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01/12/2020

Strategika 51

 Πάντα ῥεῖ…

La dissuasion nucléaire nord-coréenne assure la paix en Asie du Nord-Est ou la leçon de haute stratégie de la Corée du Nord

La Corée du Nord a assuré définitivement la paix non seulement dans la péninsule coréenne mais dans l’ensemble de l’Asie du Nord-Est en déployant ses premiers missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) équipés de têtes nucléaires multiples.

Depuis l’essai du premier missile balistique intercontinental Hwasong-14 le 04 juillet 2017, la Corée du Nord ne cesse de renforcer ce qu’elle désigne comme sa « Seconde Artillerie« , une arme stratégique par excellence.

Pyongyang a prouvé qu’il est capable d’atteindre le territoire des États-Unis d’Amérique avec des missiles nucléaires et cela fut probablement le plus grand tournant stratégique de l’histoire de ce début de 21ème siècle.

En dépit d’un des plus durs embargo de l’histoire, de multiples trains de sanctions économiques, financières et énergétiques, d’un isolement international et d’une rareté des ressources financières, la Corée du Nord a réussi le pari impossible de mettre en place une dissuasion nucléaire fiable et redoutable reposant sur deux vecteurs principaux: les missiles à rampe mobile et les missiles balistiques lancés à partir de submersibles.

Les Nord-Coréens n’ont jamais cessé de se plaindre de ce qu’ils appellent la terreur nucléaire US et estiment que leur pays a tout à fait le droit de développer et de mettre en place la dissuasion ultime. Dans les faits, Washington a déployé des armes nucléaires en Corée du Sud dès janvier 1958 et sept ans avant cette date, le général Douglas MacArthur, non satisfait que l’aviation de guerre US aplatissait tout ce qui dépassait la taille d’un arbuste de la surface de la Corée du Nord, exigeait du Président Harry Truman l’autorisation d’utiliser de six à dix bombes atomiques pour anéantir la Corée du Nord et son allié Chinois. C’était la terrible guerre de Corée. Beaucoup de choses ont changé depuis dans péninsule.

La Corée du Nord demeure le seul pays à avoir été confronté à un record de menaces nucléaires. On ne compte plus le nombre de fois où Washington promettait l’oblitération ou l’annihilation totale de ce petit pays d’Asie du Nord-Est. Ces menaces ont joué un rôle important dans l’inconscient collectif nord-coréen, lequel n’a jamais oublié les tapis de bombes US ou encore la guerre biologique auxquels la Corée du Nord avait été confronté de 1950 à 1952.

La Corée du Nord dispose des effectifs les plus importants au monde en forces spéciales

Afin de parer à ces menaces d’annihilation, la Corée du Nord a bâti de grandes forces conventionnelles dont un corps d’Armée dédié en totalité aux forces spéciales-la Corée du Nord dispose des plus grands effectifs des forces spéciales au monde- et tenté de s’appuyer sur une artillerie pléthorique et une force submersible susceptible de donner du fil à retordre à un éventuel agresseur. Mais en réalité, tous les dirigeants nord-coréens ont voulu établir non seulement une sorte d’équilibre stratégique sinon une parité avec les pays sur le sol duquel sont stationnées des forces US (Corée du Sud et Japon) mais avoir une capacité susceptible de dissuader définitivement les États-Unis de recourir aux armes.

Ce petit pays reclus s’est donc lancé dans une formidable aventure balistique dès les années 80 et, passé le choc de l’effondrement de l’ex-Union Soviétique et la prolifération des menaces US, une autre aventure visant l’acquisition de l’arme nucléaire. Cette décision fut prise lors de la première guerre du Golfe au moment où les États-Unis, à la tête d’une immense coalition internationale, attaquaient l’Irak de Saddam Hussein, lequel venait juste de sortir d’un long conflit avec l’Iran.

Le programme nucléaire nord-coréen fut compromis dès 1993-1994 par de terribles disettes et une famine provoquées par les sanctions, une guerre hybride qui ne disait pas encore son nom et la disparition de l’assistance Soviétique.

En ce temps-là, la Russie subissait stoïquement des représailles occidentales sans limites et se faisait dépecer en pièces, ses populations jetées aux quatre vents et son économie pillée de toutes parts. Le voisin chinois quant à lui n’avait pas encore les capacités économiques et militaires pour pouvoir manœuvrer face à un empire ivre de sa puissance et qui avait osé décréter la fin de l’histoire et le triomphe définitif de son idéologie. Des centaines de milliers de nord-coréens périrent de faim et de froid.

Les horreurs de la famine des années 90, ont convaincu les dirigeants nord-coréens de la nécessité de mettre en place une nouvelle autarcie viable et de trouver un moyen de porter la guerre sur le sol américain. La Corée du Nord avait la capacité d’atteindre des cibles en Corée du Sud et au Japon dès 1995 mais son objectif était de pouvoir avoir une arme assez dissuasive pour frapper le territoire continental américain. Il a fallu presque un quart de siècle de sacrifices, de recherches et d’essais aux nord-coréens pour y parvenir. Le missile balistique intercontinental Hwasong-14 a été l’apothéose d’un long cheminement.

