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16/04/2021

Strategika 51

 Πάντα ῥεῖ…

Syrie :  la Turquie tente d’établir une tête de pont en poursuivant le plan initial derrière le conflit au Levant

Si l’on fait abstraction de la narration officielle turque, les forces armées de la République de Turquie, l’une des plus grandes armées de l’Alliance atlantique (OTAN) en termes d’effectifs, est intervenue au Nord de la Syrie pour soutenir directement la rébellion syrienne contre les forces kurdes et le gouvernement syrien. 

La stratégie militaire turque demeure floue et d’une extrême ambiguïté. Officiellement, il s’agit de frapper les forces des YPG kurdes, assimilées au Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK). Dans les faits, le deuxième Corps d’Armée turc dont le QG est basé à Hatay tente de remettre sur selle l’Armée libre syrienne (ASL), une organisation rebelle quasiment décimée lors de la guerre en Syrie et à court terme établir une tête de pont suivant l’axe Afrin-Minbej tout en permettant la jonction des rebelles HTS (Instance de Libération du Levant) d’Idlib avec les rebelles Ennosra-IS des enclaves non libérées de la province d’Alep dans un premier temps puis établir une zone sous influence turque adjacente à la zone sous occupation US de l’extrême Nord-Est syrien et près des confins syro-irakiens. 

En termes plus précis, l’opération turque vise la division de la Syrie en trois zones et à s’assurer le contrôle d’une de ces zones s’étendant de la mer Méditerranée à l’ouest jusqu’à la zone US à l’est et de la province turque de Hatay au Nord jusqu’a Afrin au Sud. Cela explique les frictions entre Ankara et Washington mais également la volonté des pays hostiles à la Syrie de divertir l’effort de guerre syrien du sud du pays (45 %  des forces syriennes sont déployées autour de la capitale Damas et le long de l’axe Damas-Lattaquié) et d’ôter toute forme de pression militaire près du plateau du Golan. 

Mensonges, diversion, dissimulation des objectifs réels de cette opération baptisée ironiquement “Rameau d’Olivier”, un nom de code dont raffolent les faucons israéliens, et à la fin exploitation du conflit anti-Kurde à des fins géostratégiques en s’appuyant directement sur les rebelles syriens pour acquérir une zone d’influence au Nord (Ankara évoquait une zone d’exclusion aérienne au nord de de la Syrie dès 2012 ! ), Erdogan ne fait que poursuivre le plan initial de changement de régime en Syrie en intervenant directement aux côtés d’une rébellion que la Turquie a soutenu a bouts de bras depuis le début. Sauf que les turcs ne sont pas seuls en Syrie. 

Les russes et les iraniens soutiennent Damas, les américains protègent une partie de la rébellion, laquelle est aux prises avec les groupes que soutient la Turquie sur le partage du butin mais pas sur la nécessité de renverser le régime et détruire la République Arabe de Syrie et la remplacer par un chaos sans fin. 

Cela se passe sur le flanc méridional de l’OTAN, à un moment où le conflit au Levant entame sa septième année consécutive sans aucune perspective de paix parce que les objectifs de cette guerre dépassent de loin le cadre restreint syrien ou son environnement régional. Les desseins du Grand jeu visent l’hégémonie universelle et pour y accéder, le chemin de Damas, aussi étroit soit-il, est devenu la seule voie incontournable sous peine d’assister à un effondrement de l’empire.

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