Jamais un dirigeant, un chef, un Sultan, un président ou un Chef d’État turc n’a autant humilié à volonté les dirigeants ou plutôt les gestionnaires des États d’Europe occidentale. D’autant plus que les humiliations et les chantages de Tayep Reçep Erdogan engendrent pour son pays des Accords fort avantageux et des dividendes financiers assez conséquents.

On peut penser ce que l’on veut du président turc Erdogan mais force est de constater qu’il a réussi à propulser son pays d’un obscur mais important allié géostratégique de Washington en une véritable puissance ayant son propre agenda stratégique et suivant une logique n’ayant rien à voir avec celle de l’Alliance Atlantique.

Les manoeuvres d’Erdogan sont palpables dans les rues de quasiment toutes les villes d’Europe : c’est le maître des digues migratoires, qu’il utilise selon ses intérêts. Quelques pays européens qui ont étroitement collaboré avec la Turquie pour mettre sur pied les hordes terroristes qui ont ravagé la Syrie et l’Irak lui refusent un Accord ? Simple : Erdogan fait déferler un million et demi de « migrants levantins et moyen-orientaux » sur la forteresse Europe. Les capitales européennes cèdent et lui concèdent cinq milliards d’euros. En échange, le maître des digues ferme une vanne mais en profite pour faire avancer ses pions sur le formidable échiquier géopolitique et se positionne en champion de la zone MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord). De fait les services de renseignement turcs sont quasiment partout de Marrakesh à Doha et les forces spéciales turques sont déployés aussi bien à Misrata et Tripoli en Libye qu’à Afrine et Idleb en Syrie septentrionale. Plus fort, la Turquie dispose de deux bases militaires au Qatar dans le Golfe, est présente militairement en Afghanistan et au nord de l’Irak et entend influencer l’Asie centrale musulmane jusqu’au Xinjiang ou Turkestan chinois.

Véritable Janus à deux visages, Erdogan ne cesse de balancer entre l’Est et l’Ouest en gérant au mieux les intérêts stratégique de la Turquie. Au fond, c’est un véritable zoon politikon ne disposant d’aucune allégeance et ne croyant à aucune alliance durable. Il utilise les États-Unis et tente de se rapprocher avec la Russie pour faire avancer son propre agenda visant le pouvoir pour le pouvoir et cette logique implacable est derrière la décision d’Ankara de se doter rapidement de l’arme nucléaire.

La Turquie a longtemps été un pays où les États-Unis déposaient leurs armes nucléaires. Ce qui change présentement et que ces armes US vont être remplacées par des ogives et des vecteurs turcs.

La Turquie suit donc les pas du Pakistan, pays disposant déjà d’un très solide arsenal nucléaire et de l’Iran, pays soumis à un train de sanctions et lié par un lourd engagement international pour brider ses capacités nucléaires. La Turquie suivra un canal bien plus rapide car comme pour l’Allemagne, l’Afrique du Sud. l’Arabie Saoudite, l’Argentine, le Brésil, la Corée du Sud, l’Italie, le Japon, la Suède et la Suisse, ce choix éventuel ne relève que d’une décision politique.

Ankara a donc pleine latitude à imposer ses desiderata aux Européens. Erdogan dit publiquement que s’il n’a pas les coudées franches à Idleb, il enverra un million de « réfugiés » syriens faire du tourisme permanent en Europe occidentale. Il opte pour le système ABM russe S-400 et jette à la poubelle l’avion de combat F-35, fierté du complexe militaro-industriel US et cerise sur le gros gâteau, il veut disposer rapidement et sans délais d’une force de dissuasion nucléaire propre.

