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19/09/2020

Strategika 51

 Πάντα ῥεῖ…

Algérie: Maraboutisme, Grand Capital et Franc-Maçonnerie

La réhabilitation des survivances des puissants réseaux maraboutiques, regroupés sous le terme générique de Zaouias, n’est pas une novation en Algérie. C’est même un atavisme réccurent: la régence ottomane puis, à sa suite, le pouvoir colonial français, en avaient fait un des socles de leur politique de gestion territoriale.

Ce qui est nouveau par contre est la nouvelle convergeance d’intérêt, pour le moins paradoxale, entre certaines Zaouias et l’une des vitrines de la franc-maçonnerie “soft”.

Les relations entre le Soufisme maghrébin et la franc-maçonnerie datent de la seconde moitié du 19e siècle mais c’est la première fois que ces liens sont totalement assumés. Du moins dans la pratique.

Les liens entre la franc-maçonnerie et les régimes maghrébins demeurent peu étudiés et relèvent le plus souvent d’une certaine forme de sensationnalisme plutôt que de faits avérés. Cependant, on dispose de certains éléments d’informations indiquant une influence réelle des réseaux francs-maçons sur l’élaboration ou la ré-adaptation des législations nationales et, fait relativement , sur ce que l’on appelle par euphémisme la “société civile”.

Pour comprendre les enjeux sous-jacents à cette nouvelle configuration inédite, il y a lieu de souligner l’importance que représente l’institution de la Zaouia dans le fait politique réel depuis les années 2000-2001, d’abord en tant qu’outil de lutte contre les idéologies exogènes ayant grandement affecté la pratique de l’Islam maghrébin, notamment par l’intrusion des doctrines religieuses mortifères d’obédiences saoudienne et égyptienne-mais également comme nouveau support auxilliaire d’un pouvoir politique en manque de légitimité et soucieux d’assurer des supports traditionnels en dehors des organisations factices des vestiges d’un socialisme de façade.

Le retour des Zaouias a coincidé avec le retour des ‘Gauloises’, une marque française de cigarettes, que le pouvoir politique algérien a exclu durant des années d’hyper-trophie de l’égo nationaliste. Les Gauloises sont de retour après 1999 mais pas la fonction de Mufti (plus haute autorité religieuse Sunnite relevant de la fonction publique française), abolie en 1962. De fait, la politique de réhabilitation des Zaouia durant les années 2000-2010 a suivi point par point celle pratiquée par les autorités coloniales jusqu’en 1961.

La reprise des projets coloniaux est une constante en Algérie post-coloniale. Houari Boumédienne (1965-1978) avait repris entre autre le Projet de Constantine en le modifiant. Bouteflika fera mieux. Il réhabilite la bourgeoisie “maure” honnie par le socialisme révolutionnaire de la guerre (1954-1962) tout en éliminant ses adversaires. La prépondérance de l’argent a fini par tout emporter. Y compris le très fragile DRS, dont les éléments les plus subalternes versaient dans des combines liées à la spéculation foncière et immobilière en milieu péri-urbain.

Cependant, le profond changement des structures sociales, voire leur délitement, ont grandement isolé les réseaux des Zaouias, à l’exclusion de certaines régions où la composition tribale demeure plus ou moins une réalité en sociologie politique. Ce changement social, rarement ou pas du tout documenté, s’est accéléré tout en se transformant lui-même suite à l’imposition d’un néolibéralisme sauvage que les autorités ont toujours tenté de nier en mettant en avant une politique de subventionnement des produits de base. Cette version du néolibéralisme s’est avérée, il faut bien le dire au Maghreb, assez extrémiste puisque les effets dévastateurs semblent dépasser en amplitude ceux des lois foncières adoptés après 1871.

C’est dans ce contexte de délitement généralisé des repères et des valeurs que le pouvoir, inquiet d’un brusque retournement de Paris malgré les immenses concessions économiques faites au patronat français, tente de recourir à l’adoubement de l’homme providentiel sous l’arbre sacré de la confrérie. C’est au moment où l’opérateur “Orange” s’apprête à être gracieusement “invité” à dominer sur un marché de téléphonie mobile où opèrent déjà trois opérateurs (Mobilis, Oreedo et Djezzy) que l’ex-ministre de l’Energie et des Mines tente de se faire adouber sous l’arbre ayant servi à la reconnaissance de l’Emir Abdelkader en 1832. Plus qu’un symbole, ce geste confirme que l’homme “providentiel” selon le discours des dirigeants du parti de gauche au pouvoir, le FLN (Front de Libération Nationale, à ne pas confondre avec le FLN historique avec lequel il n’a aucun lien) est en réalité un “présidentiable” en puissance. Ce dernier aspect peut constituer un leurre visant à brouiller toutes les conjectures autour d’une succession que des analystes qualifient de “difficile”, “critique” ou “sensible”. En réalité, la mainmise des milieux d’affaires sur la chose politique simutanément à l’accès à des postes -clé de minorités longtemps niées ou cachées en Algérie ont abouti à un choix d’alliances exogènes assez homogène dans l’ensemble pour une transition scellée dans le secret de conclaves éloignés de toute forme de médiatisation.

L’Islam est, en théorie, religion d’Etat, en Algérie. Dans les faits, comme partout à travers le monde, le pouvoir politique, très fortement jacobin dans ce cas de figure, utilise la religiosité maghrébine, laquelle est similaire au fait religieux dans le bassin méditerranéen (culte des Saints, prolifération exponentielle des lieux de culte, superstitions diverses, pudibonderie sociale, etc.) à des fins de contrôle socio-politique mais n’a aucune religion. Il repose sur des réseaux imbriqués les uns aux autres allant des loges maçonniques du Grand Orient de France aux conciliabules des Zaouias historiques d’Algérie.

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