07/08/2020

Strategika 51

 Πάντα ῥεῖ…

Exécution de James Foley: ce que l’on vous dira jamais…

Suivant un code de communication consacré par des groupes radicaux d’obédiences incertaines depuis quelques années dans Irak post-Saddam Hussein, notamment par ceux prétendant se battre exclusivement contre les Etats-Unis d’Amérique, l’organisation terroriste de l’Etat Islamique en Irak et au Levant a procédé à la décapitation de l’américain James Foley et mis en ligne la vidéo de cet horrible forfait sur Youtube.

L’américain y apparait en combinaison orange, le crâne rasé. Les mains ligotés derrière le dos. Tenu par un bourreau cagoulé et tout de noir vêtu, parlant un anglais britannique avec un accent multiculturel. La mise en scène est serrée et étudiée. La combinaison couleur orange n’est pas sans rappeler celle des détenus dans les géôles américaines et l’image de Guantanamo n’est pas loin.

Comme d’accoutumée, les médias mainstream et les officiels des Etats-Unis tentent de jouer sur l’émotionnel, non sans une petite tentative d’ersatz d’un Pearl Harbor maintes fois ressassé, passant par des déclarations selon laquelle cet acte inhumain est “une attaque contre les Etats-Unis d’Amérique” et aboutissant aux déclarations du chef d’état-major des armées US sur la nécessité de frapper l’EIIL en …Syrie! Mince! A Damas, on a failli ne pas le voir venir ce lob à angle convexe!

On a oublié un peu vite que lors de la disparition et non le kidnapping de Foley en Syrie, les médias mainstream d’Occident et du monde arabe pro-US avaient accusé sans preuve et à l’unisson le gouvernement syrien de l’avoir kidnappé. Tout est bon pour acculer Al-Assad. Mais passons…

Au delà de l’acte en lui-même fort répréhensible, arrêtons nous un instant et posons nous la question: qui est réellement James Foley?

James Foley s’est fait connaître pour la première fois lors de la guerre de Libye. Bénéficiant d’une “aide logistique”, il est rentré illégalement en Libye en mars 2011 en provenance d’Egypte et a rallié avec deux autres “journalistes” les pseudo-révolutionnaires libyens à Bengazi. Mais très vite il est capturé par des éléments de l’armée libyenne et transféré le 18 mars 2011 à l’hôtel Rixos à Tripoli. Expulsé vers la Tunisie alors que la législation libyenne de l’époque prévoyait la peine de mort pour les espions étrangers ayant pénétré clandestinement à l’intérieur du pays, Foley réussit à y revenir et il est signalé près de Sirte en septembre 2011 aux côté du sinistre mercenaire US combattant aux côté des rebelles libyens, Martin VanDyke. Il sera également aperçu avec celui qui deviendra l’ambassadeur Stevens, assassiné à Bengazi bien après la chute du régime de Gaddafi.

C’est James Foley et Martin VanDyke qui ont inventé de toutes pièces les histoires autour d’une prétendue présence de mercenaires africains pro-Gaddafi en Libye. C’est également les mêmes qui ont bidonné des histoires sur de supposés hélicoptères venant d’un pays voisin de la Libye pour porter secours au régime de la Djamahirya.

Après la chute du régime libyen et le chaos qui s’en est suivi et lequel dure d’ailleurs jusqu’à aujourd’hui, Foley s’embarque pour la prochaine cible: la Syrie. Il pénètre illégalement dans ce pays à partir de la Turquie méridionale en 2012 à la tête d’un véritable “commando” de vrais faux journalistes accompagnés par des rebelles syriens et des agents du MIT turc. Il “couvre” la guerre en Syrie dans plusieurs localités aux côtés des rebelles syriens, avec un intérêt particulier pour les radicaux islamistes, participant à la mise en place d’uns stratégie de propagande de guerre à leur profit.

Scénario classique, Foley est lâché par ses encadreurs. Disparu en Syrie, il se retrouve en Irak septentrional, “hôte” de l’organisation terroriste de l’Etat Islamique d’Irak et du Levant dont les hordes étrangement trop bien armées se battent avec acharnement contre les armées régulières de Syrie et d’Irak ainsi que contre toutes les autres organisations non-étatiques de la région.

Hôte ou otage, Foley accompane l’évolution foudroyante de l’EEIL et sa transformation en une force notable dans le jeu complexe en cours en Orient. Puissance renforcée par sa capture de plusieurs champs pétrolifères et des facilités que lui offrent de très douteux intermédiaires du marché noir du pétrole pour la vente de cette énergie fossile à des pays de l’Otan.

La prise de Mossoul par l’EIIL et son avancée sur Erbil, capitale du Kurdistan irakien, changent la donne pour Washington et ses alliés régionaux. L’égide se transforme en glaive. On utilise le pion kurde contre l’EIIL devenu une menace régionale majeure. C’est-à-dire un motif suffisant pour intervenir militairement aurprès d’un allié et couper les voies de communications entre l’Iran et la Syrie avant de neutraliser cette dernière.

L’exécution de Foley est venue en temps opportun et souscrit à toutes les conditions requises pour la promotion des paradigmes de la stratégie mise en place par les think tanks dits néoconservateurs US et proches d’Israël: justification d’une intervention, promotion de l’Islamophobie et de la nécessité d’une guerre sans fin contre la terreur et surtout poursuite des objectifs géostratégiques axées autour de l’énergie et de l’hégémonie. On observera en passant qu’Israël, exploitant à fond l’indignation internationale ayant suivi la décapitation de Foley, en a profité pour bombarder des immeubles d’habitations à Gaza au mileu d’une indifférence internationale généralisée.

Foley a t-il payé de sa personne un engagement auquel il croyait, un peu comme l’ambassadeur Stevens , tous deux lâchés par leurs hiérarchies et probablement piégés et sacrifiés par la CIA? Raison d’Etat. Outre le fait qu’ils devaient en savoir un peu trop sur les coulisses de ce fameux printemps arabe et l’éclosion consécutive de ce fléau constitué par l’Etat Islamique, Les individus ne comptent guère devant tant d’enjeux. Il y a longtemps qu’ils sont devenus une ressource jetable après usage. On achève bien les chevaux. Mais d’un autre côté, à trop semer le désordre, ils ont fini par en être les victimes.

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