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04/08/2020

Strategika 51

 Πάντα ῥεῖ…

Les mots de la semaine:  » Great and Unmatched Wisdom » ou « Grande et incomparable sagesse »

Le nouveau Tweet du président Américain Donald Trump sur la situation dans l’extrême Nord de la Syrie est digne de figurer dans une collection d’anthologie:

« Comme je l’ai fortement affirmé avant et juste réitéré, si la Turquie fait quoique ce soit que je considère, dans ma grande et incomparable sagesse, comme hors limites, je vais totalement détruire et anéantir l’économie de la Turquie (je l’ai fait avant)… [Ils doivent se joindre aux européens et les autres pour veiller sur Daech pendant notre absence]

Ce tweet est époustouflant !

Le président Trump parle d’anéantir une économie de plus de 2200 milliards de dollars US en parité de pouvoir d’achat.

L’usage paradoxale et exagéré de l’expression « ma grande et incomparable sagesse » ne peut se comprendre ici que comme un langage codé en direction de son homologue et ami turc, Tayep Reçep Erdogan à moins que Donald Trump n’ait subitement reçu la révélation divine comme Confucius, Socrate, Aristote, Jésus et Muhammed (Mahomet).

En réalité, la situation demeure confuse à l’extrême Nord de la Syrie et les choses ne sont pas ce qu’elles semblent être. La coopération militaire et sécuritaire entre les États-Unis et la Turquie est plus qu’exemplaire et Damas redoute une invasion turque sous le fallacieux prétexte de combattre les kurdes. Pour Damas, les kurdes syriens demeurent syriens même s’ils revendiquent un séparatisme consacré de facto sur le terrain.

Les turcs pourraient donc jouer le rôle du fou dans une partie de jeu d’échecs et aller de l’avant à l’est de l’Euphrate. Trump n’a fait qu’emprunter un code de langage fort usité du temps du Grand Turc et des grands sultans Ghazis des siècles de la suprématie militaire ottomane.

Ce qui demeure certain est que les turcs ne voudront jamais d’un État autonome kurde à cheval entre le Kurdistan irakien et le Nord de la Syrie quitte à recourir à l’anéantissement total au sens le plus pur tel que préconisé par Clausewitz. Ils n’hésiteront pas à le faire.

Autre certitude, les kurdes se font toujours avoir parce qu’ils courent vingt lièvres à la fois. On ne ne peut s’attendre à un retour d’ascenseur quand on monnaye sa loyauté au plus offrant et que l’on change de veste dès qu’il n’y a plus d’intérêt concret et immédiat.

Comme Trump, le président turc ne connaît pas trop le sens de la mesure et pourrait plonger tête la première dans un conflit meurtrier et ouvert sans hésitation aucune. D’autant plus qu’il s’agit de kurdes et derrière eux le régime syrien qu’il déteste au plus haut point.

Ce cinéma comporte des équations à plusieurs inconnues.

Dans la mesure où Erdogan compte établir une ceinture de sécurité dans le Nord de la Syrie et y faire venir des réfugiés syriens Arabes ou Turcomans qu’il héberge en Turquie, on sera face à une politique de nettoyage ethnique par remplacement car les kurdes extrêmement turbulents et effrontés du nord syrien seront alors confrontés à deux choix possibles:

1. Se réfugier auprès des zones sous contrôle gouvernemental syrien et par conséquent reconnaître la souveraineté syrienne. Ce que beaucoup d’entre-eux refusent.

2. Fuir vers le très prospère Kurdistan irakien et continuer le combat avec l’argent des revenus pétrolier de l’Irak et des subsides émanant de pays de l’Union européenne.

Les turcs ont été plus intelligents: leurs premières frappes aériennes ont pris pour cible les confins syro-irakiens. C’es est le point nodal de l’économie souterraine kurde.

Le reste des kurdes seront pressés par la force de se décaler vers le Sud où ils seront forcés d’avoir des rapports plus ou moins normaux avec l’armée syrienne en cours de reconstruction.

Les Turcs en éclaireurs pour frayer la voie aux Américains. C’est du déjà vu. Les kurdes apprennent que leur utopie a peu de choses en commun avec la realpolitik et les intérêts stratégiques des puissances régionales et mondiales.

Les médias n’y verront que du feu.

Le conflit au Levant continue. Avec des masques vénitiens à peine perceptibles cette fois.

Pour notre part, nous ne revendiquons aucune forme de sagesse dans un monde de fous. Nous nous contentons d’observer et parfois de subir cette folie, laquelle dépasse de loin notre folie. Érasme qui écrivit il y a fort longtemps l’Éloge de la Folie n’aurait eu rien à dire aujourd’hui.

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