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03/08/2020

Strategika 51

 Πάντα ῥεῖ…

L’abaissement du seuil nucléaire est une réalité ou comment les nouveaux chevaliers de l’Apocalypse veulent jouer avec le feu nucléaire

The use of tactical nuclear weapons or atomic artillery in Syria or Iran will lead to a global catastrophe and no one will survive to this kind of games.

La reprise de la production d’obus et d’ogives nucléaires de faibles puissance par les États-Unis confirment l’abaissement du seuil d’utilisation de l’arme atomique au niveau tactique, c’est-à-dire sur le champ de bataille,  par les stratèges militaires US.

Parmi les programmes relancés, figure l’obus atomique de 203 mm dérivé de la W79 Modèle 1. L’obus nucléaire US W79 Modèle 2 est actuellement produit au Texas.

Revenons un peu sur cet obus par comme les autres: officiellement, 550 obus W79 Mod 0 et 1 furent produits entre 1981 et 1986, soit au plus fort des manifestations de forces entre le Pacte de Varsovie d’un côté et l’OTAN de l’autre dans le cadre de la guerre froide 1.0.

Cet obus de l’apocalypse dans sa version O utilisait une fission linéaire et avait des puissances variant entre 0.1 jusqu’à 1.1 Kilotonnes (de 100 à 1100 tonnes équivalent au TNT) et pouvait être configuré à émettre ou non des radiations. Le Modèle 1 utilisait la fission nucléaire classique et avait une puissance nominale de 0.8 Kilotonnes (800 tonnes d’équivalent TNT).

Ces obus au plutonium étaient destinées durant les années 80 au théâtre européen.  En plus clair, le Pentagone avait préconisé l’usage d’une artillerie lourde nucléaire dans les campagnes allemandes, françaises et polonaises ainsi qu’en Autriche et le nord de l’Italie pour tenter d’arrêter un éventuel déferlement de divisions blindées soviétiques en Europe occidentales.

Ce scénario assez effrayant ne s’est heureusement jamais produit. La Glasnost puis la Perestroika ont vite débouché sur l’effondrement du bloc de l’Est avant la dissolution de l’ex-URSS et son démantèlement. Les Etats-Unis s’approprient une victoire dans une guerre qui ne s’est pas terminée et leurs idéologues (ou philosophes) crièrent victoire en décrétant unilatéralement et un peu présomptueusement la « Fin de l’Histoire ». La fin de toute l’histoire humaine et le triomphe définitif du « libéralisme ».

L’histoire, pas plus que le temps, ne s’est pas arrêtée et très vite, Washington a eu besoin d’un changement de paradigme majeur: à la menace rouge s’est substituée une autre menace perçue, fabriquée de toutes pièces pour cacher la mainmise sur la région centrale du monde, où se concentrent les plus grands gisements d’énergies fossiles.

La Mésopotamie fut le lieu le plus indiqué à cette fin. L’Irak de Saddam Hussein que la stratégie du double endiguement n’a pu affaiblir suffisamment fut piégé et amené à envahir le très riche Koweït. Ce fut la guerre du Golfe 2 de janvier-février 1991 durant laquelle Washington avait menacé l’Irak avec des armes nucléaires tactiques et d’autres armes non-conventionnelles déguisées sous des concepts comme celui de la Fuel Air Explosive (FAE) ainsi que des armes chimiques et biologiques de seconde génération lesquelles furent effectivement utilisées.  Les vétérans de cette guerre souffrent jusqu’à présent de ce que l’on appelle le syndrome de la guerre du Golfe et un bon nombre d’entre-eux est mort dans l’indifférence totale et le déni des des ministères de la Défense des pays engagés dans ce conflit.

Entre 1992 et 2000, les États-Unis s’impliquent massivement et intensément dans la région centrale du monde, qui corresponds en gros à 60% du monde dit musulman et lui dédient l’un de leur  plus grands commandements militaires, le CentCom.

