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  1. traduction :
    Les Forces démocratiques syriennes (SDF), dirigées par des Kurdes, sont parvenues à un accord novateur avec le gouvernement Assad.

    Cela s’est produit le 13 octobre au soir, après que la coalition dirigée par les Etats-Unis eut vraisemblablement abandonné ses  » partenaires locaux  » face à l’opération  » printemps de paix  » de la Turquie et à un  » bombardement turc accidentel  » d’une garnison militaire américaine près de Kobani. La Turquie est un État membre de l’OTAN et un allié clé des États-Unis en Méditerranée orientale. Ankara considère le SDF comme un groupe terroriste lié au Parti des travailleurs du Kurdistan. Il était donc difficile de s’attendre à ce que les Etats-Unis combattent réellement les Turcs au nom des Kurdes syriens.

    Des unités de l’armée syrienne ont déjà été déployées à Manbij, Tabqah, Tabqah Dam, Ain Issa et dans d’autres zones clés de l’est d’Alep, de l’ouest d’al-Hasakah et du sud de Raqqah. La Russie, qui était le principal médiateur entre le SDF et Damas, a également envoyé sa police militaire à Manbij. Les détails officiels de l’accord n’ont pas encore été dévoilés et toutes les parties impliquées dans l’impasse du nord-est de la Syrie semblent avoir leur propre version des événements.

    Le SDF et les organisations politiques kurdes affiliées affirment que l’accord avec le gouvernement Assad était une solution la moins mauvaise et qu’il ne concernait que la sphère de la défense. Un accord politique doit encore être trouvé et les parties vont entamer les négociations dans les prochains jours. Les sources du SDF considèrent la Russie comme un garant de l’accord et la seule puissance capable d’empêcher une nouvelle incursion turque dans le nord-est du pays. Selon cette version, l’armée syrienne sera déployée le long de la frontière turque et sa présence garantira l’intégrité territoriale syrienne. Les zones capturées par les militaires turcs et les groupes pro-turcs resteront une zone d’actions militaires jusqu’à leur libération. Ils citent la libération de la région d’Afrin, sous contrôle turc, comme l’un des points de l’accord. Des sources proches de Damas disent que le SDF devra céder au gouvernement le contrôle des champs pétroliers de la rive est de l’Euphrate.

    Sur le plan politique, les Unités de protection du peuple kurde (YPG) et le Parti de l’Union démocratique kurde (PYD), seul véritable pouvoir politique militaire au sein du SDF, chercheront à faire reconnaître par Damas leur administration autonome autoproclamée du nord et de l’est du pays. Le format de cette reconnaissance et une éventuelle autonomie kurde dépendra du déroulement des négociations et du développement de l’offensive turque.

    Le gouvernement syrien n’a pas encore publié de commentaires officiels sur l’accord avec le SDF. L’armée syrienne ne se dépêche pas non plus d’entamer une guerre à part entière avec la Turquie au nom du SDF. Dans ces conditions, la meilleure stratégie consiste à bloquer les directions d’une éventuelle avancée dirigée par la Turquie plutôt que d’engager l’armée turque et ses mandataires dans une bataille ouverte. Cela transforme l’avance turque dans le nord de la Syrie en une course contre la montre, dont l’objectif principal est de s’emparer d’autant de surface que possible, alors que l’armée syrienne n’est pas venue. La situation à Manbij illustre bien cette approche :

    Le 14 octobre, l’Armée nationale syrienne, une coalition de groupes armés soutenus par la Turquie, a officiellement annoncé le début de l’avance sur Manbij. Cependant, il n’y a pas eu de réelle avancée, car l’armée syrienne et les Russes sont venus.

    Le comportement turc démontre qu’Anakra connaît les règles du jeu. Le 15 octobre, le Président Recep Tayyip Erdogan a déclaré que l’opération se poursuivait avec succès et que les forces turques avaient  » libéré  » 1 000 km2. M. Erdogan a ajouté que son pays vise à débarrasser le nord de la Syrie des  » terroristes  » (c’est-à-dire des groupes armés kurdes) qui s’étendent de Manbij à la frontière entre l’Iraq et la Turquie. Néanmoins, il ne s’agit là que d’une rhétorique officielle qui ne devrait pas être pleinement conforme aux actions réelles. La Turquie prendra probablement le contrôle de la zone située entre Tell Abyad et Ras al-Ayn et de l’autoroute M4 au sud de ces villes. Ce qui compte vraiment, c’est qui va prendre le contrôle de la ville d’Ayn al-Arab (Kobani). Dans les conditions actuelles, Ayn al-Arab est la seule zone où les affrontements entre l’armée syrienne et les forces turques peuvent commencer s’ils y parviennent simultanément. Le sort de la ville sera probablement déterminé par une sorte d’accord en coulisses entre Ankara, Moscou et Damas. Dans le même temps, toutes les parties continueront à employer leur rhétorique formelle comme si un tel accord n’avait jamais existé.

    À son tour, le président américain Donald Trump s’est servi de l’opération turque pour tenir sa promesse maintes fois retardée de retirer les troupes américaines de ce pays déchiré par la guerre, au moins officiellement. Les forces américaines ont en effet abandonné leurs garnisons militaires dans le nord de la Syrie et environ 1 000 militaires se retirent. Toutefois, le contingent réduit d’environ 150 soldats restera en place dans la région d’al-Tanf dans le cadre de la stratégie anti-iranienne de Trump dans la région. Les Etats-Unis ne veulent pas que l’autoroute Damas-Baghdad soit utilisée par l’Iran pour approvisionner ses alliés en Syrie et au Liban. De plus, le bloc américano-israélien utilise la base d’al-Tanf pour projeter sa puissance sur la frontière syro-irakienne et surveiller les opérations iraniennes supposées dans la région.

    Un autre facteur à l’origine de la décision américaine est la nécessité d’améliorer ses relations avec la Turquie. Le soutien militaire américain aux groupes armés kurdes en Syrie a été un facteur de tension constante dans les relations entre Washington et Ankara. Maintenant, il est enlevé. Une nouvelle série de sanctions anti-turques annoncée par le président Trump est essentiellement une mesure officielle destinée à l’audience interne américaine.

    Pendant ce temps, les États-Unis et la Russie ont bloqué les tentatives du Conseil de sécurité de l’ONU de condamner l’action militaire de la Turquie dans le nord-est de la Syrie. S’il s’agissait vraiment d’une partie d’une coordination non rendue publique, les principales puissances impliquées dans le conflit pourraient être sur le point de parvenir à un accord politique global, attendu depuis longtemps, sur le règlement du conflit en Syrie.

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