14/08/2020

Strategika 51

 Πάντα ῥεῖ…

De l’usage de l’arme aérienne pour briser le moral des populations civiles ou comment la coalition est en train d’échouer en Syrie orientale

Les temps changent et ils sont révolutionnaires. Ce qui vient de se passer près de Boukamal, dans la province orientale de Deir Ezzor en Syrie marque l’un des plus grands bouleversements de la guerre au Levant.

Des avions de combat de la coalition menée par Washington ont mené hier des raids aériens visant des villages où la population a refusé l’entrée des unités des forces démocratiques syriennes (FDS), une force supplétive créee, financée et armée par l’OTAN en Syrie orientale.

Les cibles visées cette fois-ci n’ont rien à voire avec une quelconque organisation terroriste de type Daech et encore moins des positions de forces supplétives de l’Armée syrienne: l’objectif est de faire plier des civils et comme à Milan en 1943, c’est les habitations des villageois récalcitrants à toute présence militaire étrangère sur leur terres qui ont fait l’objet de très violents bombardements.

Un premier bilan fait état de plus de 30 civils tués et de centaines de blessés.

Peu avant ces raids, des chefs de village, des notables locaux et des représentants de comités de citoyens s’étaient réunis avec des chefs militaires des forces supplétives soutenues par la coalition en présence d’officiers de l’OTAN et ont clairement affirmé que d’un accord unanime, leurs communautés refusent totalement l’entrée des FDS et des forces spéciales de l’OTAN dans leurs localités et que si une telle éventualité survenait, ils se joindront à l’Armée syrienne en dépit de leurs  divergences avec le pouvoir central à Damas.

Cette résolution a amené l’un des chefs des FDS à menacer d’un déluge de fer de feu les villages récalcitrants dans la plus pure tradition démocratique.

Contraindre des civils à adhérer à une politique par la terreur est la pire des dictatures.

Les avions de combat de la coalition ont ciblé des habitations civiles, plus précisément les domiciles des maires et des chefs communautaires dans ce qui s’apparente à une tentative de briser le moral de ces civils habitant des zones rurales désolées et oubliées d’un petit pays ravagé par la guerre  mais qui ont osé dire non à l’OTAN.

Cela veut dire que les méthodes employées par les services spéciaux de la coalition, à  savoir l’achat et la corruption des chefs de villages et des chefs tribaux, n’a pas fonctionné cette fois. La carotte n’a pas marché; place au gros bâton.

C’est un échec.

Les proches et les compatriotes des civils tués par ces frappes ont déclaré leur soutien au gouvernement de Damas qu’ils n’appréciaient guère il y a très peu de temps.Ironie du sort, la moitié des civils tués appartiennet à des factions qui soutiennent la coalition.

Les bombes des avions de la coalition ont tué des kurdes et des arabes et n’ont pas fait dans la dentelle. Ce qui enrage le plus les habitants de Boukamal est que les cibles visées par la coalition  sont toutes des habitations civiles ne représentant aucun intérêt militaire d’une quelconque nature que ce soit.

Au mépris du temps, la doctrine de l’usage de l’arme aérienne pour briser le moral des populations civiles n’a pas disparu. Que ce soit à Hiroshima, ravagée par l’arme atomique, Tokyo, bombardé par les bombes incendiaires en mars 1945 ou encore Dresde, Milan, Hambourg et bien d’autres villes, cette tactique moralement très répréhensible n’a jamais gagné les coeurs et les esprits.

En Syrie, cette stratégie barbare est en train de  renforcer le soutien des populations au gouvernement syrien.

Avant la guerre, les habitants de ces régions reculées et oubliées par le développement local faisaient face aux représentant corrompus et véreux du pouvoir central, exploitant leur positions à des fins d’enrichissement personnel. A présent, ils font face à d’anciens bandits de grand chemin et de contrebandiers aux méthodes violentes  promus « colonels » d’une force supplétive par l’OTAN qui n’hésitent point à diriger les bombes de la coalition sur leurs paisibles et pauvres masures, tuant des femmes et des enfants. Le choix est vite fait.

Cette évolution expose l’indigence des stratèges de l’OTAN en Syrie et l’échec ineluctable de leurs politiques dans cette région du monde.

 

 

 

 

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