10/08/2020

Strategika 51

 Πάντα ῥεῖ…

Algérie: danger en vue…

Selon le quotidien algérien El-Khabar, un convoi de véhicules militaires de l’armée algérienne se dirigeant vers un poste d’observation situé à Tifrane, à 40 kilomètres de la localité de Tarik Ibn Ziad dans la province d’Aïn-Defla (l’Ouarsenis) est tombé la nuit dernière dans une terrible embuscade tendue par un groupe terroriste lourdement armé.

D’autres sources ont précisé que les membres du groupe terroriste, en nombre élevé, ont miné la route bordant la forêt menant vers un poste avancé de l’armée. Utilisant des mitrailleuses PKM (7.62X54R) et des lances-roquettes antichar RPG-7 ainsi que des bombes artisanales plantées sur le bord du chemin (semblables aux IED) dans une zone boisée, les assaillants ont cherché à anéantir le convoi. Les militaires algériens ont riposté mais ont enregistré la perte de plus d’une dizaine de soldats.

Le groupe terroriste activant entre Médéa (Titteri) et Aïn Defla s’est replié après l’accrochage, fuyant une force rapide de recherche-destruction et serait à présent encerclé.

A 20 kilomètres du lieu de l’attaque, une bombe actionnée à distance a détruit un véhicule civil empruntant un chemin de montagne. Le chauffeur du véhicule a survécu à l’explosion.

Moins d’une semaine après la diffusion par Daech en Syrie d’un enregistrement vidéo dans lequel deux membres algériens de l’organisation terroriste menacaient de porter la guerre en Algérie, dernière étape selon eux, avant de partir guerroyer en péninsule Ibérique, il semble que certains maquis de la guérilla islamiste des années 90 sont en train d’être réactivés et réapprovisionnés en armes provenant de Libye.

Le message vidéo de Daech à partir de sa “capitale” Al-Riqqa en Syrie orientale, aurait pu passer inaperçu tant il semblait anodin. Cependant, il contenait un message codé à l’attention de cellules dormantes situées en Algérie et ce n’est pas par hasard que les deux terroristes évoquèrent une allégeance à Daech de groupes terroristes à Skikda (ex-Philippeville) et l’un des principaux terminaux pétroliers du pays ainsi que le Sahara, le coeur de l’économie algérienne.

L’armée algérienne semble consciente du danger croissant aggravé par le départ en Irak et en Syrie de milliers de combattants tunisiens et l’effondrement étatique en Libye et au Mali où la situation demeure plus que chaotique. De source officielle, on indique que plus de 60 000 soldats algériens sont actuellement déployés aux frontières avec la Tunisie et la Libye et que plus de 32 000 autres sont déployés à l’extrême-Sud du pays. Pour corser le tout, une situation de tension à Ghardaïa a obligé l’armée de mobiliser une force d’attente de 4 000 hommes répartis dans des bases aériennes autour de la préfécture, objet d’une lutte souterraine très complexe au sommet du pouvoir. A cela s’ajoute l’imposant dispositif défensif stationné depuis des décennies face au Maroc. Tous ces déploiements  drainent les capacités d’un pays de 41 millions d’habitants et dont les ressources exploitées en hydrocarbures semblent en voie d’épuisement.

Mais que faire en cas de réactivation d’une dizaine de maquis dormants dans le Nord du pays, ayant cessé l’action armée grâce à de très importants subsides financiers accordés par l’Etat aux terroristes dans le cadre d’une politique d’amnistie que l’on pourrait qualifier de renoncement aux armes contre la garantie d’une ascension sociale grâce à l’argent?

L’armée semble avoir profondément analysé ce qui ce passe en Libye et en Syrie. Le choix du Yak-130 avec des spécifications sur commande le transformant en chasseur-bombardier léger, pouvant éluder une éventuelle zone d’exclusion aérienne et fort maniable semble loin d’être anodin. Le rôle des Aero L-39 Albatros de l’armée de l’air syrienne dans le conflit en Syrie a fini par peser sur certains choix stratégiques “optimaux”. Le choix des hélicoptères d’attaque également.

Durant les années 90, l’armée algérienne a été forcée de s’adapter à une guérilla qui ne semblait connaître aucun répit. Vers la fin du conflit, les forces aéroportées, les hélicoptères et les avions cargo militaires dominaient la scène et il n’était pas rare que des unités engagées dans des opérations de recherche-destruction (couramment appelées “ratissages” en Algérie) à l’extrême Est du pays, se retrouvaient à plus de 1000 kilomètres plus à l’Ouest dans la même journée ou en l’espace de quelques heures. Cette maîtrise de la projection aérienne fut illustrée des années plus tard par l’organisation en un temps record d’un pont aérien “spontané” reliant des villes algériennes au Soudan pour le transport d’une dizaine de milliers de supporters à l’occasion d’un match de football.

Mais le problème auquel fait face l’armée algérienne n’est pas tant Daech que l’oligarchie politico-financière ayant pu s’implanter et imposer ses vues sur les choix économiques et stratégiques du pays. De caractère compradore, elle a oeuvré pour un ultralibéralisme sauvage de la pire espèce en bradant tout ce qui pouvait l’être et en poursuivant un programme que les grands rapaces de la finance transnationale ne pouvaient désavouer (démantèlement de la marine marchande, encouragement de la corruption, choix politique d’interdire une industrie de constructions mécaniques en dehors du monopole, rapprochement avec le géant Monsanto, choix insensé de l’exploitation du gaz de schiste, substitution de l’économie réelle par une économie super rentière d’import-import au profit d’une oligarchie restreinte et enfin rapprochement simultané avec les milieux sionistes de gauche en France et des milieux d’affaires néoconservateurs ou de droite aux Etats-Unis) et les conséquences des politiques irrationnelles d’un gouvernement paraissant très loin des véritables préoccupations d’un pays de la taille de l’Algérie. C’est sur ce terrain précis que tentera de jouer Daech ou toute force hostile. La colère ou la désillusion  des populations ont toujours été un puissant levier. D’où l’urgence de rebâtir un leadership politique capable et efficace. Ce dont manque cruellement l’Algérie.

Paradoxalement, l’Algérie est le bouclier du Maroc et de la Tunisie face à Daech tel qu’il a été conçu, c’est-à-dire en tant qu’armée non-étatique capable de capturer et de gérer des territoires pris à des Etats-Nations.  Face à cette menace, aucun pays de la zone connue sous le sigle MENA ne semble à l’abri sauf si se forment des axes de résistance telles que ceux de l’axe Damas-Téhéran-Moscou. Pour cela, il faudra transcender L’autisme et l’esprit bunkériste des pays maghrébins ou cela se fera à leurs corps défendant car le danger est désormais en vue.

 

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