L’utilisation des moyens de l’Etat pour l’organisation d’un scrutin quel qu’il soit est-elle encore économiquement fiable et pertinente en 2019 ? On est tenté de croire que cette question ne mérite même pas d’être posée puisqu’il s’agit là des attributs régaliens de l’Etat dans son acception traditionnelle telle qu’elle a été héritée tant bien que mal depuis le Traité de Westphalie. Est-ce encore utile d’allouer autant de ressources à une opération électorale en trompe l’œil dans un monde où la démocratie n’est qu’un euphémisme.

Si les activités militaires de l’Etat sont de plus en plus sous-traitées par des opérateurs privés, et c’est une tendance lourde des dix prochaines années, pourquoi en serait-il autrement pour l’organisation de simples scrutins de façade ?

La question mérite d’être posée. Les populations parquées dans ces enclos délimitées par des « frontières » sont plus que jamais privées de toute souveraineté. La loi du nombre exclut tout processus démocratique auquel se substitue plutôt la manipulation des masses vers un objectif donné.

Que reste-il d’ailleurs de l’Etat-Nation traditionnel dont le concept a été forgé au cours des trois derniers siècles ? Pas grand-chose sinon une mise en scène et une superstructure servant à cacher des intérêts de castes  se partageant tant que bien que mal les revenus  et asservissant le reste suivant divers schémas bureaucratiques où l’imposition a tendance a plus servir d’outil d’oppression que de collecte et de redistribution des richesses.

Il devient de plus en plus indubitable que le concept assez récent d’Etat-Nation n’est plus adapté à l’époque post-moderne marquée par un formidable bouleversement de l’ensemble des structures des relations internationales après l’échec de la guerre au Levant. Le modèle économique basé sur la guerre a montré ses limites. L’invention de nouveaux outils d’intervention à l’échelle géopolitique se heurte désormais à l’incrédulité d’une partie non négligeable des opinions publiques, impuissantes certes, mais n’adhérant plus à la narration mensongère dominante. A cet égard, la guerre en Syrie a sifflé la fin de la longue récréation post-guerre froide. Tous les pays du monde sont en crise plus ou moins chronique. Cette crise économique mondiale a pu être cachée jusqu’ici par l’usage de divers expédients ad-hoc que l’échec de l’Empire au Levant a dévoilé au grand jour.

Il est intéressant à ce propos d’observer non sans une certaine fascination la quatrième vague des révoltes dominées par des populations connectées et ayant acquis une nouvelle conscience à travers l’Internet et les réseaux sociaux. En d’autres termes, les gens sont de moins en moins enclins à supporter les mesures d’austérité et autres mesures impopulaires en temps de crise économique. Le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale sont désormais perçues comme des instruments de torture et d’oppression d’un âge révolu commencé après les bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki en 1945 jusqu’à l’échec patent et retentissent des révolutions hybrides 2.0 dans le monde arabe, en Ukraine, en Asie du Sud-est et dans le bassin des Caraïbes.

Les révoltes des peuples, manipulés ou non, seront de plus en plus fréquentes. La quatrième vague des révolutions sans couleur cette fois est déjà représentée par celles en cours en Algérie, en Ecuador, en Egypte, en Irak, au Liban et même en France et en Espagne où le feu de la grande révolte couve en attendant de trouver un élément déclencheur. Cette révolte est exprimée sous une autre forme dualiste aux Etats-Unis d’Amérique, pays fracturé entre deux camps hostiles et totalement opposés, bien plus que ne le furent les fédérés et les confédérés lors de la guerre de sécession de 1860-1865.

