Archives mensuelles : juin 2018

Libye: combat dans le croissant pétrolier

Ras Lanouf, Sidra, Sirte, le croissant pétrolier libyen, délibérément oublié par les médias depuis le début de la guerre de Libye, occupe à nouveau les devants de la scène. Des combats s’y déroulent avec la participation plus ou moins reconnus de sept nations. L’enjeu semble être vital: qui contrôlera les exportations de brut libyen?

Officiellement, les forces du maréchal Khalifa Haftar, autoproclamées Armée Nationale Libyenne, et bénéficiant du soutien militaire des pays du Golfe, de Washington,  de ses alliés de l’OTAN et de l’Egypte voisine, tente de repousser des milices tentant de reprendre  le contrôle des installations pétrolières libyennes. Ces infrastructures étaient  sous le contrôle d’une société de sécurité transformée en milice et dont la plus importante est commandée par Ibrahim Jadhran. 

Des médias soutenant Haftar suggèrent que Al-Qaïda au Maghreb Islamique et même Daech en Afrique soutiennent ces milices pour mieux le discréditer mais que sait-on vraiment sur les gardes des installations énergétiques libyennes? Pas grand chose hormis le fait que cet ancien responsable gouvernemental s’est transformé en un homme fort comme des centaines d’autres en Libye.

Des raids menés par des drones d’attaque US à 80 kilomètres au sud du bastion de Banu Walid, un fief Gaddafiste, renseigne un peu mieux sur qui est qui dans ce vaste chaos qu’est devenu la Libye. Officiellement, la frappe de drone aurait ciblé un haut cadre d’Al-Qaïda, une entité revenante impossible à couler.  Cette frappe succède à une autre menée un peu plus au Sud à Oubari, en plein désert et aurait ciblé un chef militaire d’Al-Qaïda au Maghreb Islamique sans plus de détails.

Al-Qaïda est un épouvantail. Surtout en Libye où le Wahabbisme n’a que très peu de prise, contrairement à l’idéologie des Frères Musulmans. L’instabilité y est entretenue. L’enjeu est le contrôle des hydrocarbures. La chute du régime de Gaddafi n’a pas permis aux puissances étrangères de profiter pleinement des ressources du pays. Et rien n’indique qu’il en sera autrement.

La destruction de réservoirs de brut en Libye et la suspension de la production au Venezuela auront un impact sur le prix du baril de brut que la hausse de la production, voulue par Washington et Ryad ne pourra pas totalement annuler.

On n’est pas sorti de l’ère du fossile.

 

Le Conte de deux îles

La Corse et la Sicile sont deux îles de la mer Méditerranée dont la nature du régime politique factuel est des plus difficiles à cerner.

Officiellement, la Corse est une collectivité territoriale à statut particulier de France tandis que la Sicile est une région autonome de l’Italie.

Dans les faits, les deux îles sont gouvernées par des dynamiques spécifiques basées exclusivement entre les rapports de force entre factions défendant une série d’intérêts  et l’équilibre de ces derniers avec le représentant symbolique de la métropole.

La nature réelle du régime politique en vigueur sur ces deux îles est d’une extrême complexité socio-politique et n’a pratiquement rien à voir avec les régimes politiques continentaux.

De toute évidence, la nature de ces régimes se rapprochent davantage des régimes politiques nord-africains que ceux d’Europe.

Nous y reviendrons.

 

Vietnam: vers la fin de la stabilité?

43 ans après la fin de la guerre du Vietnam, ce pays semble faire face à de nombreux défis mettant en péril sa stabilité.

En dépit d’avancées économiques et technologiques indéniables et souvent assez performantes, la résurgence de l’esprit “sud-vietnamien” ne relève plus d’une vue de l’esprit de certains nostalgiques d’un pays fantôche disparu mais plutôt d’une sorte de déterminisme historique. Ou d’une malédiction.

Le rapprochement “tactique” de Hanoï avec Washington, l’ennemi d’hier,  pour contrer l’influence de la Chine, ce grand frère et éternel rival, a eu pour effet une certaine ouverture contrôlée à l’économie de marché dans un pays où le régime communiste demeure relativement fermé.

Cet essor économique a réveillé les démons endormi du capitalisme corrompu d’un ancien régime disparu en 1975 et il semble que les questions du foncier industriel fassent l’objet d’un trafic générant des troubles de nature sociales, lesquels viennent de se tranformer en troubles politiques.

Le Vietnam sera donc ajouté à notre base de données des pays susceptibles de connaître des risques de troubles socio-politiques et géopolitiques à l’horizon 2019-2025.

La coalition menée par Washington tente d’enrayer la nouvelle stratégie syrienne à Deir Ezzor au moyen de frappes aériennes

Malgré l’échec patent de leur stratégie en Syrie, et probablement à cause de la faiblesse des résultats obtenus jusqu’ici, les planificateurs de la coalition menée par Washington n’ont d’autres choix que de recourir à des frappes de drones d’attaque contre des positions des forces armées syriennes à Deir Ezzor.

Les dernières frappes de la coalition ont visé des positions militaires pro-gouvernementales syriennes entre les localités d’Al-Tanf et d’Abou Kamal dans la vallée de l’Euphrate où Washington et ses alliés utilisent la milice auxilliaire connue sous le nom de Forces Démocratiques Syriennes (FDS), un regroupement hybride de forces kurdes indépendantistes, d’anciens combattants d’Al-Qaïda, d’éléments de Daech (l’organisation État Islamique) et de groupes radicaux, pour faire perdurer le conflit.

