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23/11/2020

Strategika 51

 Πάντα ῥεῖ…

Inde-Pakistan: Retour de manivelle de l’histoire

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Les derniers évènements qui ont eu lieu dans cette ligne de fracture du sous-continent indien et le petit duel entre les forces armées des deux pays sur le Cachemire malgré un esprit de détente qui a pris heureusement le dessus reflètent un retour en manivelle de l’histoire.

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Il faudrait comprendre la géopolitique dans cette région en termes de dialectique entre la résilience de l’Islam et la propension des puissances non musulmanes à lutter contre cette résilience. Une telle dialectique est parsemée de considérations géostratégiques et politiques.

Abordant d’abord et rapidement ces considérations : le Pakistan a été fondé en 1947 comme une œuvre “prophétique” et salutaire pour sauver l’Islam indien d’une résurgence de l’âme hindouiste dissimulée dans le mouvement d’indépendance de l’Inde.

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Les lettres du nom de Pakistan ont des significations particulières : K pour “Kasmir (Cachemire), P pour Pendjab, A pour Afghania (régions pachtounes), S pour Sindh et T pour “tan” dans le Balouchistan. On remarque donc que le Cachemire relève d’une vulgate identitaire pour le Pakistan.

Deux guerres vont éclater entre les deux pays et seront provoquées par la question du Cachemire. En 1947, la ligne de contrôle sépare cette province en deux. De plus, cette province est le château d’eau du sous-continent indien. Le fleuve de l’Indus prend sa source dans l’Himalaya et traverse le Cachemire pour finir au Pakistan en débouchant vers la mer arabe. Ce château d’eau est vital pour le Pakistan.

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La première guerre dite de partition entre l’Inde et le Pakistan de 1947. Elle sera suivie par deux autres guerres et des centaines d’accrochages.

Par ailleurs, la possession de tout le Cachemire permettrait à l’Inde d’accéder à l’Asie centrale et à l’Afghanistan tout en empêchant le Pakistan d’avoir une frontière avec la Chine, compromettant les plans d’une route économique entre ces deux pays.

Dès lors, le Cachemire devient le théâtre d’attaques sporadiques mais constants du Jaish-e-Mohammed (JeM) et de son allié Lashkar-e-Taiba (LeT) contre l’armée indienne. L’objectif de ces deux organisations est le rattachement de tout le Cachemire au Pakistan et sont soutenus par les services de renseignement pakistanais.

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Des soldats de l’Armée pakistanaise devant les débris d’un Mig-21Bis de l’Armée de l’air indienne (2019)

On pourrait s’arrêter là. Mais la lutte entre le Pakistan et l’Inde ne relève pas uniquement de considérations géostratégiques. En suivant de près, le soutien des Etats-Unis à l’Inde dans ces épreuves de force en le considérant comme un allié stratégique, la coopération militaire secrète entre Israël et New Delhi et les relations politiques et sécuritaires privilégiées entre l’Arabie Saoudite et le Pakistan, on peut voir de près que le vrai problème n’est autre que le choc entre la civilisation islamique et les autres civilisations (indienne et judéo-chrétienne).

Dans son livre sur l’histoire indienne, Nehru, l’un des fondateurs de l’Inde, avance deux idées principales qui nous permettent de comprendre beaucoup de choses, non seulement sur l’histoire de ce pays mais aussi sur l’avenir du sous-continent indien. D’abord, il considère que dans l’histoire de l’Inde, la civilisation hindouiste dont l’existence remonte à la nuit des temps (époque des pyramides et des sumériens) devrait connaitre un essor à l’époque moderne et que l’Islam n’a été qu’un apport extérieur, artificiel et suranné. Le deuxième élément est de nature géostratégique : pour Nehru, la frontière septentrionale de l’Inde n’est que l’Himalaya et par conséquent, il ne reconnait l’existence d’aucun Etat situé au dessous de cette frontière (Bhoutan, Népal). De ce fait, le Pakistan devient pour l’Inde non seulement un rival régional mais aussi une menace à la projection de la puissance indienne en Asie centrale et au-delà de l’Himalaya. L’expansionnisme indien dans cette région a provoqué l’intervention musclée chinoise en 1962.

Toutefois, la vraie histoire du sous-continent indien démontre que l’Islam qui a commencé à pénétrer l’Inde au 10ème siècle a été complètement accepté par les Indiens qui ont rejeté le bouddhisme et se sont ennuyés de l’hindouisme non pas seulement à travers la conversion de millions d’indiens durant le Moyen Age mais également en vivant en parfaite harmonie avec les nouveaux maîtres turcs de l’Inde.
L’arrivée de l’Islam en Inde a été l’un des plus grands évènements de l’histoire. Aucun peuple ou civilisation n’ont pu s’introduire dans le sub-continent indien depuis l’époque mythologique d’Alexandre.