Les historiens ignorent ou feignent d’ignorer pourquoi l’Empire Ottoman, au faîte de sa puissance militaire au 16ème siècle, n’a pas exploité la faiblesse et les divisions des cités-États de la péninsule italienne pour l’envahir comme le fera un peu plus tard le royaume de France. De même, les historiens et analystes d’aujourd’hui ferment les yeux sur la montée irrestitible de la Turquie de 2019 et feignent d’ignorer les compromissions des pays de l’OTAN, lesquels ont trop compté sur cet allié versatile pour semer le chaos au Moyen-Orient. Mal leur en prit. Ils se retrouvent aujourd’hui sous le joug du chantage au déluge migratoire et la divulgation du rôle de chacun dans les guerres de l’Empire. Erdogan s’est rapproché de Moscou tout en renforçant les liens commerciaux et les intérêts de la Turquie avec Israël. Il est l’objet de critiques mais quasiment intouchable. Ses amis ont tenté de se débarrasser de lui par un putsch qui a mal tourné et relancé la marche forcée du Sultan vers la puissance. En attendant, c’est le maître des digues. Tout comme l’ont été bien avant les Chefs barbares au delà du Rhin et dont l’apaisement par Rome était la condition sine qua non de la survie du reste de l’empire. L’histoire est un éternel ressac. Dans peu de temps, on aura un autre Soliman le Magnifique à la tête d’une puissante artillerie nucléaire. La seconde Constantiople est déjà symboliquement tombée.

Ainsi va le monde et Sic Transit Gloria Mundi !

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12 commentaires

  1. dividendes financières assez conséquentes….

    UN dividende


  2. Un puzzle de quatre rêves imageant le réel humain.
    Texte de Michel Dakar, chercheur en politique globale, autonome, Villequier ex-France, province coloniale en cours de dépeçage de l’Empire ex-mondial israélo-US, nécrogène, en voie de dislocation rapide, le 8 septembre 2019.
    http://www.aredam.net/puzzle-de-quatres-reves-imageant-le-reel-humain.html

    Minorités vertueuses contre cadavres qui mordent encore
    Texte de Michel Dakar, chercheur en politique globale, autonome, Villequier ex-France, province coloniale en cours de dépeçage de l’Empire ex-mondial israélo-US, nécrogène, en voie de dislocation rapide, le 8 septembre 2019.
    http://www.aredam.net/minorites-vertueuses-contre-cadavres-qui-mordent-encore.html

    Chronique permanente :
    Les aventures de round-up.
    Texte de Michel Dakar, chercheur en politique globale, autonome, Villequier ex-France, province coloniale en cours de dépeçage de l’Empire ex-mondial israélo-US, nécrogène, en voie de dislocation rapide, le 8 septembre 2019.

    http://www.aredam.net/les-aventures-de-round-up.html

  3. D’autres bien plus forts que Erdogan ont étés laminés en pratiquant la dissuasion par le chantages.
    Sans la nécessité de faire un bon en arrière pour cité les differents dictateurs qui ont finis anéanti.
    regardons ou est en train de se diriger l’Amérique et toutes sa coalition.
    Ils prennent l’eau de partout , leurs suprématie chaque jours et contrariée par en lambeaux. Ils se débattent comme ils peuvent pour paraître toujours aux commandes de l’échiquier mondial.
    Nous assistons un peux partout dans le monde a des bousculades pour que des rêveurs comme Erdogan achève la bête affaibli blessée pour lui imposer des conditions autrefois impensables.
    Le chantage est devenu une nouvelle arme de dissuasion qui se retourne toujours contre ceux qui la pratique avec excès.
    La pratique des maîtres chanteurs fonctionnera encore un certain temps.
    Mais le chantage à toujours eu des limites inéluctablement intolérable pour ceux qui la subissent.
    Réagir et agir deviendra impérativement un choix qui s’imposera face aux oppressions différentes natures .
    L’humain de par sa nature et de tous les temps réagira pour s’extirper de l’emprise ou il a été mis.
    Seul la manière que l’humain utilisera reste imprévisible.
    Erdogan a surévalués ces capacités de nuisances.
    Et ceux d’en face sont déjà à l’oeuvre pour le contrecarrer .
    À suivre.

  4. L’entité sioniste c’est fait deux spécialités, la première était d’aller assassiner les chercheurs et autres savants du nucléaire en Moyen-Orient (les Iraniens en savent quelque chose), la seconde était d’aller bombarder des sites et autres laboratoires de recherches sur le nucléaire (toujours au Moyen-Orient), *pour essayer de conserver une suprématie militaire au Moyen-Orient ; on voit mal comment les dirigeants sionistes iraient commettre ces mêmes forfaits en Turquie sans subir des conséquences funestes (pour leur survie) de la part de leur grand ami et allié étasunien, s’ils leur prenaient la folie d’aller bombarder la Turquie.
    *avec une aide impressionnante: financière (à coup de milliards), technologique (au plus haut niveau) et militaire (des troupes étasuniennes occupent en permanence des bases militaires en Israël) de la part des Etasuniens.

