Archives mensuelles : novembre 2017

MBS ou comment Ryad est devenu un joueur compulsif

La désignation du jeune prince Mohamed Ben Salmane, alias MBS, un habitué des casinos, des bolides de luxe et des Top modèles au poste clé de Ministre de la Défense du Royaume d’Arabie Saoudite, fut suivie par une désastreuse aventure militaire au Yémen voisin qui dure depuis le 26 mars 2015 et des tentatives de rallumer les brasiers syrien et irakien afin de retarder au maximum la fin des hostilités au Levant. En dépit de résultats fort mitigés marqué par un désastre humanitaire sans précédant au Yémen et des attaques contre les confins frontaliers méridionaux du très riche Royaume, MBS est nommé à l’âge de 31 ans prince héritier du Royaume en juin 2017, dérogeant ainsi à la tradition et suscitant le courroux des autres princes de la dynastie mais également de centaines de dignitaires religieux traditionnellement fidèles au palais. Une fois prince héritier, MBS se heurte au très influent Qatar avant de se lancer dans une purge visant d’abord les princes rivaux puis des centaines de membres du puissant clergé Wahabiste.

MBS est connu pour sa propension au jeu et sa réputation de flambeur (il lui est arrivé de dépenser plus de 25 millions de dollars US en une soirée). Il voit très grand et aucune difficulté ne le rébute. Il rompt les relations diplomatiques du Royaume avec la République islamique d’Iran, le grand rival régional et entreprend une série de réformes internes assez révolutionnaires. Par dessus tout, il n’hésite pas à rencontrer les officiels israéliens avec lesquels il partage un ennemi commun: l’axe Damas-Téhéran.

Rupture avec Téhéran, guerre froide avec le Qatar (mis sous blocus) et la Turquie, guerre en cours au Yémen, méfiance vis à vis de Donald Trump malgré la signature d’un fabuleux contrat de presque 400 milliards de dollars US lors de sa visite au Royaume en mai 2017, rapprochement tactique avec la Chine et même la Russie et lancement d’un vaste plan économique baptisé “Royaa 2030” (Vision 2030) prévoyant la réduction de la dépendance du Royaume vis à vis des hydrocarbures et la diversification de l’économie saoudienne (vente partielle du géant pétrolier Aramco, création de méga projets technologiques, villes nouvelles, etc.), le prince héritier ne compte pas s’arrêter là et entreprend de renforcer sa poigne en dirigeant lui même une commission anti-corruption, avec laquelle il s’attaque à ses rivaux au sein de la très riche dynastie.

C’est un nouveau style. Très audacieux. En Afrique, l’Arabie Saoudite soutient financièrement l’Égypte et le Maroc (achat d’armements, lignes de crédit avantageuses, etc) à la fois contre les menaces internes mais également contre leurs rivaux géopolitiques.

En Eurasie, Ryad est parvenu à un accord avec Moscou pour réguler les prix du pétrole et tente de jouer un rôle en Europe de l’Est, en corrompant la plupart des hommes politiques.

En Asie, l’Arabie Saoudite s’est beaucoup rapprochée de la République populaire de Chine sur le plan économique, histoire d’éloigner ou du moins neutraliser Pékin du Grand Jeu dans la partie centrale du monde. Washington et ses alliés s’occupant à contrecarrer-très difficilement- l’influence de la Chine en Afrique.

Cependant, c’est au Moyen-Orient que se joue le grand jeu. Que se passera t-il après l’intronisation de MBS en tant que Roi? Un flambeur évoluant au milieu de la théorie des jeux dans le domaine géostratégique est un facteur de risque aggravant. D’autant plus qu’il dirige un des pays les plus influents au monde.

Le Moyen-Orient n’est pas prêt de sortir de l’auberge!

La démission du Premier ministre libanais sur instruction de Ryad: le prélude à une nouvelle agression contre le Liban

La démission du Premier ministre libanais, Saad Al-Hariri, à partir de Ryad, quelques minutes après sa rencontre avec le Prince héritier Mohamed Ben Salman, est le signal à une agression israélienne programmée contre le Liban.

Saad Al-Hariri qui  jouit également de la nationalité saoudienne, a présenté sa démission en estimant que sa vie était menacée.

En réalité, cette démission relève d’un plan concerté mis au point conjointement par le Prince héritier Mohamed Ben Salman et le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu visant à stopper les progrès enregistrés jusqu’ici par le Hezbollah libanais et ses alliés syrien et iranien dans la région.

Cette démission coïncide également avec le renforcement d’une campagne médiatique féroce, menée tambour battant par toutes les chaînes satellitaires Arabes inféodées au régime de Ryad, visant comme d’habitude l’Iran et la Syrie mais également ce qui est présenté comme le terrorisme au Liban.

Le renforcement des relations stratégiques entre l’Arabie Saoudite et Israël vise à ramener le Liban dans le giron saoudien, quitte à l’expédier à l’âge de pierre à coups de bombes, stopper l’avancée des troupes syriennes et iraniennes au Levant et enfin à empêcher toute jonction entre les forces armées syriennes et les forces irakiennes et ses auxiliaires dont les fameuses milices du Hachd Al-Chaabi (la mobilisation populaire) susceptibles de créer un continuum stratégique de l’axe Damas-Téhéran jusqu’au plateau du Golan.

Engagée dans une désastreuse campagne militaire au Yémen, engagée dans la guerre en Syrie et intervenant dans les coulisses des sables mouvants de la politique irakienne, l’Arabie Saoudite perçoit l’Iran comme son ennemi mortel et n’hésitera pas à soutenir une une nouvelle agression israélienne contre le Liban visant les infrastructures du Hezbollah libanais.