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21/09/2020

Strategika 51

 Πάντα ῥεῖ…

Pourquoi la Turquie mène une opération militaire en Syrie ? Par Mevlüt Çavuşoğlu

Il est tout à fait regrettable que l’opération militaire turque dans le nord-est de la Syrie soit décrite dans les médias américains comme un assaut contre les populations kurdes et une tentative de restreindre la lutte contre les résidus de Daech ou ce que l’on appelle l’organisation de l’État Islamique, affectant ainsi la crédibilité des États-Unis avec leurs alliés.

Je suis de ce fait contraint d’apporter des éclaircissements et des corrections parce que l’Alliance Atlantique, vieille de 67 ans et qui inclut la Turquie et les États-Unis n’est pas un pacte temporaire, tactique ou opérationnel.

La Turquie a mené une opération militaire pour garantir sa sécurité nationale en éliminant le grave danger posé par la présence terroriste le long de ses frontières méridionales. Cette opération permettra aussi de libérer les populations syriennes vivant sous le joug et la tyrannie des organisations terroristes et anéantir le danger menaçant la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Syrie et son unité politique. Ces deux évolutions sont de nature à faciliter le retour sécurisé et volontaire des réfugiés syriens errants.

La Turquie n’acceptera jamais la présence d’un prétendu corridor géré par une organisation terroriste sur son flanc Sud. Nous n’avons cessé de réclamer à ce titre la création d’une zone sécurisée, y compris devant l’assemblée générale des Nations Unis et nous avons demandé aux États-Unis l’arrêt du soutien matériel aux terroristes.

Cependant, la bureaucratie du renseignement américain n’a pas réussi à se démarquer des groupes connus sous le nom de Parti de l’Union Démocratique et les Unités de Protection du Peuple Kurde (YPG) . Des responsables américains dont le Secrétaire d’Etat à la Défense, ont reconnu que le Parti de l’Union Démocratique et les YPG, lesquels constituent le noyau des Forces Démocratiques Syriennes (FDS) ne sont pas différents du Parti des Travailleurs Kurdes ou PKK, que les États-Unis, l’Union européenne et l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord considèrent comme une organisation terroriste.

Il nous a semblé que nos interlocuteurs américains étaient favorables à un nettoyage de nos frontières de ces forces et nous avons convenu avec Washington d’un échéancier à ce sujet. Simultanément à cela, les dernières négociations bilatérales entre nos deux forces armées menées au mois d’août [2019 NDT.] ont abouti sur la nécessité d’un engagement réciproque mettant en place une zone tampon sécurisée où il n’ y aurait aucune présence des éléments du Parti d’union Démocratiques ou les YPG. Les États-Unis n’a pas suivi cet Accord et nous a donné la nette impression de gagner du temps afin de permettre à l’organisation terroriste de se répandre en profondeur sur le territoire syrien.

Les organisations des YPG/PUD se présentent au monde comme des groupes ayant combattu Daech mais en réalité, elles acheminent des explosifs au PKK en Turquie via des tunnels souterrains, et certains de ses membres transportent des prisonniers de Daech à l’intérieur du territoire turc. En novembre 2017, les Forces Démocratiques Syriennes (FDS) avaient même conclu un accord secret avec cette organisation et facilité l’évasion de centaines de terroristes lors des opérations de la coalition internationale pour libérer la ville d’Al-Riqqa.

Il etait devenu urgent pour nous d’agir face à cette situation. Des voix expriment leurs préoccupations au sujet de la sécurité des kurdes en Syrie. C’est pour cela que je réitére et réaffirme que le combat de la Turquie n’est pas contre les kurdes. Notre bataille est avant tout avec les terroristes et toute tentative de qualifier cette situation de « Turcs vs Kurdes » relève d’une position aussi erronée que de mauvaise foi. Les kurdes ne sont pas nos ennemis.

Notre objectif est une organisation terroriste gérée par le PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan) et les YPG/PUD, lesquels n’ont point hésité à incorporer de force des enfants et terroriser les dissidents tout en œuvrant pour la modification de la composante démographique de la région en mobilisant par la force les habitants vivant dans les zones sous leur contrôle. Les kurde, les Arabes et les Chrétiens et les autres composantes des populations locales qui ont beaucoup souffert de cette tyrannie se sentiront beaucoup mieux quand nous les libérerons de l’emprise de ces gangs. Le Conseil mondial des Chrétiens Araméens soutient cet effort.