  5. Vous allez vite en besogne. Ce que vous avancez est une hypothèse extrêmement favorable à la Turquie de M. Erdogan. Ce pays n’a ni les moyens financiers, économiques ou technologiques pour imprimer sa marque durablement autour de lui. Il peut jouer habilement des cartes qui sont les siennes, mais sans plus. Que vaut la force turque face à l’aviation russe à Idleb par exemple? La Turquie reste une puissance régionale dont la puissance est relative. L’avenir dira si il osera affronter un adversaire réel. On peut attendre cela sans impatience. Idleb? N’est-ce pas grosso modo terminé? Encore un tigre de papier. Qui peut seulement faire plier une UE de cellophane.

    1. Messieurs Erdogan & Netanyahu semblent avoir le même profil psychologique (ce qui n’est pas très difficile à discerner) et les mêmes objectifs stratégiques ce qui est à même de les rapprocher.

      L’Etat hébreu dispose de l’arme nucléaire, pourquoi l’Etat turque ne pourrait il pas en être doté ?
      Bien entendu, il faudrait pour cela s’affranchir du parapluie nucléaire états unien et par la même, sortir de l’OTAN, à moins qu’il y est une volonté politique de laisser les coudés franches à Erdogan afin de contrebalancer l’influence de la République islamique d’Iran.

    2. « …la Turquie…Encore un tigre de papier. Qui peut seulement faire plier une UE de… »
      A ta place je ne sous estimerais pas comme ça ce pays, il a un redoutable potentiel.

      « Ce pays n’a ni les moyens financiers, économiques ou technologiques pour imprimer sa marque… »
      C’est exact je suis d’accord, les possibilités technologiques des turcs restent pour le moment extremement limitées, néanmoins au gré des partenariats, des transferts de technologies tout peut aller trés vite -avec l’arrivée des munitions hypersoniques, des cannons electriques par exemple la Turquie fait partie des pays les + avancé dans ce domaine. C’est trés surprenant!-. Rien n’indique que l’aviation -dont les perfs restent dans le meilleur des cas extremeemnt médiocres- demain ne sera pas completement neutralisée par ces nouvelles armes.

      « Que vaut la force turque face à l’aviation russe à Idleb par exemple ?  »
      Loin de moi l’idée de me faire l’avocat de la Turquie, mais l’aviation russe, ses résultats …ça me laisse plus que perplexe. En effet, cela fait plusieurs années que les russes sont engagés ils ont perdu plus d’une dizaine d’avions. Les blogs alternatifs ont pris l’habitude d’encenser l’engagement de Poutine et donc l’aviation russe, personnelement je reste trés réservé au regard des resultats obtenus. Ceux qui ont débusqué, et délogé les terroristes c’était les forces terrestres syriennes et leurs alliés, l’aviation russe a joué un role certes, mais loin d’etre aussi exceptionnel qu’on le dit. Ce qui a précipité l’effondrement de DAECH et cette nébuleuse d’organisations terroristes et criminels c’est le fait que la Turquie ne les aide plus. C’est ça qui a été décisif.

      1. Tout à fait mais faut mettre les choses dans leur complexité, Les russes on détruit tout les fortifications construit sous l’ancien partenariat Turco-occident-pays du golf… Mais sa suffit pas pour terminer la guerre, les russes nous ont fait une démonstration de force limité , avec presque aucune intervention de leur troupe régulière, a part les forces spéciales qui appuient les troupes régulières syrienne et les forces iraniennes. La principale force des russes c’est d’avoir négocier avec les Turcs, la fin de l’approvisionnement des troupes et groupes djihadistes, on a vue que les russes étaient prêt à détruire tout convoie ou tout buisness des turcs dans la zone……. Les turcs ont aussi divisé les groupes qui se battaient contre Damas. Bref y a bcp à dire sur cette guerre…

    3. En fait, c’est poutine qui parle aux etats unis par le biais d’erdogan: on regle le probleme de l’ukraine et d’idleb ou je dote la turquie de la technologie necessaire à la bombe nuclèaire. Bon timing car echange de 35 prisoniers ukrainiens contre russes, et coupure des lignes d’approvisionement et encerclement des terrorists à idleb. ( les US ont bombardé recemment les terroristes qui voulaient negocier à idleb).


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