Entretemps, des pays non-alignés comme la Yougoslavie sont détruits et démembrés sous le regard impuissant d’une Russie meurtrie et livrée à la vindicte des grands requins de la finance internationale et d’une Chine muette et timorée. A Washington, l’État profond exultait et n’entrevoyait le 21ème siècle que comme un Nouveau Siècle Américain triomphant dans l’ombre plus majestueuse d’un Nouvel Ordre Mondial évoqué publiquement au lendemain de la guerre du Golfe 2 en 1992 par George Herbert Bush père, l’un des membres de la coterie de comploteurs ayant mis à mort le président John Fitzgerald Kennedy en 1963 et complètement dévoyé et perverti la politique étrangère US au profit d’intérêts privés et tiers.

En 2001, des agents étrangers agissant pour le compte d’éléments infiltrés au sein des rouages de l’État profond US déclenchèrent des attaques spectaculaires sous fausse bannière dans le sanctuaire américain: ce furent les fameuses attaques contre les tours du World Trade Center de New York et le Pentagone à Washington. Officiellement des avions de ligne ont été piratée par un groupe d’une douzaine de « terroristes » mais cette version officielle ne fut jamais acceptée par la communauté scientifique et encore moins par la communauté mondiale du renseignement.

Le choc fut cependant rude pour une opinion dont l’inconscient collectif fut martelé par un film de fiction à gros budget sur l’attaque japonaise sur Pearl Harbour. En réalité, c’était le point de départ d’une nouvelle phase active dans l’hégémonie totale d’une oligarchie sur une planète de plus en plus mise à mal par un système financier et économique essentiellement basé sur les inégalités, l’exploitation et l’injustice. Il y avait un ennemi imaginaire en gestation depuis la fin de la guerre d’Afghanistan:  résidu des basses œuvres des services spéciaux occidentaux et musulmans, le militantisme politique islamiste fut dès le départ un outil géopolitique de l’empire britannique puis celui de Washington pour contrer la menace rouge. Le bureau de recrutement des volontaires arabes et musulmans pour le Jihad ou la Guerre Sainte contre l’occupant soviétique d’Afghanistan, qualifiés par l’ensemble des médias US de « combattants de la liberté » ou Freedom Fighters devenaient subitement l’ennemi numéro 1 du monde dit libre. Un ennemi d’autant plus commode à une économie basée sur la guerre qu’il était invisible, non structuré, non apparent, protéiforme, nébuleux, sans front et sans délimitation géographique. La guerre sans fin contre la terreur ou le Saint-Graal de tout complexe militaro-industriel miné par la corruption était née.

Les mythes surfaits d’Oussama BenLaden et de son adjoint Ayman Al-Zawahry, ressortissants paradoxalement issus des deux pays les plus alliés à l’Empire, le Royaume d’Arabie Saoudite et l’Égypte, allaient occuper les médias dominants pendant quelques années durant lesquelles les États-Unis d’Amérique partirent à l’assaut d’un Afghanistan où il n’y avait presque aucune cible valide pour un tir de roquette non guidée. Au mépris de la réalité, Washington utilisa des bombardiers stratégiques furtifs B-2 Spirit et des missiles de croisière pouvant emporter des centaines de Kilotonnes contre une petite milice fort mal armée et ne disposant d’aucun réseau de télécommunication moderne. Cette débauche d’étalage de puissance visait moins les Talibans que la Russie, la Chine et l’Iran, voisins de ce pays montagneux, pauvre et enclavé d’Asie. Officiellement, le seul cas d’un usage de l’arme atomique au combat remonte aux deux bombardements des villes nipponnes d’Hiroshima et de Nagasaki en août 1945. Selon des données recueillis jamais reconnues et passées sous silence, les États-Unis ont utilisé des ogives nucléaires d’une puissance de 0.08 à 0.2 KT dans le sud de l’Afghanistan et notamment à Tora Bora ainsi que dans le désert de Kandahar.

L’usage de la mère de toutes les bombes conventionnelles telle que la GBU-43B MOAB pesant une dizaine de tonnes ou 0.01 KT servait souvent à camoufler l’usage d’ogives non conventionnelles d’une puissance réduite dans un théâtre tactique ouvert et éloigné des médias (officiellement cette bombe fut utilisée en 2017 contre l’organisation de l’État Islamique du Khorasan, une invention d’arabisants des services spéciaux qu’ils tentent de planter en Afghanistan pour lutter contre les Talibans et le gouvernement de Kaboul et y semer un chaos favorable à la poursuite d’une présence militaire étrangère).