Dans un monde en pleine crise existentielle marqué par des conflits d’une extrême complexité intrinsèque, il n’y a plus de camps statiques. La dynamique des allégeances et des changements de camps est d’ailleurs non sans certaines similitudes avec celle de la structure ternaire imaginée par George Orwell dans son roman dystopique « 1984 ». A l’exception près que l’Afrique occupe désormais une place de premier choix dans ce monde qui se dessine à grands coups de crayons estompés devant nos yeux. Les britanniques ne parviennent plus à préserver leurs intérêts dans le continent et les français y déploient les derniers efforts du dernier désespoir, notamment au Sahel, car leur autonomie énergétique et leur économie en dépend lourdement. Les opérations militaires au Tchad, au Niger, au Mali et au burkina Faso ont vu un rôle grandissant des Etats-Unis d’Amérique mais paradoxalement cette implication de plus en plus affirmée de Washington en Afrique, destinée essentiellement à contrecarrer l’influence chinoise soft, y a amené un nouveau venu que l’on a pas vu dans les parages depuis les guerres d’Angola : la Russie. Moscou a bien appris les dures leçons américaines en Afghanistan et en Irak et dispose d’acteurs non-étatiques et souvent privés. Des compagnies de sécurité privées comme l’X américaine ou le Groupe Wagner russe agissent désormais à visage découvert aux quatre coins de la planète. Moscou a choisi son premier pied à terre en Afrique au milieu du plat : en Centrafrique, pays miné par un conflit d’une extrême complexité affectant l’ensemble des pays voisins et duquel les russes peuvent étendre leur influence à la fois vers l’Afrique occidentale et  orientale tout en se déployant au sud dans la région fort disputée des Grands Lacs et vers le nord vers la Libye où se joue une gigantesque partition sur fond de contrôle des fabuleux gisements de pétrole brut léger libyen qui fait courir les multinationales occidentales mais également et c’est nouveau, turques.

La Russie fait indéniablement montre d’un activisme tout azimuts depuis que l’Ours russe a été dérange dans sa tanière depuis ses marches occidentales. Le conflit ukrainien fut probablement l’erreur la plus monumentale jamais commise par les stratèges des guerres hybrides occidentaux. Voulue à la fois comme un second front au conflit syrien dans lequel Moscou s’est impliqué et comme des représailles, la guerre en Ukraine fut d’une extrême violence mais contenue par les russes qui ont été forcés dans leurs derniers retranchements. Ce qui explique leurs innovations stratégiques pour « geler » ce front et poursuivre leur offensive sur les autres théâtres d’opération.

La montée en puissance de la Chine et l’échec de toutes les stratégies visant à son encerclement et son endiguement ont mené à l’ouverture de la guerre hybride en cours dans la Région Administrative Autonome de Hong Kong. Là aussi, les mêmes méthodes en plus soft en adéquation avec l’humus culturel local constituée par une jeunesse révoltée, hyper-connectée et dont les lendemains sont obscurcis par une bulle immobilière spéculative qui ne cesse d’enfler. Il en fallait un peu de nostalgie rétro et idéalisée pour l’époque du mandat britannique et un élément déclencheur pour que des jeunes accrocs au net sortent réclamer et crier haut et fort leur appartenance aux Etats-Unis et à la Grande-Bretagne.  

Cette bulle spéculative dans l’immobilier n’est pas un phénomène typique à Hong Kong : on la retrouve dans toutes les grandes villes d’Europe occidentale et d’Amérique du Nord. A Vancouver, le prix du mètre carré ne cesse d’augmenter pour atteindre des niveaux aberrants ; à Paris le prix des loyers d’habitation dépassent parfois les revenus moyens des individus disposant d’un emploi stable, et à Londres, la spéculation immobilière est en passe d’aboutir à une situation inédite où il sera plus économique de financer le lancement d’une fusée en orbite que d’acquérir un bien immobilier dans la City. Ce phénomène explique pourquoi la souveraineté n’existe pratiquement en pratique. On vit dans un monde où les pratiques mafieuses sont la norme. Reste à savoir lesquelles de ces mafias va gagner la guerre.

Le nombre des Etats réellement souverains est quasiment nul. Tous sont contraints de composer avec de très puissants intérêts privés transcendant les frontières et ne reconnaissant aucune souveraineté particulière. Des pays entiers ont été mis en gage sur le marché international et d’autres ne sont même plus capables de faire rapatrier leurs réserves d’or de Londres. D’autres sont tenus par des mécanismes de dettes et d’obligations de trésor. Les banques centrales de la plupart des pays à commencer par celle des Etats-Unis d’Amérique ne sont pas libres et s’opposent parfois aux intérêts nationaux et stratégiques des pays qu’elles sont censées réguler les économies et les masses monétaires. A moins d’être isolé du monde et sous blocus international comme l’est la Corée du Nord, il est quasiment impossible d’échapper à cette emprise. Les seuls gouvernements qui tentent de secouer le joug sont systématiquement visés par des campagnes internationales de dénigrement, puis de ciblage médiatique et diplomatique, prélude à des opérations militaires plus ou moins clandestines préparant le lit d’un changement de régime plus ou moins violent.