Durant deux siècles (7ème et 9ème), les musulmans (Abbasside, Samanides) ont imposé progressivement une présence durable en Afghanistan et en Transoxiane. L’Asie centrale est devenue une steppe musulmane depuis la grande défaite chinoise de Talas.

Au 8ème siècle, ils ont pris pied au Sind dans la basse vallée de l’Indus. Au 10ème siècle, les Turcs Ghaznévides (du nom du premier conquérant, Mahmud de Ghazni) qui se sont convertis à l’Islam pour échapper à l’esclavage s’emparèrent de Peshawar et du bassin du Gange.

Le savant Al-Bîrunî qui accompagnait les conquérants, a compris qu’en Inde, l’introduction de l’Islam a été favorisée par le morcellement politique de ce pays partagé entre des seigneurs rivaux. Le successeur de Mahmud, Muhammad de Ghor a poursuivi en 1190 la conquête en s’emparant de Kanauj, Bénarès et des royaumes du Bengale. A cette époque, le Cachemire demeura l’une des sanctuaires de la littérature sanscrite et échappa à la conquête. Le reste des royaumes méridionaux se sont réfugiées en s’appuyant sur les côtes.

Al-Biruni
Al-Bîruni

Commence alors la fabuleuse histoire du Sultanat de Delhi en 1206 qui s’étend au centre et au sud de l’Inde. Le dernier royaume hindou Vijayanâgara succombe en 1565. Les sultans de Delhi ont grandement contribué à la diffusion de l’Islam et ont défendu le sous-continent indien contre les envahisseurs mongols installés en Iran au 13ème siècle. Le persan devient une langue savante à la place du sanskrit. Mais plus important encore, le nouveaux souverains musulmans de l’Inde n’ont pas contraints leurs sujets indiens à se convertir à l’Islam selon les préceptes de la religion islamique. Cet esprit de tolérance a été le meilleur apport des Musulmans en Inde alors que les anciens souverains indiens pratiquaient un système de ségrégation sociale avec le système des castes. Ce système existait bien avant l’arrivée de l’Islam puisque Al-Bîrunî qui fut un observateur avisé de la première conquête musulmane l’a bien remarqué chez les royaumes indiens.

Le remplacement du Sultanat de Delhi par l’empire moghol après la bataille de Panipat en 1526 ne fait que renforcer la présence séculaire musulmane en Inde. L’Inde lui doit de manière à la fois symbolique et civilisationelle la splendeur du monument du Taj Mahal. La présence séculaire de l’Islam en Inde se poursuit et décline avec l’arrivée des Européens (Des portugais, des Néerlandais qui fondent la compagnie des Indes et finalement des Britanniques).

Nous allons maintenant nous arrêter sur un évènement capital qui nous permet d’expliquer rétrospectivement ce qui s’est passé par la suite en Inde. L’image d’aujourd’hui n’a vraiment rien à voir avec le vieux passé du sous-continent indien. En un mot, l’Inde a connu un âge d’or avec l’Islam et lui a donné un élan de tolérance entre Indiens et Musulmans malgré les conquêtes et leurs lots de destruction. Ce n’est donc pas une greffe étrangère éphémère ou parasitaire comme le laisse entendre Nehru dans son livre.

Cet évènement capital est la révolte des Cipayes (1857-1858) qui marque à la fois la fin de l’empire moghol avec l’exil de son dernier empereur et le début des divisions entre Musulmans et Indiens. En fait, se sont les Britanniques qui ont divisé l’Inde en créant un antagonisme entre Indiens et Musulmans. Ils méritent à ce titre leur surnom de « perfide Albion » avec les conséquences dramatiques que l’ont connait aujourd’hui. Les soldats de la prétendue «Honorable East Indian Company» (Compagnie des Indes orientales) qu’on appelle les Cipayes se soulèvent contre leur maître anglais en 1857 en raison de la graisse utilisée pour les nouvelles cartouches provenant des animaux (de vaches et de porcs). Comme ces cartouches sont décapsulées avec les dents avant leur utilisation, les Musulmans et les Indiens ne voulaient pas enfreindre leur religion. Les premiers récalcitrants sont sanctionnés. Ce fut le signal de la révolte. Delhi et Lucknow sont prises par les insurgés. L’empire britannique se fera assisté par les Sikhs du Pendjab et des renforts arrivés de Londres pour venir à bout de cette révolte qui était en fait la dernière tentative de l’empire moghol pour ressusciter. Aussitôt, les Britanniques récupèrent les territoires perdus et mettent fin à la révolte avec une impitoyable cruauté. Les fils du dernier empereur sont exécutés sommairement et les prisonniers sont mis à mort par des coups de canon. Des villages entiers sont détruits.

