite transformé en cauchemar pour les Etats-Unis et ses alliés. Mise en échec des offensives diplomatiques occidentales par Moscou et Pékin, plus de trois ans de guerre acharnée, mobilisation totale de l’armée syrienne, une armée dont la doctrine et la raison d’être est de lutter un jour contre l’ennemi israélien; création d’un bloc régional de facto entre l’Iran, l’Irak , la Syrie et le Hezbollah libanais;  retour effectif de la Russie au Levant et surtout le retour de la marine russe dans les eaux de la Méditerranée orientale.

Israël est intervenu militairement à plusieurs reprises durant le conflit syrien. En vain. La Turquie d’Erdögan y a joué son va-tout et l’Arabie Saoudite est allé jusqu’à financer  le Pakistan comme au bon vieux temps de la guerre contre les Soviets en Afghanistan en échange d’un flux d’armes et de combattants issus d’Asie centrale et du Sud à destination du Levant. Mais la résilience du pouvoir syrien demeure intacte.

Furieux de cette fâcheuse évolution, l’empire décide de punir la Russie et de lui rappeler son rang sur l’échiquier mondial. La crise en Ukraine sert de tremplin vers une éventuelle révolution colorée à Moscou ou du moins à un renforcement de l’encerclement et de l’endiguement de la Russie. Cette stratégie est mise en oeuvre mais avec d’autres moyens contre la Chine en Asie-Pacifique.

Moscou a réussi à éviter la troisième guerre mondiale au Moyen-Orient mais se retrouve avec une crise sérieuse sur ses marches occidentales susceptible également de déboucher sur un conflit mondial. D’autant plus que l’empire, moralement et éthiquement effondré, fait montre de très peu de scrupules à attiser les conflits et les tensions.

On était loin de se douter en 2011 qu’une révolution colorée dans un pays arabe du Levant allait mener à une révolution géopolitique.

Cela rappelle étrangement les remous des guerres balkaniques peu avant 1914. En espérant que la commémoration de l’une des plus grandes boucheries humaines de l’histoire ne soit pas occultée cette année par un autre conflit…

Un soldat des forces spéciales syriennes (à gauche) avec un combattant du mouvement libanais du Hezbollah en Syrie. La guerre en Syrie a cristallisé les alliances et a permis l'émergence de nouvelles forces.
Un soldat des forces spéciales syriennes (à gauche) avec un combattant du mouvement libanais du Hezbollah en Syrie. La guerre en Syrie a cristallisé les alliances et a permis l’émergence de nouvelles forces.
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