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30/09/2020

Strategika 51

 Πάντα ῥεῖ…

Vers la fin de l’Irak et son implosion en trois pays?

La situation complexe en Irak risque d’aboutir à une reconfiguration majeure du pays et sa fragmentation en trois, voire quatre entités étatiques dont les relations les uns avec les autres ne seront point ne seront point pacifiques.

Après le déferlement des colonnes infernales de l’Etat Islamique d’Irak et du Levant et l’adoption par cette véritable armée non-étatique (on évoque des effectifs de plus de 50 000 hommes!) de techniques inspirées par les organisations terroristes  israéliennes des années 40 aussi bien que des tactiques militaires de Mao Tsé Dong lors de la guerre civile chinoise, les chefs de la diplomatie US et britannique ont rendu visite à Bagdad pour y rencontrer le très médiocre Premier ministre Al-Maliki mais également au Kurdistan autonome où Al-Barazani tente d’exploiter le chaos pour faire avancer le projet d’un Kurdistan indépendant.

Sur le terrain, les forces kurdes ont investi la ville pétrolière disputée de Kirkuk avant de déclarer que cette ville appartient au Kurdisan, déclenchant l’ire de Bagdad. Al-Barazani ne lésine sur les moyens en s’étant assuré le soutien inconditionnel d’Israël dont il assure une partie des besoins énergétiques fossiles, et pousse le bouchon jusqu’à tenter un compromis avec Washington pour amener la Turquie à accepter l’idée d’un Kurdisan irakien indépendant malgré les anciennes velléités séparatistes des kurdes de Turquie.

La création d’un Etat national kurde au Nord de l’Irak sera de nature à chambouler toute la géopolitique de la région puisque cela aura un impact immédiat sur les minorités kurdes disséminées entre l’Iran, la Syrie et la Turquie.

La Turquie est en guerre contre le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) depuis 1984.

Comme on le voit, la carte kurde, longtemps ignorée par Washington, est relancée pour de bon cette fois dans le cadre du chaos lâché sur le Moyen-Orient avec comme objectif de détruire l’axe Damas-Téhéran ou du moins le noyer dans un l’anarchie.

Il n’est pas dès lors étonnant que le Premier ministre israélien appelle à la création d’un Etat kurde indépendant. Une première. Il fait dire que les liens commerciaux liant Israël et le Kurdistan irakien sont très étroits et denses dans la mesure où le Kurdisan irakien est devenu la principale plate-forme de distribution de produits israéliens dans le monde arabe dans son ensemble.

Bien entendu, il n’y a pas que les Kurdes qui demandent l’indépendance. Les Turcomans, les Assyriens et les Sunnites ne verraient pas d’un mauvais œil la création de leurs propres entités étatiques en réaction à la politique raciste et très discriminatoire du pouvoir chiite d’Al-Maliki, lequel a érigé la discrimination confessionnelle en politique d’Etat. Ce dernier, très controversé et appelé à démissionner au sein même de son clan, est en train de très mal gérer l’une des crises les plus graves dans l’histoire de l’Irak post-Saddam. Et ce n’est pas l’appui russe, qui se base moins sur une improbable amitié avec Bagdad que sur de pures considérations géostratégiques à portée régionale qui va éviter la fragmentation de l’Irak.

Le pouvoir de Bagdad aurait pu gagner la sympathie de la communauté sunnite, autrefois puissante du temps de l’ex-Président Saddam Hussein, face à la déferlante de l’EIIL. Mais Al-Maliki a choisi de réprimer l’ensemble des sunnites en suivant le radicalisme sectaire d’un Imam Sadr, agent patenté de la CIA américaine. Cette erreur d’évaluation et de perception risque de coûter très cher à l’Irak puisque désormais même les sunnites les plus modérés envisagent la création de leur Etat.

L’insistance des médias irakiens contrôlés par Bagdad sur la poursuite des ex-officiels de l’ancien régime de Saddam Hussein alors que le pays est confronté à une très complexe opération de subversion d’un type nouveau renseigne sur le degré de priorité du pouvoir à Bagdad.

En choisissant de fournir à Bagdad des avions de combat et des images satellite, Moscou espère éviter la création d’une zone libre envahie par l’EIIL et dont la contigüité avec les frontières turques pourrait être utilisée comme le point de départ d’une offensive généralisée contre son allié la Syrie.  Toutefois, la complexité des enjeux internes en Irak sont tels que la situation risque de déraper à tout moment. L’Irak ayant été à la fois le maillon faible et suspect d’une profondeur stratégique s’étendant du Liban à l’Iran.

C’est dans cette anarchie totale que l’Iran tente de renforcer sa mainmise sur un Irak au bord de l’implosion.

Moins qu’une balkanisation, l’Irak va tout droit vers trois ou quatre Bantoustans, lesquels seront en guerre perpétuelle pour le contrôle des vastes richesses pétrolifères du pays et seront d’autant plus faciles à manipuler par les grandes puissances. Pour corser le tout, la Turquie revendique désormais Mossoul comme faisant partie de son territoire, suscitant la colère des Sunnites, des Chiites et des Kurdes irakiens.

Est-ce la fin de l’Irak? Tout porte à le croire.

 

 

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