Des objets en orbite autour de la terre tirant des projectiles vers le sol: le combat orbital est l'enjeu de l'année 2022

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29/11/2021

Strategika51 Intelligence

 Πάντα ῥεῖ…

Guerre au Moyen-Orient: Damas dégaine ses Mig-25…

Après une série de revers sur le terrain face à Daech et à l’armée de la conquête, culminant par la prise de la région de Palmyre par Daech, consacrant ainsi un important changement de paradigme dans le conflit en cours en Syrie mais également l’ensemble des rapports de force entre les grandes puissances impliquées dans la guerre au Moyen-Orient, l’armée syrienne est repassée à l’offensive en adoptant une nouvelle stratégie: celle de la saturation.

L’armée de l’air syrienne a mis le paquet: huit escadrilles de Sukhoï Su-24 et, pour la toute première fois, de lourds Mikoyan-Gurevitch Mig-25 RBS (version bombardier de reconnaissance) ont fait pleuvoir une nuée de bombes thermobariques sur la base aérienne de Tabqa, entre les mains de Daech, causant l’élimination de 152 éléments du groupe terroriste ainsi que la destruction de 13 “Technicals” armés de canons antiaériens de 23 mm.

A Alep, des hélicoptères Mil Mi-17 et Mil Mi-8 emportant des charges thermobariques ont lâché leur cargaison fatale au dessus de positions tenus par Daech et différents groupes rebelles, causant de très importants dégâts. Détail important, s’attendant à des tirs de l’artillerie antiaérienne rebelle, les hélicoptères syriens n’ont rencontré que des tirs d’armes légères.

Des médias internationaux ont critiqué l’absence de frappes de précision de la part de l’aviation syrienne, l’accusant de cibler des zones civiles. En réalité, la plupart des zones sous contrôle de Daech, mis à part quelques bases militaires et des infrastructures industrielles, sont civiles. De plus, on sait par expérience que la notion de frappe chirurgicale, terme spécieux inventé lors de la seconde guerre du Golfe, n’a quasiment aucune existence, d’autant plus que tentant d’éviter l’artillerie antiaérienne (AAA) et les missiles SAM de faible portée, la plupart des bombardiers préfèrent larguer leurs bombes et autres missiles Sol-Air à partir d’une altitude assez élevée.

Des civils ont-ils péris au cours de ces largages de charges thermobariques? Malheureusement oui. C’est inévitable dans les zones où sévit Daech puisque cette organisation terroriste tend à prendre le contrôle de tous les aspects de la vie des populations civiles dans les régions qu’elle investit et occupe, sanctionnant de mort par décapitation ou crucifixion toute personne récalcitrante ou démontrant un enthousiasme “tiède” aux idées de cette armée de l’enfer.

L’usage du Mig-25 par Damas a de quoi surprendre mais renseigne à lui seul moins sur les efforts extrêmes fournis que la volonté d’aller jusqu’au bout animant l’armée syrienne afin de circonscrire l’avancée des groupes armés vers ce que l’on appelle “la Syrie utile”, où s’est replié le gros des forces armées syriennes, des milices paramilitaires loyalistes ainsi que les forces du Hezbollah libanais.

Conçu par les Soviétiques pour contrer le bombardier stratégique US Valkyrie X-70 (projet n’ayant jamais abouti), le Mig-25 est à l’origine un intercepteur lourd d’une agilité très limitée. En 1970, une version RB (Reconnaissance Bomber) de cet avion atypique classé parmi les plus rapides au monde voit le jour. Concernant la variante RB de cet appareil, à distinguer de la variante BM (armée de missiles anti-Radar) non destinée à l’export, peu d’information circule sur ses capacités d’attaque au sol hormis que lors de la guerre d’octobre 1973, des Mig-25 RB russes stationnés en Egypte parvinrent à semer tous les missiles Air-Air tirés par les Phantom israéliens.

Malgré des limitations et des incovénients (faible portée, consommation record de carburant, flexibilité limitée), le Mig-25 a largement démontré sa valeur en tant qu’intercepeur de reconnaissance.

Dans la nuit du 16 au 17 janvier 1991, soit le premier jour de l’offensive aérienne de la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis d’Amérique contre l’Irak de Saddam Hussein, un Mig-25 PDS irakien a abattu un F/A 18 “Hornet” américain avec un missile Air-Air R40TD (AA6 “Acrid”). Lors d’un autre engagement au cours du même conflit, un Mig-25 PD irakien a réussi à éviter des McDonell Douglas F-15 “Eagles” américains et s’est attaqué à un avion de guerre électronique EF-111 Raven, le forçant à changer de trajectoire et à se retirer, compromettant ainsi la mission des autres chasseurs-bombardier de l’US Airforce. Cependant, on se rappellera surtout comment deux Mig-25 irakiens pourchassés par des F-15 US parvinrent à les semer grâce à leur capacité à atteindre une très grande vitesse (entre Mach 2.85 et Mach 3) et purent ainsi éviter 10 missiles Air-Air…Enfin très peu de temps avant l’invasion américaine de l’Irak en avril 2003, un Mig-25 irakien a abattu un drone MQ-1 américain, devenant ainsi le premier avion de combat à abattre un drone dans l’histoire.

Pour revenir au conflit en Syrie, Damas semble à la croisée des chemins. L’Etat syrien s’est retranché dans ce que l’on appelle désormais la Syrie utile: le littoral méditerranéen (Lattaquié, Tartous, etc.), fief des Alaouites ainsi que l’axe Hama-Damas-Suwaida, longeant la frontière libanaise (poumon économique et financier) suite à la rupture des communications avec l’Irak dont la profondeur permettait une continuité avec l’allié iranien. On voit bien que les commanditaires des évènements en Syrie gèrent la guerre en stratèges et le choix de transformer la vague nébuleuse d’Al-Qaïda en Irak d’un certain Al-Zarqawi en une armée de zombies dénommé Etat Islamique en Irak et au Levant répondait à des impératifs hautemment stratégiques.

Le chemin de Damas est un chemin de croix. On peut accuser Hafez Al-Assad, père de l’actuel président syrien, d’être un autocrate impitoyable mais force est de lui reconnaître sa profonde vision stratégique. Il a par dessus tout bâti une armée solide pour un petit pays comme la Syrie, au sein de laquelle l’arme aérienne joue un rôle prépondérant. Bien peu d’armées régulières résisteraient à la déferlante qui s’abat chaque jour sur la Syrie depuis 2011.

L’épilogue définitif de ce que certains publicitaires de l’empire ont pompeusement dénommé “Printemps arabe” peut se résumer à une seule image fort symbolique et ce, quelle que soit l’issue de la guerre en Syrie: celle d’avions de combat Mig-25 , et bientôt de Mig-31 syriens, survolant à très grande vitesse une base aérienne tombée entre les mains de Daech avant d’y larguer des bombes thermobariques…

MIG-25 RB_Syrian Air Force

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