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21/09/2020

Strategika 51

 Πάντα ῥεῖ…

Algérie : un parlement bicéphale après un putsch parlementaire

Après la Libye, où deux gouvernements rivaux se disputent la légitimité de gouverner le pays aux yeux de l’opinion internationale, le bicéphalisme institutionnel gagne désormais l’Algérie.

L’Algérie dispose depuis le 23 octobre 2018 de deux présidents de parlement rivaux.

Le président légitime de la chambre basse du parlement algérien, dénommé officiellement sous l’appellation d’Assemblée populaire nationale, est Said Bouhadja, un véritable vétéran de la guerre d’indépendance du front interne (1954-1962), un cas insolite au sein du personnel politique algérien, lequel est dominé dans sa majorité de personnes se revendiquant de cette qualité mais qui n’ont jamais participé ni de près ni de loin à la guerre. Ce dernier est considéré comme le troisième personnage de l’État mais comme la santé du président du Sénat est désastreuse, il est pratiquement le second dans l’ordre de succession en cas de disparition soudaine du président Bouteflika.
Bouhadja, jugé peu malléable et un peu trop regardant sur la gestion des deniers publics, était visé par la mafia de l’argent sale depuis près d’une année. Il était surveillé par son secrétaire général, un certain Slimani, une ancienne petite crapule du milieu qui est devenu indicateur de bas étage de la police politique avant d’être promu par le général Mediène dit Toufik, un bureaucrate zélé et effacé excellant dans l’art du chantage, qui a dirigé derrière un rideau de rumeurs les renseignements algériens (l’ex-DRS ou Département du Renseignement et de la Sécurité) durant l’ensemble de ce que l’on appelle la décennie noire (1992-2002) et bien au delà. Une fois Toufik limogé en 2015, Slimani à continué à servir son successeur avec un zèle redoublé.
Ce Secrétaire général délateur était aussi l’homme de la majorité dite présidentielle et regroupant essentiellement des députées du FLN (Front de Libération National/parti majoritaire), ceux de son clone créé de toutes pièces par les services et alimenté par la corruption : le fameux RND (Rassemblement National Démocratique), mais également d’autres petits avatars satellites aux acronymes divers et souvent exotiques (MPA, TaJ, etc.) Tous gérés par un obscur service des renseignements.
Slimani permettait à certains deputés FLN et RND ayant acheté avec de l’argent cash leurs sièges au parlement (les prix d’un siège de député sont variables et obéissent à la loi du plus offrant) de piller et de détourner les ressources de l’État, de procéder à des transactions douteuses, de faux et usage de faux et de s’offrir des privilèges exorbitants et injustifiés. Or Bouhadja a osé toucher à cet indicateur peu scrupuleux et c’était cet acte qui l’a condamné. Il fut immédiatement vilipendé par les médias aux ordres et qualifié par Djamel Ould Abbés, le patron Caviar Whisky du FLN de « rebelle » contre l’État. Ironie du sort, Djamel Ould-Abbés qualifiait les combattants de l’ALN durant la guerre d’indépendance de « terroristes » et n’a jamais été impliqué de quelque façon que ce soit avec les graves « événements » qui secouèrent l’Algérie entre la Toussaint de 1954 et juillet 1962. Nonobstant cela il se forgera bien plus tard une fausse affiliation au FLN et prétendra même avoir été condamné à mort par le pouvoir colonial français entre deux verres de Whisky lors d’une réception mondaine en l’honneur de sa fortune (il fut en 1975 l’un des rares et premiers milliardaires d’Algérie).
Le patron du FLN caviar fut naturellement rejoint par Ahmed Ouyahia, accumulant simultanément les casquettes de patron du RND, Chef de gouvernement et directeur de Cabinet à la présidence et considéré à juste titre comme l’homme politique le plus détesté d’Algérie. Il est surtout un corrompu et l’homme de la France.
D’origine kabyle, Ouyahia est connu pour son cynisme à toutes épreuves, son a plat-ventrisme et sa pauvreté intellectuelle. Il à été recruté par les renseignements lors de son service militaire effectué à la présidence pour son extraordinaire servilité et sa capacité à exécuter n’importe quelle directive et son contraire sans état d’âme particulier. Il est vu par certains comme le fossoyeur de l’industrie algérienne et le protecteur des oligarques civils proches des militaires ayant fait fortune du jour au lendemain dans un pays ou l’économie est le monopole total d’un groupe de privilégié ayant le soutien des décideurs du moment.
Le paisible Bouhadja tente de résister mais le FLN/RND perd vite patience et utilise la violence physique. Des députés, secondés par des voyous payés à la journée bloquent l’accès au bureau du président de l’Assemblée avec des chaînes metalliques et des cadenas. Les services de sécurité ont disparu. Menacé dans son intégrité physique, le vieux Bouhadja ne peut plus accéder au parlement et c’est à ce moment précis que les frondeurs en service commandé réunissent illégalement une commission des affaires juridiques dont les membres reçoivent un petit backchich et ils déclarent officiellement le poste de président du parlement vacant. Un tour de passe passe que le pouvoir algérien use et abuse depuis la grande débâcle de 1962. Le tour est joué. Son successeur était prêt et désigné depuis six mois : Un certain Moad Bouchareb, un quadragénaire archi-corrompu du FLN proche d’un ancien général ayant dirigé le Commissariat politique et l’orientation idéologique de l’Armée Nationale Populaire (ANP) et dont la famille originaire de Sétif, aurait de très puissants appuis au sein des services.
Mais Bouhadja ne lâche pas le morceau. D’habitude discipliné et peu enclin à la résistance, le vieux vétéran était prêt à démissionner mais n’arrive pas à admettre l’humiliation. D’un point de vue juridique, il est toujours le président du parlement algerien et Bouchareb un usurpateur désigné.

Comme le président algérien est en soins très intensifs depuis des années et que son état de santé ne lui permet plus de gouverner, son entourage lui a subtilisé toutes ses prérogatives constitutionnelles et a commencé tant bien que mal à s’essayer à l’art difficile du gouvernement avec l’aide des réseaux souterrains de l’État profond français, non sans d’énormes bourdes et de dérapages.

L’Algérie se retrouve en 2018 sans institutions politiques viables et en dépit des centaines de milliards engrangés depuis 2001 et les avertissements des événements destructeurs ayant eu lieu en Libye et en Syrie, il semble que le groupe « anonyme » qui a pris en otage un président malade et lui a volé ses prérogatives n’a eu aucun autre intérêt que de s’enrichir illégalement en ignorant superbement ce qui ce passe dans l’environnement géopolitique régional et en s’inspirant fortement du Makhzen corrompu marocain dans la gestion en interne.
Un suicide stratégique.

Update26-10-2018 : le dénommé Slimani qui occupait le poste de Secrétaire général de l’Assemblée avant son limogeage par le président Said Bouhadja, déclenchant toute l’affaire, a été rétabli dans son ancienne fonction deux heures à peine après l’installation fantoche d’un nouveau président de l’Assemblée.
Qui est donc ce Bachir Slimani pour que le pouvoir algérien mette en danger l’ensemble de ses institutions écran pour le remettre en selle ?
Voilà une question de fond qui devrait intéresser les journalistes algériens.

Zorba Z

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