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24/11/2020

Strategika 51

 Πάντα ῥεῖ…

Algérie: manipulations autour d’une énième transition permanente

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En Algérie, les factions d’un régime unique  qui n’a pas changé d’un iota depuis l’été dramatique de 1962, sont à couteaux tirés et ne parviennent pas à s’entendre sur une transition après quatre mandats successifs de l’actuel président Abdelaziz Bouteflika.

Ce dernier, gravement malade et amoindri, ne gouverne plus depuis des années et ne sert que de faire-valoir à une nouvelle oligarchie d’hommes d’affaires très corrompus agissant pour le compte des  militaires mais dont la puissance financière, acquise frauduleusement en adaptant des législations sur mesure suivant leur intérêts,  a fini par leur conférer une réelle influence sur le pouvoir réel.

Face à un blocage politique, économique et géopolitique, le pouvoir réel n’avait aucune autre perspective que de faire la promotion de ce qu’il a appelé « la continuité », c’est à dire la reconduction du système tel qu’il a toujours été depuis 1962. Une faction du pouvoir réel, trempée jusqu’à la moelle dans la corruption et la dilapidation des ressources, proche de Paris, veut un cinquième mandat pour l’actuel président en dépit de sa maladie. Une autre faction, issue du clan connu sous le nom des « éradicateurs », celui qui déclencha et alimenta la guerre civile sanglante de 1992-2002, ne veut plus de cette option et a présenté une sorte de jocker issu de l’institution militaire et défendant un projet laïc extrémiste et anti-Islam.

Face à l’absence de toute opposition réelle (la plupart des partis politiques sont contrôlés par le régime) à l’exception de quelques rares opposants réels confinés et marginalisés, le pouvoir réel a les mains libres. Seul problème, ses factions sont loin d’être unanimes sur le type de transition et par dessus tout sur l’opportunité d’un cinquième mandat factice. D’où la multiplication des opérations de manipulation.

Les médias en Algérie ne sont pas libres. Ceux du secteur public en sont encore aux années 70 tandis que les médias privés obéissent aux intérêts des barons de l’oligarchie et tous passent sous silence la plupart des évènements importants survenant dans le pays en focalisant sur des messages officiels, des faits divers ou des thématiques sociales susceptibles de provoquer de profonds clivages.

L’opinion Algérienne ne se réfère qu’aux réseaux sociaux et son lot de fausses nouvelles.

Un terreau investi en force par les soutiens du régime, lesquels ne cessent d’orienter les tendances ou les débats.

La communication officielle, lourde, paranoïaque et sclérosée, a toujours été le talon d’Achille du gouvernement Algérien.

Ce dernier n’en a cure. Pas plus que de son image de marque.

La persistance du régime à nommer des officiels très impopulaires ou vomis par l’ensemble de la population comme Ouyahia, Sellal ou Bouchareb, parfois pour les utiliser comme fusibles, a radicalisé le rejet du pouvoir en Algérie.

La volonté de faire peur aux populations en évoquant la guerre civile ou les conflits ayant détruit des pays comme la Libye ou la Syrie ont un certain écho sur une grande partie de la population, surtout les plus jeunes, qui croient très naïvement que l’Algérie est un pays libre susceptible d’être visé par l’Empire alors que c’est devenu une sorte de pays corrompu ayant des liens très étroits avec les grandes corporations et les tenants de la finance internationale et par dessus tout un lien plus que solide avec le sionisme international de gauche comme celui qui contrôle une grande partie du pouvoir réel en France.

Les populations algériennes ont exprimé massivement leur rejet d’un cinquième mandat mais demeurent profondément divisées. L’absence d’alternatives viable et le blocage poli tique total voire l’échec de toute une classe politique d’apparatchiks et d’opportunistes ont amené la jeunesse algérienne a jeter son dévolu sur un outsider venu de France dénommé Rachid Nekkaz.

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L’activiste politique Algérien Rachid Nekkaz brandissant son passeport que les autorités refusent de lui renouveler.

Cet homme qui s’était présenté aux présidentielles françaises de 2007 avant de se bâtir une notoriété en payant les amendes des femmes portant la tenue noire intégrale des Salafistes en Europe, se bat contre la corruption de la Nomenklatura Algérienne et s’est présenté aux présidentielles d’avril 2019. Il est ignoré par le gouvernement et les médias en Algérie, voire souvent bastonné, et ces actions sont toujours enregistrées par vidéo et diffusés par Nekkaz en temps réel sur les réseaux sociaux;  Ce qui augmente sa popularité auprès des jeunes branchés en permanence à leur smartphones.

Le pouvoir réel et son allié français l’ignorent et vont certainement l’éliminer de la course en utilisant des chicanes juridiques et réglementaires (nationalité d’origine, conjoint de nationalité US, séjour en Algérie, etc) mais Nekkaz aura réussi à créer une véritable base populaire que peu de partis politiques peuvent se targuer d’avoir dans un pays où la politique n’intéresse pas grand monde.

Le prochain président Algérien sera dans tous les cas de figure un autre simulacre qui aura à subir une terrible crise économique et sociale. Le régime établi par la France durant l’été 1962 continuera au moins jusqu’à l’horizon 2025-2030 soit presque 200 ans après la chute de la régence d’Alger en juillet 1830.

L’Algérie est en transition permanente depuis cette date et il y a tout lieu de croire qu’elle continuera cette transition dans la décennie à venir.

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