Depuis le mois de mai 2018, les américains ont mené entre 225 et 306 frappes aériennes dans l’Est désertique de la Syrie, afin de protéger leurs alliés de l’OTAN et les milices des Forces Démocratiques syriennes et le nombre de sorties, effectuées par des drones et des chasseurs bombardiers à partir d’Irak ou de Jordanie, est en nette hausse pour ce mois de juin 2018.

La province de Deir Ezzor ne fait pas partie des territoires syriens protégés par les systèmes de défense aérienne russe et les systèmes syriens qui s’y trouvaient ont tous été redéployés autour de l’axe vital Damas-Homs. Cependant, les russes suivent en temps réel l’évolution des aéronefs étrangers au dessus de Deir Ezzor et ont appris comment traquer les avions furtifs US.

Ces frappes cachent mal un changement subtil mais bien concret du champ de bataille dans l’Est syrien: Damas est décidé à reprendre le terrain et par dessus tout à éliminer les FDS ou du moins à les neutraliser et pour ce faire, les syriens, avec l’aide active de leurs alliés russe et iranien, ont commencé à déployer une stratégie nouvelle dérivant directement du jeu de Gomoko en y encerclant au fur et à mesure les bases militaires étrangères fournissant le principal soutien aux FDS puis à neutraliser leur champ d’opération en suivant des cercles concentriques de plus en plus réduits. Une stratégie qui enrage les israéliens dont l’objectif est de créer un contre-feu en Syrie méridionale et septentrionale pour divertir les forces syriennes du Sud et du Sud-Est du pays, en l’occurrence la province de Derâa, “berceau de la guerre” et le plateau stratégique du Golan, partiellement occupé et illégalement annexé par Israël.

Les meilleurs unités de l’armée syrienne demeurent déployées entre le littoral méditerranéen et Damas et depuis un certain temps, des unités sont à nouveau redéployées dans le Sud-est, car Damas tente de maintenir la pression maximale sur le Golan. Une question centrale de la guerre en Syrie.

De son côté, Israël fait tout ce qui est possible pour soutenir la création d’une entité étatique kurde dans le Nord-Est de la Syrie. La dernière de ses cartes à jouer après l’échec de la carte Al-Qaïda, illustré par le Front Ennosra et le délitement de Daech.

Dans l’est syrien, les unités d’action des renseignements de l’armée de l’air accompagnant  des milices pro-gouvernementales, soutenues par deux sociétés de mercenaires dont le Groupe Wagner et une autre société totalement inconnue, des milices irakiennes, des volontaires venant de pays islamiques encadrés par des officiers iraniens, des observateurs de pays alliés de la Syrie tentent tous de sonder et de percer le dispositif défensif des bases militaires étrangères illégalement présentes  dans l’Est et le Nord-Est de la Syrie.

La coalition ne sait plus comment réagir à cette stratégie et les renforts de troupes émanant de pays membres de l’OTAN ou d’autres pays non membres de cette alliance ne semblent pas y changer grand chose.

Ce qui est certain pour le moment est que si les bases étrangères des forces spéciales de l’OTAN n’ont pas été prises d’assaut jusqu’à présent par les forces pro-syriennes, c’est grâce aux raids aériens US.

Une première tentative de prendre d’assaut une base militaire de la coalition en Syrie orientale a failli réussir mais l’intervention de l’ensemble des moyens aériens US déployés au Moyen-Orient ont mis en échec cet assaut meurtrier pour les deux camps. D’après des informations diffusés, plus de 224 combattants pro-syriens dont 188 irréguliers russes ont trouvé la mort dans cette bataille. Une autre source souligne que les pertes militaires pro-syriennes sont probablement bien plus élevées et avoisinent 500 morts dont près de 200 irréguliers russes. Côté coalition US, aucune information n’a filtré mis à part une déclaration du président américain Donald Trump, qui, en faisant référence à cet “incident”, le premier choc armé entre russes et américains en Syrie, a évoqué que “beaucoup de gens ont péri des deux côtés”. Une source officieuse syrienne très bien informée de la situation en Syrie méridionale fait cependant état de la mort de plus de 400 combattants des FDS lors de cette bataille dont de nombreux “conseillers armés” des forces spéciales US ou des éléments de sociétés militaires privées, nombreux à opérer au sein des camps de la coalition. Une estimation confidentielle établie par les renseignements turcs de cet incident fait état de plus de 1300 morts et blessés dans les deux camps et recommande à l’armée turque de ne jamais  intervenir en cas de choc frontal entre américains et russes en Syrie.

Cet incident “primordial” aurait radicalement changé l’approche militaire russe en Syrie et l’a rendue plus subtile. S’il n’est pas question d’un affrontement frontal avec les américains, un objectif qui tente au plus haut point les factions les plus extrémistes du Pentagone pour qui-et ils y croient fur comme fer-, il suffit de frapper très durement les russes pour ce que ces derniers se retirent, la nouvelle approche russe s’appuie totalement sur une stratégie assymétrique, fluide et axée sur l’usage de milices et de sous-traitants régionaux convaincus de la nécessité de se débarrasser de toute présence étrangère à cheval entre la Syrie et l’Irak.

Pour le président Assad, la présence illégale de forces militaires de l’OTAN (et désormais hors OTAN) hostiles dans le Nord-Est et l’Est de la Syrie en vue d’un changement de régime est vouée à l’échec.