Boko Haram est toujours là. Même si tous les regards sont tournés du côté du Proche-Orient, les intégristes qui ravagent le Nigeria n’ont pas renoncé à leurs projets. De massacres en enlèvements, ils continuent à faire parler d’eux; enfin, parler, c’est une façon de voir les choses, puisque les médias occidentaux sont muets, sinon aveugles.

Car il n’y a pas que Ebola qui soit contagieux, les visions étriquées des djihadistes aussi. Pour preuve, la semaine dernière, suite à la prise de Gwoza, une ville du nord-est du Nigeria, le chef de cette bande d’islamistes – Abubakar Shekau – a fait cette déclaration dans une vidéo:

Merci à Allah qui a donné à nos frères la victoire à Gwoza, qui fait désormais partie du califat islamique

Le mot est lâché: le Califat Islamique! La question est de savoir lequel? Car si Boko Haram avait été un des premiers groupe radical à faire allégeance au califat islamique de l’EI et à son chef Abou Bakr Al-Baghdadi, dans la vidéo postée sur les réseaux sociaux il n’est nulle part fait mention d’Al-Baghdadi ou de l’EI.

Alors, simple oubli, ou création d’un nouveau califat? Le chef de Boko Haram voudrait-il jouer les filles de l’air et voler de ses propres ailes? Après tout, si l’EI commence à donner des sueurs froides aux occidentaux (mais surtout un prétexte pour bombarder la Syrie), le Nigeria ne présentant aucun intêrets pour ces mêmes occidentaux, Abubakar Shekau y a peut-être vu l’opportunité d’asseoir un autre califat sur des bases solides. D’autant plus que les combattants potentiels ne manquent pas dans cette région; la Centrafrique, la région des grands lacs ont déjà fait les frais de leurs exactions. Mais cette liste est loin d’être exaustive.

Si les membres de l’EI ont pour but de destabiliser la région comprise entre la Syrie et l’Iran (afin de couper les approvisionnements iraniens et donc affaiblir le régime de Damas – voir article précédent), ceux de Boko Haram sont un peu moins visibles mais tout aussi redoutables: retarder l’avancée économique chinoise dans l’ouest de l’Afrique. Et pour l’instant les pièces se mettent en place, mais bientôt Pékin n’aura plus le choix. Ce sera le repli ou la défense. Pour ce qui est de la défense, pas sûr que l’ONU se presse pour déployer des troupes au Nigeria. Idem pour l’Africom, et pour la France, même si le ministre de la guerre – Jean-Yves Le Drian – aimerait bien faire un tour sur les anciennes terres anglaises, la situation au sein du gouvernement fait que pour l’instant les militaires vont rester dans les casernes et en Centrafrique (au grand dam d’une partie de la population qui commence à faire entendre sa voix et à manifester son impatience).

Bref, tout est en place pour que la situation se dégrade un peu plus.

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