Non seulement, la compagnie des Indes sera dissoute mais une nouvelle entité coloniale prend naissance, le British Raj en 1877. En un mot, c’est l’empire britannique qui devient le nouveau maitre de l’Inde.

Plus important encore, les Britanniques ne voulaient plus de l’unité indo-musulmane. Leurs services de renseignement ont commencé leur travail de sape. Les Indiens et les Musulmans qui ont combattu la main dans la main et dans la fraternité deviendront les ennemis de demain.

Le contexte de la seconde guerre mondiale pousse les Britanniques à rechercher l’appui des Indiens dans l’effort de guerre. Le Congrès qui est crée en 1885, pendant le Raj britannique réclame sous la direction de Ghandi l’indépendance de l’Inde. Mais la Ligue musulmane milite pour un Etat indépendant dans le sillage des affrontements entre les deux communautés. Les Britanniques finissent par décider une partition du pays en 1947 devant les protestations de Nehru et de Gandhi.

A partir de ce moment, le nouvel État indien devient un rival aux musulmans pakistanais. L’époque moderne est marquée par un choc des civilisations à sens unique. La civilisation indienne associée aux autres civilisations, notamment la civilisation judéo-chrétienne cherchent à gagner le soutien de l’Inde devenue une puissance hindouiste malgré la présence de plusieurs millions de musulmans en Inde. Celle-ci se jette corps et âme dans cette confrontation.

Après deux parenthèses marquées par l’alliance entre Washington et le Pakistan contre le communisme et l’Union soviétique et dans la guerre contre le terrorisme après les attentats du 11 septembre 2001, le retour du choc des civilisations caractérise aujourd’hui les relations du Pakistan avec le reste du monde.

Dès lors que les fonctions géostratégiques de la guerre froide et de la lutte contre le terrorisme ne deviennent plus fonctionnelles, c’est le choc historique des civilisations qui est de retour. Deux exemples suffisent à le prouver.

D’abord, le rapprochement entre Israël et l’Inde. En juillet 2017, Narendra Modi, chef de gouvernement indien, rend une visite pour le première fois à Tel Aviv. Puis le 14 janvier, le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou se rend à New Delhi. Israël est devenu le quatrième fournisseur d’armes de l’Inde, après les Etats-Unis, la Russie et la France (le drone Heron et le système de missile Barak 8 font parties des armes prisées par les Indiens). Mais il n’y a que le rejet de l’Islam et de la prétendue menace qu’il représente qui milite pour un tel rapprochement.

Par ailleurs, les Etats-Unis renforcent leur coopération stratégique avec l’Inde. Le secrétaire d’Etat, Mike Pompeo a rendu une visite à New Delhi en septembre 2018. Ce processus s’accompagne d’une détérioration des relations entre les Etats-Unis et le Pakistan. « Le Pakistan ne nous a rien donné d’autre que des mensonges et des supercheries », a déclaré le président américain, Donald Trump. Le Pakistan soutient ouvertement la lutte des Talibans contre les forces américaines en Afghanistan qualifiée par Islamabad de «guerre sainte ».

Par ailleurs, le Pentagone a annoncé en septembre, avoir mis fin à l’aide d’un montant de 300 millions de dollars à Islamabad. Le prétexte est le soutien des services de renseignement pakistanais aux Talibans en Afghanistan. Le Pakistan pourrait alors se tourner vers d’autres pays comme la Chine pour obtenir des aides nécessaires à sa défense et à son économie. Les Etats-Unis et l’Inde sont devenus les rivaux de la Chine.

Les États-Unis et l’Inde vont effectuer des l’an prochain des exercices militaires conjoints sur terre, mer et air. Ils ont également signé l’accord Comcasa (Communications Comptability and Security Agreement) qui permettra à New Delhi de bénéficier de l’armement sensible américain.

Il semble donc que les prédictions de Huntington se vérifient aujourd’hui pour le cas indien en raison de la dialectique historique entre l’Islam et l’Inde. Après avoir dominés culturellement et religieusement ce pays pendant des siècles, les Musulmans indiens ont finalement crée leur État dans le sous-continent indien qui est éternellement haï par les dominés d’hier. Ces derniers peuvent compter aujourd’hui sur l’aide de la civilisation judéo-chrétienne pour régler ses comptes avec leurs rivaux musulmans. Tel est le retour de manivelle de l’histoire.

PALLAS

En exclusivité pour Strategika51.org

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