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20/09/2021

Strategika51 Intelligence

 Πάντα ῥεῖ…

15 mars 2011-15 mars 2015: quatre ans de guerre au Moyen-Orient

15 mars 2011, les médias syriens semblaient assister mi-amusés mi-médusés à ce qui se passait alors en Libye. Un éditorialiste officiel s’était même interrogé sur la nature d’un régime qui osait utiliser des avions de combat contre sa propre population. Au même moment, des rapports faisaient état d’émeutes au Sud dans la province de Derâa, non loin de la frontière avec la Jordanie. Tout avait commencé lorsque trois adolescents voulant sans doute imité ce qu’ils avaient vu sur les chaînes de télévision arabes, avaient inscrit des graffiti contre le gouvernement sur le mur d’une institution. Ces trois adolescents avaient été très promptement reconnus et arrêtés par une des branches pléthoriques du renseignement intérieur syrien.

C’était une collision entre l’Etat-Nation dans son acception germanique avec l’esprit tribal dans son contexte oriental. Les trois jeunes gens furent sévèrement battus par les agents de l’ordre et cela provoqua l’ire des puissantes tribus auxquelles ils appartenaient. Une délégation de notables tenta de s’interposer auprès du gouverneur. En vain. Les troubles de l’ordre public se propagèrent assez rapidement et au sixième jour, des tireurs non identifiés commençèrent à cibler aussi bien les forces de l’ordre que les émeutiers. Les tirs de sniper étaient remarquables de par leur précision; dès les deux premières salves, le chef de la police locale, le maire, un notable religieux et une dizaine de citoyens tombèrent sous les balles.

Quand le bruit des émeutes parvinrent à Damas, il était déjà trop tard. Le gouverneur fut limogé pour incompétence et les agents ayant tabassé les adolescents de Deraa furent emprisonnés. En parallèle, d’autres manifestations plus ou moins pacifiques menés par diverses organisations politiques interdites furent organisées. L’une d’elles vit la présence effective de l’ambassadeur US à Damas, Robert Ford. Une campagne médiatique à l’international battait son train et l’ensemble des parties hostiles au régime de Damas  -et la liste est fort longue-commençèrent à s’agiter.

La répression fut-elle à l’origine de la militarisation de ce que certains médias appellent “la révolution syrienne”? Jusqu’à la fin du mois d’avril, l’armée syrienne, l’une des plus fortes de la région,  n’a pas voulu intervenir laissant à la police et les différents unités de sécurité interne le soin de maintenir l’ordre. Cependant, le soulèvement de tribus sommairement armées formées en coalition et l’irruption violente d’unités paramilitaires mieux armées issue de l’islamisme radical changea la donne. Chose impensable, mimant ce qui c’est passé en Libye, des insurgés d’un niuveau genre déploient un nouveau drapeau, celui du mandat français. Une hérésie absolue pour les nationalistes syriens.

Prenant exemple sur les procédures ayant été derrière la chute des régimes en Tunisie, en Egypte et surtout sur la guerre civile en Libye, les médias arabes et occidentaux entameront une véritable guerre médiatique en focalisant sur des désertions en cours au sein de l’armée syrienne.

En octobre 2011, les navires de guerre de Sa Majesté britannique pilonnaient la ville libyenne de Syrte quand des avions et des drones de l’Otan bombardèrent les trois convois des Gaddafi. Localisé par le BND Allemand, le dirigeant libyen est capturé par un mystérieux commando avant d’être livré à la milice de Misrata, laquelle n’hésita pas à l’assassiner. C’est en voyant les images d’un Gaddafi malmené et maltraité par une foule hystérique, scène non sans réminiscences avec le sort du Duce Mussolini, que les cercles dirigeants à Damas prirent conscience de l’immense complot auquel ils faisaient face. A Moscou, le Président russe Vladimir Poutine exprima son dégoût des méthodes occidentales tandis qu’à Pékin, la presse utilisait des paraboles pour fustiger ce nouvel ordre des choses. Tous y voyaient un nouveau plan visant la mainmise d’une hégémonie mondiale à travers la région centrale du monde.

La Syrie fut l’échec de ce que les théoriciens du chaos dénomment “printemps arabe”. A l’opposé de la Libye, pays sans armée, la Syrie disposait non seulement d’une armée assez solide mais d’une alliance stratégique avec Moscou, Téhéran et le Hezbollah. Les ennemis de la Syrie réunis plusieurs fois dans de pompeuses réunions sous l’intitulé d’amis de la Syrie sous-estimèrent en effet l’impact de la contingence d’Israël avec la Syrie. L’armée syrienne a fini par intevenir. L’une des première mesures prises par le Président Syrien Bashar Al-Assad est de promulguer une ordenance interne sanctionnant de la peine capitale l’abandon du treillis de combat par tout militaire et la nécessité de démontrer au monde entier que même en cas d’effondrement des structures de l’Etat, l’armée syrienne continuera à se battre comme une armée régulière sous pavillon unique. La hantise de l’Irak et de la Libye, deux pays ayant perdu leurs armées, est prédominant dans les discours officiels syriens.