Avant de lancer cette opération, nous avons pris toutes les dispositions nécessaires afin de limiter les risques encourues par les populations civiles et éviter la survenue d’une crise humanitaire. Durant toutes les années précédentes, la Turquie n’a lésiné sur aucun moyen pour accueillir et offrir l’asile à un grand nombre de réfugiés fuyant le nord-est de la Syrie, sans distinction aucune entre les Arabes, les Kurdes et les Turcomans.

La plupart de ces réfugiés, dont un peu plus de 300 000 kurdes, ont été contraints à l’exil et à abandonner leurs maisons par les groupes terroristes. Nous leur avons donné la sécurité, le gîte et des opportunités de travail en Turquie; nous avons partagé avec eux notre pain et les bénéfices de nos services publics. La Turquie est le pays qui dépense le plus pour les réfugiés dans le monde et c’est le pays qui reçoit des réfugiés de tous les pays de la planète.

La Turquie a mis en outre mis en place une stratégie efficace durant les trois dernières années puisque nos opérations militaires dans le nord-ouest de la Syrie de juillet 2016 autour de Jarabouls et ses environs puis à Afrine en 2018 ont permis le nettoyage de la zone de toute présence terroriste. A la suite de ces opérations les populations locales qui souffraient de la tyrannie et la domination terroristes ont pu enfin vivre dans un régime de paix et surtout avoir un gouvernement policé. Des conditions ayant incité plus de 365 000 réfugiés à rentrer chez eux dans le nord-ouest de la Syrie.

Nous avons remis en état les services publics dont des écoles pour plus de 230 000 élèves, construit six hôpitaux dotés de 55 ambulances, crées des emplois à plus de 2000 employés syriens et turcs dans les zones libérées du nord-ouest de la Syrie. Nous avons également construit beaucoup d’infrastructures sportives et culturelles, des aires de loisirs et un stade de football. Enfin, nous avons réhabilité les activités commerciales et mis en place un portail frontalier libre pour le passage des biens et des marchandises au moment où l’agriculture et l’élevage commençaient à bénéficier de subsides.

Quand nous comparons les opérations militaires turques avec la destruction de la ville d’Al-Raqqa par la coalition internationale, il apparaît nettement que nous sommes plus prudents dans la gestion des opérations de lutte antiterroriste. Les leçons acquises sur le terrain nous aident à améliorer encore plus le déroulement de notre nouvelle opération toujours en cours.

Les gangs du PKK et des YPG/PUD exercent un chantage odieux vis à vis de la communauté internationale en prétendant que la bataille contre Daech sera vouée à l’échec sans eux. La bataille contre ces terroristes sauvages ne fléchira point surtout si nos alliés continuent à coopérer et travailler avec la Turquie, car nous sommes la seule nation à avoir envoyé des soldats au sol se battre contre Daech.

Le combat contre Daech et les autres organisations terroristes doit continuer avec la coopération de tous. Malheureusement beaucoup de pays européens demeurent indécis et hésitent à permettre à leur ressortissants ayant rejoint les organisations terroristes à retourner chez eux [en Europe, NDT]. Cette politique n’est pas une solution et il faut que tout le monde assume ses responsabilités dans ce conflit.

Nous sommes convaincus en Turquie que nous sommes en train de frayer le chemin vers un retour des réfugiés syriens dans leurs foyers et garantir la non résurgence de Daech et les autres organisations terroristes.

Je demeure conscient que le retour sécurisé et volontaire des réfugiés syriens dans leur patrie exige un haut niveau de planification et d’une gestion minutieuse; que cela doit se faire conformément au Droit international et avec l’aide des agences spécialisées des Nations Unies. La Syrie est un État multi-ethnique et il faut donc y créer des conseils locaux représentatifs de cette composition ethnique variée jusqu’à l’aboutissement d’une solution politique du conflit syrien.

Nous avons veillé à mettre en place de tels conseils représentatifs pour les régions à majorité kurde après chacune de nos opérations militaires dans l’extrême Nord de la Syrie.

Le peuple syrien veut retourner dans son pays. Il a assez souffert jusqu’à présent et c’est nous qui prenons l’initiative afin de préparer les meilleurs conditions pour le retour pacifique de millions de réfugiés. Contrairement aux notions erronées prévalant dans certains médias, notre opération résoudra la dimension humaine de la crise et permettra de sauvegarder l’unité de la Syrie et y faciliter une éventuelle transition politique.

Mevlüt Çavuşoğlu, ministre des Affaires étrangères de la République de Turquie.

Texte traduit du Turc par DMC

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