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24/11/2020

Strategika 51

 Πάντα ῥεῖ…

Le programme de modernisation de la version nord-coréenne du Mig-29 cache un programme d’un avion de combat nouveau, capable de faire face au F-35 US déployés dans la péninsule coréenne

La Corée du Nord a laissé entendre cette semaine qu’elle devait tester de nouvelles armes spéciales pour contrer le déploiement d’avions de combat Lockheed-Martin F-35A Lightning II américains en Corée du Sud. C’est la première fois que Pyongyong évoque indirectement via l’Institut des études américaines de son ministère des Affaires étrangères,  l’existence de la très mystérieuse « Division des armes nouvelles ».

L’existence de cette division fut longtemps l’objet de vives controverses dans les milieux spécialisés. C’est cette division qui est en train de concevoir un nouvel avion de combat dérivé du Mig-29SMT. La production de la première variante de ce appareil sous licence en Corée du Nord  depuis …1993 semble avoir été ignorée par la plupart des observateurs qui se contentent jusqu’à aujourd’hui de souligner en long et en large l’anachronisme et l’obsolescence de l’aviation de combat de la Corée du Nord. Ils ont ainsi raté la révolution technologique de la Corée du Nord et se retrouvent aujourd’hui à constater avec effarement les multiples avancées surprises des nord-coréens dans les industries de défense.

Le premier Mig-29 nord-coréen décolla d’une base militaire près de Pyongyang le 15 avril 1993. Les spécifications des Mig-29 nord-coréens étaient meilleures que celles des versions destinées à l’export qui équipaient ou allaient équiper l’Irak, l’Iran, la Syrie ou le Soudan. La cadence de production des appareils fut entravée par de sérieux problèmes financiers dans un contexte très difficile marqué par En 1997, Pyongyong décida de reprendre la production et signa avec la Russie un nouvel Accord de coopération militaire incluant une assistance pour l’amélioration de la production du Mig-29. A l’époque, la Corée du Nord avait une quarantaine de Mig-29 plus ou moins opérationnels.  C’étaient des appareils importés de l’ex-Union Soviétique puis de certains membres de l’Organisation des États Indépendants comme l’Ukraine. Personne n’avait pensé à comptabiliser le nombre de Mig-29 produits localement, lequel dépassait largement toutes les estimations à ce sujet.

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Autre détail intéressant, il n’existe à ce jour aucune photographie rapprochée d’un Mig-29 de fabrication nord-coréenne et même l’agence officielle KCNA ne diffuse jamais d’image de cet appareil, focalisant plutôt sur les variantes du vieux Mig-21 et du Chengdu J-7, sa copie chinoise. L’ironie fut poussée jusqu’à montrer des bombardiers datant de la fin des années 40 dans des exercices officiels. C’est aussi cela l’art de la guerre.

 

La coopération militaire entre Pyongyang et Moscou n’a jamais cessé même dans les moments les plus pires. Cette coopération maintenue a abouti à une modification du réacteur Klimov RD-33 équipant le Mig-29 Fulcrum, entamée par les nord-coréens dès l’année 2003, soit dix ans après le vol du premier Mig-29 fabriqué localement. Ces modifications ont peu à peu amené les techniciens nord-coréens à maîtriser le processus de fabrication et à se lancer dans la production d’un réacteur selon les besoins spécifiques de l’aviation nord-coréenne. On ne sait presque rien sur cet épisode passionnant où un pays sous embargo et financièrement étranglé a mené une des plus étonnants programmes visant à acquérir et à maintenir une aviation de combat de première ligne face aux Etats-Unis d’Amérique en Asie du Nord-Est. Ce que l’on sait par contre est que cette quête ne s’est pas déroulée dans le calme: des dizaines de pilotes d’essais ont péri au cours des tests, gardés sous silence. Pour les dirigeants nord-coréens, il fallait absolument contrer les F-15 US au Japon et en Corée du Sud par un chasseur aux capacités extra-ordinaires. Le Mig-29 devait être modifié en conséquence et tous les sacrifices à cette fin valaient la peine d’être endurés.

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Les réacteurs nord-coréens dérivés du Klimov RD-33 sont de 15 à 20 % plus puissants que les originaux russes et sont réputés, à en croire les chinois, bien plus robustes et endurants. La variante nord-coréenne du Mig-29 a reçu entre 2015 et 2017, des missiles Air-Air R-27ER et R-77. Le « Vympel » R-27 ER est un missile Air-Air de portée moyenne tous temps à guidage radar semi-actif pouvant atteindre une cible à plus de 100 kilomètres. Le R-77 est un missile récent équipant les meilleurs chasseurs russes et chinois. Les nord-coréens sont extrêmement intéressés par son futur développement dans la décennie à venir.

Les rumeurs faisant état de la modernisation des Mig-29 nord-coréens étaient fondées. Ce programme de modernisation serait en fait un programme d’adaptation visant à créer un modèle local en se basant sur le Mig-29 et les nord-coréens en lui incorporant une avionique et des senseurs perfectionnés. Le radar de contrôle de tir du Mig-29 nord-coréen est le N010 Zhuk, lequel équipe les dernières versions du Mig-29 opérationnels au sein des VVS (forces aériennes russes).

La flotte des Mig-29 nord-coréens opérationnels et en réserve dépasse largement les plus estimations les plus hautes. L’appareil produit localement et modernisé est très économique et son entretien est d’autant plus facilité que l’ensemble des pièces de rechange sont produites sur site. Combien de ses appareils sont en réserve? Aucune estimation n’est disponible mais une source chinoise évoque le chiffre de 120 appareils en 2015.

Il est indubitable que le Mig-29 nord-coréen demeure un appareil fiable, peu coûteux et redoutable. C’est l’appareil qui assure la capacité de la Corée du Nord à faire face aux menaces posées par les avions de combat américaines dans la région et il semble que la cadence de production de cet appareil serait assez élevée.

L’intérêt de Pyongyang pour le Sukhoï Su-35 a étonné pas mal d’observateurs. Le pays n’a visiblement pas les moyens de s’offrir ce super avion de combat mais en réalité, les nord-coréens ne veulent acquérir qu’un exemplaire de cet appareil. Ce qui démontre non seulement qu’ils veulent s’en inspirer pour la conception de leur propre avion de combat dérivé de la version locale du Mig-29 mais qu’ils possèdent une solide base industrielle en ce domaine.

Pour certains experts US, la modernisation très rapide de l’aviation de combat nord-coréenne porte clairement l’empreinte russe à tous les niveaux. Ils l’expliquent par le fait qu’il est dans l’intérêt de Moscou d’avoir sur son flanc sibérien très faiblement gardé une Corée du Nord disposant d’une solide défense aérienne face aux bases US au Japon et en Corée du Sud.

La Corée du Nord a toujours réussi à surprendre les observateurs les plus avertis. On verra les réactions de ces derniers lorsque Pyongyang dévoilera son propre avion de combat avec une dénomination locale.

 

 

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