Le mouvement des Talibans n’a pas pour autant disparu. Il est entré en clandestinité et a crée ce que l’on pourrait considérer à juste titre comme la guérilla la plus efficace de l’histoire.

En dépit de centaines de milliards de dollars US et de dizaines de milliers de militaires et de soldats d’élite d’outre les États-Unis d’Amérique (plus de la moitié des effectifs),  d’Albanie, d’Allemagne, de Belgique, de Bulgarie, du Canada, de Croatie, de la République Tchèque, du Danemark, des Émirats Arabes Unis, de l’Espagne, d’Estonie, de Finlande, de France, de Grèce, de Hongrie, d’Islande, d’Italie, de la Lituanie, du Luxembourg, du Monténégro, de la Norvège, des Pays-Bas,  de la Pologne, du Portugal, de la Roumanie, de la Slovaquie, de la Slovénie , du Royaume-Uni, de la Turquie et même de pays comme la Mongolie et l’Azerbaïdjan,  les Talibans ont pu se reconstituer et occuper d’abord les zones reculées du pays avant de contrôler de nuit l’ensemble du pays et pousser leur audace à tenter à prendre d’assaut des capitales provinciales et opérer aux portes de la capitale Kaboul.

L’échec patent de l’intervention militaire en Afghanistan a poussé certains théoriciens militaires  à privilégier l’usage de l’arme nucléaire contre une guérilla. Ce qui n’était en soi nullement nouveau. Au Vietnam, certains généraux US avaient appelé ouvertement à l’usage de la bombe atomique contre le Vietnam du Nord et un peu plus antérieurement, lors de la guerre de Corée au début des années 50, le général Douglas MacArthur voulait absolument larguer des bombes atomiques sur les lignes et les villes chinoises. Ce fut la principal cause de sa brouille avec le président des États-Unis à l’époque, Harry Truman.

En 2019, l’échec de la guerre en Syrie et la montée en puissance fulgurantes de la Russie et de la Chine, la défiance de l’Iran et de la Corée du Nord en Asie, Cuba et le Venezuela dans les Caraïbes ont mis fin à une ère historique et sont en train de remodeler les structures mêmes des relations internationales et la stratégie mondiale. En parallèle, la crise et les limites du modèle économique dominant laissent entrevoir un déclin inexorable de l’Empire. Mais le conditionnement des élites militaires de cet Empire ne peuvent concevoir un tel état des choses et, convaincus de la supériorité intrinsèque de leurs armes et technologies, en plus d’une auto-intoxication idéologique (paradoxale pour un système libéral), croient désormais pouvoir emporter une guerre thermonucléaire globale contre la Russie et la Chine ou tout autre adversaire alors que le résultat le plus probable d’une telle confrontation serait au mieux une sorte d’hiver nucléaire suivi d’un chaos apocalyptique. L’espèce humaine ne sera pas anéantie et même dans le cas d’une guerre globale entraînant l’usage de l’ensemble des arsenaux conventionnels et non-conventionnels existants, entre 800 millions jusqu’à 2.8 milliards d’humains y survivront d’une façon ou une autre et il est fort probable qu’une certaine proportion d’entre-eux continuera la guerre dans des conditions extrêmes marquées par des famines, des pandémies et la contamination radiologique des sols, de l’air et de l’eau. Ce prétexte ne peut être mis en avant par certains militaires US et britanniques pour se lancer tête la première dans une aventure qui ramènera le monde au néolithique.

Or, en acceptant maintenant l’idée de lancer des obus atomiques sur certains zones en Syrie, sur le littoral iranien ou en Ukraine, ces nouveaux chevaliers de l’apocalypse ne savent pas sur quelle pente ils mènent un monde où le pôle de puissance a basculé à l’Est.

Les empires sont mortels. Certains semblent l’avoir totalement oublié.

 

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