Analysis

Afghanistan :  les portes de l’enfer

L’interminable guerre d’Afghanistan est loin d’être gagnée. En moins d’une semaine, plus de 2000 personnes ont péri dans diverses opérations militaires menées tambour battant par des Talibans plus galvanisés que jamais mais également par d’autres groupes se réclamant de la franchise “État Islamique” (tous droits réservés à la CIA). 

Les médias occidentaux et arabes ne rapportent pourtant que celles frappant la capitale Kaboul. Et encore, les cibles choisies par les assaillants à Kaboul, comme l’hôtel Intercontinental, le secteur diplomatique ou encore l’académie militaire du pays sont réputés ultra-sécurisées. Cela renseigne sur les capacités du gouvernement Afghan et ses protecteurs à contrôler ce pays enclavé. Si l’académie militaire située à quelques mètres des bunkers de la CIA à Kaboul n’échappe pas à une attaque en bonne et due forme, que dire alors des zones en milieu rural éloignées du gouvernement central ?  

Toutes ces attaques ne sont pas revendiqués par les Talibans, une des guérillas les plus expérimentées de la planète, en guerre contre les forces armées des États-Unis et de l’OTAN depuis 2001 dans ce qui s’apparente à l’un des conflits les plus longs du 21e siècle. 

L’émergence de Daech en Afghanistan soulève beaucoup de controverses en Afghanistan mais également au Pakistan voisin et bien au delà. Certains vont jusqu’à comparer l’apparition de l’EI sur le théâtre afghan avec l’émergence des Sahwa irakiennes en 2007-2008 dans le cadre de l’opération “Surge” et ce qui en a résulté comme “outils” tels que le groupe Al-Zarqaoui, un précurseur de Daech. Coincé en Afghanistan par des considerations strategique mais aussi par la crainte de perte de prestige consécutivement à une défaite, Washington ne peut qu’avoir recours à de tels procédés visant à éteindre le feu par un contre-feu. 

Autre élément crucial, la fin du soutien pakistanais aux États-Unis suite à l’arrêt de l’aide US à ce pays doté d’une redoutable force militaire va ouvrir les portes de l’enfer pour les américains et leurs alliés en Afghanistan. Les premiers effets se font déjà cruellement sentir.

La nouvelle stratégie de Washington en Afghanistan est vouée à un échec ineluctable. Les Soviétiques furent plus rationnels et intelligents :  Moscou avait fini par ordonner un retrait ordonné lorsque il était devenu évident qu’une victoire militaire et/ou politique dans ce pays est impossible. Washington préfère dépenser des trillions de dollars et rester. Mais pour combien de temps ?  20, 30, 50 , 100 ans ?  A la fin ce sera toujours la même issue :  une défaite. Les leçons de l’histoire afghane semblent être ignorées par les stratèges US. A force de se surestimer on finit par sombrer là ou l’on s’y attend le moins…

Ce pays n’a pas été qualifié de cimetière des empires pour rien. 

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42 réponses »

  1. Très bon article

    Je mets ça en parallèle de la conquête de la Gaule par César (récemment relatée dans le dernier SV GH), mais aussi de la “conquête” de la Yougoslavie l’Allemagne nazie et de la virginité Suisse (rarement séduite, jamais violée)

    Je vous poserai deux questions :
    * Pensez-vous que des méthodes ultra-radicales (ciblant notamment la démographie des populations qui génèrent des talibans, ainsi que les journalistes qui préféreraient aborder ce sujet plutôt que la dernière romance entre candidats de télé-réalité) telles que celles en vigueur chez les Romains puissent réussir en Afghanistan ?
    * Pensez-vous qu’un pays libre, dont les Citoyens ont le droit de posséder et porter les armes (tels la Suisse, les US, l’Afghanistan, le Yemen ou la Finlande) puisse être conquis par une armée étrangère ?

    • La réponse est non.
      Les Talibans en Afghanistan font non seulement du tissu social et de l’humus culturel local mais sont un acteur incontournable en politique. L’OTAN perd ses ressources et son temps dans cette contrée. La culture des armes y est ancrée aussi.
      Pour la deuxième question l’expérience historique a répondu dans le cas de la Finlande (1938) et actuellement l’Afghanistan et le Yémen.
      Le système de défense Suisse est remarquable dans ce sens.

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