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12/04/2021

Strategika 51

 Πάντα ῥεῖ…

Libye: le général Hefter soutient des frappes aériennes algériennes et égyptiennes à l’intérieur de la Libye

En Libye, l’odyssée de l’ex-chef militaire de l’armée de Gaddafi au Tchad, tombé en disgrâce depuis avant de revenir lors de la guerre de Libye, continue. Les troupes du général Khalifa Hefter se heurtent à une coalition hétéroclite de milices armées, aux redoutables forces de Misrata ainsi qu’aux milices extrémistes de ce que l’on appelle communément Al-Qaïda…et les milliers de combattants volontaires revenus des champs de bataille de Syrie et des camps d’entraînement situés en territoire turc.

Pour la première fois depuis l’annonce par l’Otan de la fin des opérations militaires en Libye, des avions de guerre ont bombardé des dizaines de positions situées dans et aux alentours de plusieurs villes libyennes.

Les médias ont tendance à annoncer un peu vaguement que des “avions bombardiers appartenant aux forces de Hefter” seraient derrière les raids aériens en Libye. Or, rien n’est moins sûr.

Le général Hefter vient de déclarer qu’il soutenait sans aucune forme de réserve d’éventuels raids aériens qu’effectueraient des avions de combat algériens à l’Ouest de la Libye  et égyptiens à l’Est afin de défendre leurs territoires respectifs contre ce qu’il a nommément qualifié de ” virus terroristes”. Loin de s’arrêter à cette déclaration, il affirme que la sécurité des frontières de la Libye n’est plus du ressort du gouvernement de Tripoli, lequel est dépassé par les évènements, mais du ressort exclusif de l’Algérie et de l’Egypte. Hefter demeure fort prudent et fuyant sur d’éventuels contacts qualifiés de préliminaires avec Alger et Le Caire.

Cependant, qui aide le général Hefter en lui fournissant un appui aérien tactique? Si l’on écarte d’emblée Alger lequel s’en tient, du moins publiquement,  mordicus au principe de non-ingérence en dehors de ses frontières, l’Egypte et les Etats-Unis demeurent les deux pays qui puissent jouer ce rôle là en Libye. Ce n’est pas pour rien que des observateurs soupçonnent que des drones d’attaque et non pas des avions de combats ont ciblé des locaux à Benghazi et à Tripoli.

A 71 ans, le général Hefter n’est pas un inconnu de la scène politique libyenne. Ayant commandé les brigades libyennes durant la guerre du Tchad en 1984, il abandonne son poste après la déroute et s’exile à Washington où il devient un des principaux opposant au colonel Gaddafi.  Il réapparait en 2011 lorsque la guerre en Libye fait rage mais ne peut jouer aucun rôle significatif tant les influences étrangères sont nombreuses et contradictoires. On le dit proche ou approché de la CIA américaine sans avancer de preuves. Ce qui est sûr est qu’actuellement Hefter bénéficie du soutien d’au moins cinq pays dans sa guerre pour la restauration de la paix civile en Libye. Si l’appui de Ryad et des Emirats Arabes Unis est assez clair, de même que celui de l’Egypte du Général Abdel Fattah al-Sissi  qui vient de remporter sans aucune surprise la majorité absolue des suffrages dans son pays, le rôle réel de Washington demeure flou.

Les Etats-Unis se sont embrouillés tous les pinceaux en Libye et pas seulement. Ils y ont perdu leur ambassadeur dont la personne a subi les pires outrages avant d’être sommairement exécuté aux côtés de quatre commandos des Navy Seals de la marine US. l’Affaire dite de Benghazi n’a pas livré ses secrets et son ombre pèse déjà très lourd sur la candidate aux prochaines élections présidentielles aux Etats-Unis, Hillary Clinton.

Mais revoyons les faits bruts:

Qui a soutenu médiatiquement, financièrement et matériellement les milices extrémistes libyennes?

Qui a joué la carte de la division en Libye afin que des les grandes multinationales du pétrole (en fait deux) puissent exploiter tranquillement les riches gisements d’hydrocarbures que le régime du colonel Gaddafi leur a interdit durant près de quarante ans?

Qui a établi des camps de recrutement, d’orientation et d’acheminement de combattants libyens et étrangers à partir de la Libye vers la Turquie et de là vers la Syrie?

Qui a déplacé des armes chimiques libyennes et les a fournis aux rebelles syriens?

Qui a pris possession de l’or libyen?

Et enfin pourquoi les mouvements des forces du général Hefter en Libye sont-elles suivies par un redéploiement des forces US en Espagne, en Sicile, au Sud de l’Italie, en Crète et au large de la Libye, au point où certains observateurs hostiles à l’apparition de Hefter ont souligné que cet homme prépare une intervention américaine en Libye?

Si on connaît plus ou moins certaines réponses au puzzle libyen, d’autres questions demeurent sans réponses. Techniquement et fort malheureusement, la Libye est un Etat en faillite. Malgré de fabuleuses richesses énergétique et une populations fort réduite. Cela a des répercussions géopolitiques évidentes sur un voisinage inquiet mais dont l’inaction devient de plus en plus sonore. Quid de la force de réaction rapide Nord-Africaine relevant de l’Union Africaine?

En attendant, les libyens commencent à perdre patience. Ils savent surtout que leur avenir est concocté ailleurs.

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