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30/11/2020

Strategika 51

 Πάντα ῥεῖ…

L’État a t-il le droit de tuer par économie?

L’euthanasie est proscrite dans toutes les religions connues. Même dans les sociétés animistes, la vie est sacrée.

Mettre fin à la vie d’une personne handicapée parce qu’elle coûte cher et qu’elle ne peut pas s’alimenter toute seule est, sans le moindre doute possible un homicide. Un meurtre. Sans sédatifs ou pas. Un meurtre reste un meurtre.

Le cas de Vincent Lambert en France devrait interpeller les consciences ou le peu d’humain qui reste en nous tous. Cet homme en état végétatif depuis des années est mort par inanition, 216 heures après l’arrêt de son alimentation par la structure hospitalière où il était pris en charge.

Le corps humain, aussi bien que l’esprit humain sont des choses prodigieuses dont le fonctionnement est loin d’être connu. Il a donc fallu neuf jours pour achever un homme en état végétatif par inanition. Un record.

Selon des expériences menées sur des soldats aux États-Unis et en Russie, un homme ayant une endurance au dessus de la moyenne ne peut survivre sans aucune hydratation après une semaine. Dans le meilleur des cas, aucune personne normale ne peut survivre sans eau au delà d’une durée de 100 heures.

Une personne peut survivre sans nourriture mais avec un apport plus ou moins régulier d’eau de 10 à 40 jours, voire bien plus mais la mort survient lorsque l’indice de masse corporelle atteint 13 chez les hommes et 11 chez les femmes.

Dans les faits, la survie sans nourriture et sans eau dépend de l’âge, la condition et la constitution physiques, la température, l’environnement et le stress. Les anciens éléments des forces spéciales ayant eu à faire face à des marches d’orientation durant des jours sans aucune logistique et sans provisions n’étaient pas égaux face à la faim, la soif et la fatigue.

Dans les grands déserts et plus précisément dans les zones les plus désolées au monde comme le désert de Tanezrouft, une simple petite erreur d’itinéraire vous expose à la perdition au sens véritable du terme.

Huit personnes s’étaient un jour égarées dans ce désert perdu. Ils avaient tenté de retrouver la piste et utilisé jusqu’au bout leurs récepteurs GPS pour y arriver. En vain. Ce désert est mortel. Leur véhicule tout-terrain à double réservoir et une réserve de secours faisait des cercles de plus de 400 kilomètres pour revenir au même point de départ. La position du soleil durant le jour influait sur le contour du terrain. Le chauffeur a eu beau utilisé toutes les techniques d’éco-conduite après l’épuisement du second réservoir: le carburant fut consommé. Le véhicule immobilisé, les huit naufragés se partagèrent les provisions et l’eau, puis, lorsque ces expédients furent consommés, l’eau du circuit de refroidissement du véhicule pour finir par boire leur urine.

Les effets de la déshydratation surviennent très rapidement dans un environnement désertique. Du groupe de huit personnes en bonne santé, dont deux habitués aux épreuves de très grande endurance comme le Marathon et le Trail ultra, une seule survécut à un calvaire sans nom. Elle fut retrouvée par des nomades dans un état comateux après de longues heures d’hallucinations.

On ne connaît presque rien à la vie en tant que phénomène mais on s’arroge le droit usurpé de l’ôter. Le débat sur l’euthanasie est apparu avec le vieillissement des populations, d’abord en Occident, puis dans le reste du monde. C’est un débat perdu. L’accompagnement en fin de vie des personnes n’a pas radicalement évolué depuis l’antiquité. Chez des populations du cercle arctique, les personnes gravement malades ou sachant qu’elles vont mourir quittent le groupe et s’isolent pour ne pas affecter la mobilité et donc la survie du groupe. Ce n’était pas une forme d’euthanasie. Il a fallu attendre l’eugénisme pour que l’on conçoive de telles horreurs.

La vie n’a jamais été un conte de fées. C’est la boue, la poussière, les moustiques, le sang et la merde. Mais l’État n’a pas vocation de décider d’ôter la vie à un individu parce que son maintien en vie coûte trop cher. Dans ce cas précis, les pensionnaires à perpétuité des prisons de haute sécurité coûtent à l’État infiniment plus cher. Ils ne sont pas physiquement éliminés pour autant.

Pour revenir au cas de Vincent Lambert, ses parents ne voulaient pas sa mort. De quel droit l’État s’arroge t-il le droit de tuer par économie comme si les milliers de morts pour raisons d’État et pour sauvegarder les intérêts des grosses multinationales ne suffisaient pas à assouvir le nouveau Minotaure.

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