05/08/2020

Strategika 51

 Πάντα ῥεῖ…

De l’impossibilité d’être ou comment la guerre froide vient d’être perdue en 2015

Le président russe Vladimir Poutine a clairement laissé entendre qu’il ne laissera jamais tomber son allié syrien. C’était une ligne bleue depuis qu’une rumeur moscovite avait évoqué en 2012 que les dirigeants militaires russes étaient prêts à se battre jusque dans les rues de Moscou afin d’empêcher une chute de la Syrie aux mains de ce qu’ils identifient comme le loup. Cet animal occupe une place à part et primoridial dans l’imaginaire russe.

Les russes ont été les premiers à voir venir le coup de très loin. Une chute de Damas entraînera inévitablement celle de Téhéran et une éventuelle chute de ce dernier ouvrira les portes de l’enfer sur toute la Russie méridionale et l’Asie centrale. L’objectif du Printemps Arabe est clair, net et précis: Moscou et Pékin ainsi que les pays relativement affranchis de la tutelle invisible de l’empire.

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, Washington vient de se tirer non pas une balle mais une roquette dans le pied en ruinant tous ses efforts au Moyen-Orient et en Europe depuis 1945. A quoi ont servi des trillions de dollars investis dans des guerres hyper-coûteuses comme en Irak en 1991 et en 2003 pour qu’en fin de compte, Moscou s’installe au vu et au su de tout le monde à Baghdad et à Damas? A ce rythme, et il est à cadence élevée puisque des informations concordantes font état de l’arrivée quotidienne de dizaines d’avions cargo militaires russes sur les aérodromes syriens et iraniens, la fameuse Guerre Froide (1947-1991) vient d’être perdue à posteriori par les Etats-Unis.

La guerre en Syrie continuera jusqu’au second semestre de l’année 2016. Et peut-être bien au delà. La coûteuse opération orchestrée par certains services de renseignement de pays de l’Otan visant à inonder l’Europe orientale et centrale de réfugiés Moyen-Orientaux n’aura servi à rien. La partie ayant commandité la guerre en Syrie doit certainement être novice en matière de géostratégie. A trop forcer sur la corde, elle a fini par ruiner ses propres gains.

Les annonces de frappes aériennes par certains pays sur le mini-Etat crée par Daech (une farce pour certains observateurs avertis) ne sont pas plus efficace qu’un effet d’annonce publicitaire pour un dentifrice au milieu d’un village frappé par la sécheresse et où les robinets sont vides. On gère comme on peut le sauve-qui-peut. Encore une fois et c’est probablement la fois de trop, Moscou vient de prouver qu’elle dispose de véritables stratéges. En face, mis à part beaucoup de propagande et de manipulations, le néant.

Restent les pleureuses professionnelles. Encore est-il qu’elles se font plus pudiques en matière de lamentations prébendées: on réclame moins le départ de M. Al-Assad, qui semble désormais inévitable dans l’élaboration de toute ébauche de stratégie de sortie de crise visant à mettre fin à cette guerre interminable et dont l’impact stratégique dépasse de loin les enjeux traditionnels de la région.

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