En juillet 2012, simultanément avec un assaut généralisé sur Damas, les rebelles et leurs soutiens réussirent à frapper un grand coup. Dans un attentat à la bombe visant une réunion secrète du conseil de sécurité nationale, le ministre de la défense et trois autre principaux officiels furent assassinés. Al-Assad nomma alors une personnalité hors du commun et qui, dans des circonstances normales, n’aurait jamais pu être nommé à la défense: Al-Freij. Faucon parmi les faucons de l’ancienne école. Celle qui considère que se battre contre les rebelles c’est se battre en fait contre Israël. Partisan de la reprise de la guerre au Golan, le nouveau ministre de la défense changea les règles d’engagement. Il était désormais question de grandes opérations militaires combinées où l’aviation de combat allait jouer un rôle primordial.

Alep, la grande cité du Nord, fut réduite en cendres. De nouvelles armées rebelles faisaient sans cesse leurs apparition. Les unes après les autres. Des milliers de volontaires issues de plus de 86 pays grossissaient le nombre de rebelles. En 2013, les services spéciaux syriens, aidés en cela par les russes parvinrent à neutraliser les cellules d’infiltration des services de renseignement occidentaux mais la filière arabe, puis celle des volontaires venus d’Europe continua via la Turquie.

La guerre fit rage en 2013-2014. Période durant laquelle l’aviation syrienne assura en moyenne près de 50 sorties/jour. Les environs de Damas furent un des grands enjeux de cette guerre. Douma, Jobar et Rif Dimashq furent bombardés et pilonnés nuit et jour. Assiégés durant des mois. Souvent en vain. Les combats firent rage à Alep où l’on s’est battu maison par maison, usine après usine. La prison centrale d’Alep résista à un siège rebelle de plus d’un an et demi avant d’être secourue par des renforts spéciaux. Des milices ou comités de défense populaire sont mis en place par l’armée.

Dans la guerre de Syrie, l’Arabie Saoudite et Israël jouaient le rôle de protagonistes directs et unis par un ennemi commun. La Turquie, mue par une haine tenace de la nature idéologique même du régime syrien dévasta le Nord industriel de la Syrie. En 2014, des opérations rebelles de grande envergure tentèrent de surprendre ce que l’on appellait communément le fief Alaouite sur le littoral méditerranéen et axé autour de Tartous et de Lataquié, ports où mouillaient les navires et sous-marins russes. En vain. Constatant l’echec de l’ensemble des plans successifs, Israël perd patience et procède à de multiples reprises à des raids aériens en territoire syrien, dont un raid ayant visé Damas. Le conflit déborde au Liban, en Turquie et en Irak tout en menaçant la Jordanie.

En 2015 surgit du néant une armée de l’ombre qui commença à diiriger ses armes contre les acteurs traditionnels de la rébellion syrienne. Une armée opérant également en Irak et qui s’auto-baptisa du nom d’Etat Islamique en Irak et au Levant. Daech en acronyme Arabe. Cette dernière put prendre une province syrienne entière, celle d’Al-Riqqa, dans l’Est de la Syrie, ancienne résidence d’été du Caliphe Haroun Al-Rachid et d’où il partaient guerroyer en Anatolie contre l’empire byzantin. Au même moment, Daech s’emparait de Mossoul, l’une des plus grandes villes du monde musulman. La boucle est bouclée.

Mars 2015, le Hezbollah libanais et les Gardes révolutionnaires iraniens se battent des confins irako-iraniens jusqu’au Golan. Les iraniens tentent de recréer en Syrie et en Irak des milices populaires armées semblables à celles des Bassidj (forces de mobilisation de la résistance).

La 9e division blindée et des unités de la IIIe division de l’armée syrienne avancent toujours dans la province de Deraa.

Le 15 mars 2015, la guerre n’est pas encore terminé mais l’armée syrienne tient toujours et Bashar Al-Assad est encore à Damas. Il est encore tôt pour établir un bilan définitif de conflit. D’après les Nations Unies, 220 000 personnes ont péri en Syrie jusqu’ici, dont 25 000 à Alep et plus de 30 000 dans les environs de Damas. D’autres sources évaluent le bilan des victimes à 131 000 et le fameux observatoire syrien des droits de l’homme, une ONG basée à Londre évoque quand lui un bilan entre 210 000 et 290 000. Observation de taille, les pertes subies par l’armée et les forces de sécurité syriennes: 43 000 soldats tués et 48 000 des forces nationales de défense. Cela fait presque 50% de l’ensemble des pertes.

Les pertes des forces rebelles sont également élevées. Entre 63 000 et 90 000 morts. Dont 25 000 combattants étrangers.

Entre 8 et 9 millions de syriens ont été contraints à l’exil interne ou externe. Les infrastructures ont subi d’immenses dégâts et des villes entières ont été transformées en ruines criblées d’impacts.

Le 15 mars 2015 la guerre en Syrie continue…

Un ZSU 23-4 doté d'un blindage SLAT appartenant à la Garde républicaine syrienne. Symbole de la guerre en Syrie, le quarduple canon antiaérien de fabrication russe a été de tous les combats.
Un ZSU 23-4 doté d’un blindage SLAT appartenant à la Garde républicaine syrienne. Symbole de la guerre en Syrie, le quarduple canon antiaérien de fabrication russe a été de tous les combats.

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