Depuis la guerre de Corée, le coût éventuel d’une intervention militaire US a toujours été élevée, que ce soit en matériel ou en vies humaines. Le seul moment où la Corée du Nord s’était retrouvée totalement vulnérable fut durant la période 1991-1994 soit au lendemain de la chute de l’URSS et la restructuration des relations internationales autour d’un nouveau paradigme assez chaotique dominé par la puissance US. A partir de 1995 et en dépit de l’obsolescence d’une grande partie de ses armements, la Corée du Nord poursuivit une nouvelle doctrine militaire toujours inspiré du Juche mais résolument offensive. Elle demeurait également le seul pays au monde à planifier ouvertement une guerre offensive contre les États-Unis après le fameux discours du président George Walker Bush incluant la Corée du Nord dans la fameuse liste de « l’Axe du Mal » aux côtés de l’Iran, l’Irak de Saddam Hussein, Cuba, la Libye et la Syrie.

L’Irak fut envahi et détruit; La Libye également après son désarmement complet, lequel entraîna systématiquement une intervention militaire de l’OTAN à peine déguisée. Cuba a su résister et la Syrie se bat militairement contre les mercenaires de l’empire depuis presque une décennie et est confrontée actuellement à une guerre directe avec les pays ayant sponsorisé les organisations terroristes armées ayant répandu la destruction et le chaos sur toute l’étendue de son territoire. L’Iran est ciblé et tente de survivre économiquement en se rendant compte de la justesse et la fiabilité de la stratégie nord-coréenne.

La Corée du Nord est actuellement en train de renforcer sa force de frappe balistique intercontinentale. Le Hwasong-14 fut un élément-clé dans la véritable révolution stratégique que connaît ce pays. Combiné à sa redoutable première artillerie, ses 120 000 membres des forces spéciales et ses missiles SLBM comme le Pukkusong-1 et de nouveaux missiles de croisière pouvant emporter des charges nucléaires, ainsi que les autres missiles balistiques de la panoplie, il constitue une formidable force de dissuasion écartant toute aventure militaire US dans la région. Une éventuelle attaque US visant la Corée du Nord sera suivie par des représailles nucléaires en cercles concentriques visant du plus proche au plus lointain les bases militaires US en Corée du Sud, au Japon, à Guam, dans les Mariannes, à Midway, à Hawaï, en Alaska, au Nevada, au Colorado et jusqu’à Washington DC. et New York sur la côte Est des États-Unis.

La dissuasion nucléaire nord-coréenne est la raison principale pour que le président US Donald Trump ait consenti à rencontrer le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un à trois reprises consécutives à Singapour, au Vietnam et en pleine DMZ, la zone hyper-militarisée séparant la Corée du Sud de la Corée du Nord.

En avril 2018, la Corée du Nord a annoncé officiellement avoir achevé une dissuasion nucléaire d’État (1). En juin 2018, Pyongyang ordonna l’accélération de tous les programmes en cours et la création de deux nouveaux programmes. La production de têtes nucléaires est multipliée par un facteur de trois avec un objectif de la porter à un facteur de cinq dès le premier trimestre 2020. Le nombre de missiles, toutes catégories confondues, a connu une hausse de plus de 500% selon une source militaire chinoise et cette frénésie de production étonne la plupart des observateurs militaires chinois.

Pour Pyongyang, il ne fait aucun doute que le Hwasong-14 et ses très futurs successeurs, assurent non seulement la sécurité et la paix de la Corée du Nord mais épargnent d’éventuelles destructions d’une attaque militaires US au Japon, à la Corée du Sud et une grande partie de la Chine.

Kim Jong-Un en est conscient et il lui reste le volet le plus dur, celui de l’économie. Le développement économique de la Corée du Nord est la principale raison pour que Pyongyang négocie avec Washington et aucun autre point n’est jugé comme important par les nord-coréens. D’où le malentendu stratégique: Washington négocie un désarmement nucléaire impossible et Pyongyang négocie pour des opportunités de développement économique. Car Pyongyang ne désarmera jamais.

Les dirigeants nord-coréens sont en définitive assez logiques, cohérents et rationnels. On est très loin de la propagande occidentale caricaturale et parfois ridicule sur la Corée du Nord. Cette dernière est un acteur pondéré suivant une stratégie bien ficelée et au long terme. Aucune place aux histoires à dormir debout d’exécutions de hauts officiels à coups de DCA ou dans un bac à Piranhas. La Corée du Nord a donné une haute leçon de stratégie à ses adversaires et a démontré aux pays Arabes, infiniment plus riche que cette pauvre République populaire que l’argent ne prémunit pas contre le changement de régime lorsqu’on ne possède pas de vrais stratèges.

(1) Voir cet article:


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