Grande première depuis 1996, le président iranien en exercice – Hassan Rohani – est en visite d’état en Turquie. Lors d’une entrevue avec son homologue turc (Abdullah Gül), ils se sont engagés à coopérer pour mettre un terme aux conflits qui agitent le Moyen-Orient, notamment en Syrie.

Si ne ne peut pas remettre en cause la volonté de Téhéran de sortir Damas de la guerre, il n’en va pas de même avec Ankara.

Bon, même si cela me désole, il faut bien trouver des circonstances atténuantes au gouvernement turc; les mêmes que pour l’Occident: les ressources énergétiques. Ankara dépend en grande partie de la Russie et de l’Iran pour ses approvisionnements; or si la Turquie n’a pas trop pris parti sur le conflit ukrainien (et par là même préservé ses accords avec Moscou), ses attaques répétées contre le régime syrien pourraient vite se retourner contre elle si Bashar al-Assad sort vainqueur du conflit qui ravage la Syrie depuis plus de trois ans.

De plus, pour augmenter ses apports énergétiques, le plus court serait de passer par l’Iran. Mais Téhéran est sous le coup d’un embargo lié à son programme nucléaire et qui diminue ses livraisons de pétrole et de gaz. Une solution temporaire a été trouvée en achetant du pétrole à la région autonome kurde d’Irak. Cependant, Bagdad n’est pas d’accord avec cette solution et des échanges houleux ont eu lieu entre Bagdad et la Région Autonome Kurde (et ont toujours lieu, aux dernières nouvelles).

Mais revenons-en à l’échange qui nous intéresse, le cas de la Syrie. Voici les déclarations de Hassan Rohani:

L’instabilité qui existe dans la région ne sert personne, ni dans la région, ni dans le monde. Nos deux pays ont accepté de travailler ensemble et de faire de leur mieux.

Evoquant plus précisément la situation en Syrie et en Egypte, M. Rohani a jugé important que ces deux pays puissent bénéficier de la stabilité et de la sécurité, que le vote de leurs peuples soit respecté et qu’il soit mis un terme à la guerre, aux effusions de sang et aux tueries entre frères.

Et celles d’Abdullah Gül:

Nous souhaitons tous les deux faire cesser les souffrances dans la région (…) nous sommes déterminés à y parvenir. Les efforts conjoints de la Turquie et de l’Iran peuvent apporter une contribution importante à cet effort.

Vous noterez que le président turc ne mentionne pas les élections présidentielles syriennes; et pour cause, si Téhéran à félicité Bashar al-Assad pour sa victoire à la présidentielle du 3 juin organisée dans les zones contrôlées par le régime; le ministère turc des Affaires étrangères a qualifié lundi ce scrutin de nul et non avenu et d’impossible à prendre au sérieux…

Que faut-il voir dans ces déclarations de l’Etat turc? Une énième bravade? Un appel du pied à Moscou? Ou tout simplement une tentative de rallier les électeurs avant les élections présidentielles? Sûrement un peu des trois, mais lorsque l’on connait le ressentiment de plus en plus grand qui agite le peuple, on peut se dire que tout n’est pas gagné pour Gül et Erdogan…

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Un commentaire

  1. le gouvernement turc : juge
    et partie

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