Analysis

La seconde chute de Baghdad

Sans surprise, les législatives irakiennes ont débouché sur l’émergence du courant de Moqtada Sadr, une créature créee de toutes pièces par les Think tanks militaires US lors de l’occupation US de l’Irak (2003-2011).

Présenté comme le fils d’un éminent chef religieux chiite emprisonné et exécuté par le régime Baathiste de Saddam Hussein, Moqtada Sadr n’a jamais fait partie de la résistance irakienne face aux forces d’occupation US mais a joué un rôle non négligeable dans la déstabilisation de l’Irak.

Des analystes militaires US sont prolixes à son égard: personalité faible, d’un sectarisme extrême et d’une pusillanimité déconcertante, c’est un pur produit de la DIA qui se permettait de menacer de déclencher une révolte ou une insurrection armée suite à un petit coup de fil du Général David Petraeus, histoire de lui donner une certaine aura et de tromper les irakiens.

Moqtada Sadr n’est pas vraiment influencé par l’Iran car il considère le chiisme iranien comme trop faible sinon modéré dans ses prises de positions à l’égard du Sunnisme et par dessus tout persan et donc étranger. A un certain moment, Moqtada Sadr traitait ouvertement avec les renseignements militaires US en Irak et le rôle qu’on lui a imputé dans l’aggravation des tensions communautaires et la guerre civile interconfessionnelle irakienne de 2006-2008 n’est que la partie immergée de l’iceberg.

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Le leader chiite irakien Moqtada Sadr (centre) à côté du prince héritier du Royaume d’Arabie Saoudite, Mohammed Ben Salmane

A présent cet homme politique irakien émerge comme un faiseur de gouvernement. Pragmatique, il vient de tendre la main à l’ensemble des forces politiques irakiennes, y compris communistes en vue de créer un gouvernement dont son courant aura le contrôle par la force des armes s’il le faut même si cela demeure impossible vu la composition sociopolitique irakienne et le nombre effarant d’armes circulant dans ce pays.

Sa formation est présentée comme anti-américaine cependant et cela fait partie de la stratégie de la tension permanente. La politique est l’art du possible.

La victoire de Moqtada Sadr est celle des idéologues les plus extrémistes de ce que l’on appelle les néoconservateurs de Washington. Baghdad est tombé pour la seconde fois, indirectement cette fois. Les analystes qui tablaient sur un continuum stratégique entre l’Iran et la Syrie via l’Irak devront revoir leur copie. L’Irak n’a jamais fait partie de l’axe de la résistance tel qu’il a été conçu par Téhéran et Damas. D’ailleurs, d’où proviennent les forces étrangères ayant pris pied en Syrie orientale? D’Irak ou pour être plus précis, du Kurdistan irakien. Le problème est que Moqtada Sadr est bien pire en matière de compromissions que tous les dirigeants kurdes traditionnels tels que Barzani, bien que profondément corrompus.

Un pion vient de sauter. Le jeu continue.

 

 

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68 réponses »

  1. Bonsoir Strategika 51;

    j’ai lu l’article du C.C térré à Damas, qui semble aller dans le sens de mes errances à propos de cette histoire et dont je suis revenu, Thierry Meyssan semble avoir des opinions de plus en plus étranges, pouvez-vous éclairer notre lanterne je vous prie ? Ci-dessous le lien de l’article en question.
    http://www.voltairenet.org/article201286.html

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