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Paradox [CPS] WW
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28/11/2020

Strategika 51

 Πάντα ῥεῖ…

La technique du « gagnant-gagnant »

L’ennui avec les ennemis créés de toutes pièces, c’est qu’en même temps les forces sensées les contrer font – en général – le travail pour lequel ils sont payés; d’autant plus qu’ils reçoivent des dotations en argent, armes, munitions et personnel à la hauteur de la menace. Du coup, les fauteurs de trouble se retrouvent en prison, quand ce n’est pas au cimetière, ce qui n’aide pas les commanditaires. A fortiori si les emprisonnés font partie des leaders, c’est une grande perte d’expérience pour la cause, doublé d’une perte de temps et d’argent, of course…

Dans ce cas-là, il n’y a guère de solutions; soit le groupe rebelle tente une libération par la force (avec les risques que cela comporte), soit on attend bien sagement que le lascar purge sa peine, ce qui risque d’être long, surtout s’il est condamné à la perpétuité. Mais heureusement pour eux, les commanditaires ont inventé un concept – en fait vieux comme le Monde – afin de les libérés, à la vue de tous, et sans soulever la moindre objection, à part chez les victimes et les organisations qui s’en occupent, mais personne ne s’en soucie… Voici donc la Technique du Gagnant-Gagnant.

Pour faciliter la compréhension, inventons un exemple. Imaginons que vous décidiez de déstabiliser un pays quelconque – au hasard, mettons un pays situé au Sahel, le choix est vaste – pour parvenir à vos fins il vous faut des méchants, très méchants, et habitants la région. Le plus simple est de recruter du côté de la pègre ou des laissés pour compte, la demande est forte, en général.

Lorsque vous aurez trouvé un ou plusieurs leaders, vous leur donnerez quelques cours accélérés en maniement d’armes, en technique de guérilla, pour ce qui est de la cruauté ils n’ont généralement pas besoin de cours. Ensuite, libre à eux de trouver des hommes pour étoffer leurs rangs. Mais le plus important vient juste après le recrutement, il faut absolument qu’ils trouvent leur assurance vie sous les traits d’un occidental quelconque (touriste ou travailleur, aucune importance) et qui pullulent dans ces contrées.

Assurance-vie, car en cas de coup dur il servira de monnaie d’échange contre de l’argent (si le commanditaire venait à faire défaut), ou plus sûrement pour assurer la libération du leader ou de ses lieutenants. Cerise sur le gâteau, si vous (le commanditaire) faites partie de la classe dirigeante de votre pays, vous aurez permis la libération d’un otage ce qui pourra redorer votre blason, surtout si vous êtes à 13% de bonne opinion dans les sondages – même si les précédents ont montré que le gain espéré était largement surestimé, il suffit de demander ce qu’en pensent Édouard Balladur, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy…

Vous pensez certainement que c’est de la politique fiction? En êtes-vous si sûr? Cela vient de se répéter cette semaine, et personne n’a rien vu. Le groupe incriminé se nomme AQMI (Al-Qaeda au Maghreb Islamique), l’otage Serge Lazarevic et le président libérateur François Hollande.
Suite à sa libération (après trois ans de privation de liberté) les médias ont parlé d’une rançon énorme payée par la France; rien n’est plus faux, Paris n’a pas versé un centime, par contre, quatre prisonniers ont été libérés; cette info, que certains journaux avaient laissé filtrer vient d’être confirmée par le ministre malien de la Justice, Mohamed Ali Bathily. D’après lui, Mohamed Ag Wassoudene, soupçonné d’être l’un des initiateurs de l’enlèvement, et son complice présumé Haiba Ag Acherif, faisaient partie de l’échange. Cependant le ministre a tenu à préciser que cet échange s’était déroulé dans un « cadre bien précis », précisant que des Maliens faits prisonniers par des djihadistes à Kidal, dans le nord du pays, avaient été également échangés: « Nous l’avons fait pour les Maliens, car ils étaient plus de 38 militaires maliens, préfet malien, policiers et gendarmes maliens qui ont été libérés de la même manière et avec le même type d’échange »

Je ne tiens même pas à spéculer sur le nombre de détenus relâchés, ni sur la possibilité qu’ils puissent cesser leurs activités afin de reprendre une vie dite normale…

Pour ceux qui auraient encore des doutes, voici un autre exemple: Le 27 novembre 2014, le chef de guerre tchado-centrafricain Abdoulaye Miskine a été libéré par les autorités camerounaises, probablement en échanges de 26 otages qui avaient été kidnappés par les hommes de Miskine pour protester contre sa détention au Cameroun depuis septembre 2013. Abdoulaye Miskine de son vrai nom Martin Koumtamadji, chef du groupe armé centrafricain du Front Démocratique du Peuple Centrafricain (FDPC) a été libéré par les autorités camerounaises et embarqué dans l’avion du président congolais et médiateur de la crise centrafricaine Denis Sassou Nguesso puis reçu par ce dernier à Brazzaville. Abdoulaye Miskine était incarcéré au Cameroun depuis le 16 septembre 2013, étant suspecté d’avoir préparé des attaques contre des villages sur le territoire camerounais. Pour plus d’informations, lisez ceci.

Ainsi ce termine la démonstration de la Technique du Gagnant-Gagnant. Vous noterez au passage que certains rebelles ne semblent pas être intéressés par cette technique, comme ceux de Daech; mais c’est uniquement parce qu’ils n’ont aucun problème pour le recrutement, ni en ce qui concerne le financement, cependant la mise en scène (entendez par là la mise en ligne des tueries) des exécutions a une autre fonction; celle de permettre l’adoption de lois liberticides dans les pays occidentaux afin de lutter contre des intégrismes fabriqués de toutes pièces…

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