A quoi servent les suffrages dans le monde actuel ? A donner une légitimité à un simulacre de souveraineté qui n’en est plus une. Le système de représentation ne représente plus qu’un réseau visible de cooptations et la plupart des Chefs d’Etat « choisis » sur la base de certains critères de caste sont de plus en plus médiocres, surtout en Europe occidentale et dans les Amériques. En Russie et en Turquie, nous avons certes l’exemple de deux hommes qui se sont imposés au prix de mille et un dangers, non sans de sérieux revers et des risques extrêmes (Poutine a déclenché une purge interne visant les oligarques ; Erdogan a lancé une purge générale après un putsch raté à son encontre), mais la tendance générale est à la généralisation des simulacres. Comme dans un roman de science-fiction de Philip. K. Dick, la plupart des dirigeants ne représentent plus leurs peuples mais une élite financière. Le reste c’est des notes de bas de page à jeter aux oubliettes.

C’est  pourquoi que les exceptions historiques créees par l’Américain Donald Trump, le Russe Vladimir Poutine, le Syrien Bashar Al-Assad, le Nord-Coréen Kim Jong-Un  et le Turc Tayep Reçep Erdogan dérangent le conformisme universel imposé. Trump se bat contre la titanesque machinerie de son propre gouvernement et de la faune de parasites qui s’y est incrustée autour de ce que Gilbraith a désigne sous le terme de technostructure, formé en grande partie par le gigantesque complexe militaro-industriel et les réseaux souterrains de l’Etat dit profond ; Poutine se bat contre un système international ayant écarté la Russie à la périphérie d’une Union européenne moribonde et intenable en faisant revenir la Russie de très loin ; Al-Assad a non seulement survécu à une guerre cataclysmique de presque une décennie mais est en train de gagner son pari ; Kim Jong-Un a fait bien plus fort que tous les autres réunis : il a secoué le joug stratégique et a battu ses adversaires sur le terrains où ils excellent le plus en bâtissant une force de dissuasion nucléaire fiable à deux composantes ; enfin Erdogan est sorti de tous les sentiers battus assignés à un vassal d’un Empire : il a joué sur tous les tableaux en suivant sa propre stratégie inspirée d’un sentiment néo-ottoman avec plus d’ambition que n’en eut jamais cet Empire, et il s’est alternativement allié avec l’ensemble de ses adversaires avant de se retourner contre eux le moment où il le jugeait opportun. On notera toute de même chez Erdogan une constante : une haine tenace vis-à-vis du régime syrien et un mépris affiché et sans aucune limite pour les dirigeants de l’Europe occidentale.

L’existence de tels dirigeants dérange au plus haut point le monde des simulacres voulu par les tenants d’un dés(ordre) international entretenu par une narration fictive et une économie fiduciaire spéculative. Mais en fin de compte le système en a besoin car il peut aussi bien les utiliser à son profit. Remarquons au passage que plus aucun propagandiste n’utilise le terme fourre-tout de mondialisation qui s’est échoué quelque part entre le pôle technologique de Shenzen et la ville-Etat de Hong Kong. Beijing s’est passé de toute forme de suffrage et a maintenu un président à vie pour garantir une stabilité économique et un développement technique bien plus avancé que celui affiché. La tentation impériale chinoise n’a jamais disparue. Il y a eu Mao, l’empereur rouge et maintenant Xi, le premier empereur qui a porté le treillis de combat dans une Chine en pleine ascension. Tout un symbole. L’hubris de l’Empire à l’exceptionnalisme historique qui s’est cassé les dents dans les montagnes afghanes l’a conduit à se focaliser sur ses propres outils de création de conflits dans la niche d’un conflit de civilisation imaginaire crée sur mesure par des idéologues à la solde d’une élite restreinte et non représentative ayant jeté son dévolu sur l’islam à cause de sa force intrinsèque du temps où les combattants du Djihad étaient reçus avec des lauriers à Washington et étaient adulés comme des « Freedom Fighters » ou combattants de la liberté quand ils se battaient contre l’ex-Union Soviétique dans les mêmes passes et les mêmes montagnes où depuis 2001 le monde occidental dans son ensemble a sombré dans une trappe dont il est impossible d’en sortir indemne.  On utilise les outils qu’on peut. L’islamisme fut un puissant outil à la solde de l’hégémonie des grandes puissances depuis 1916 mais cet outil a démontré ses limites au Levant où plus de 120 000 combattants furent payés à aller combattre le régime laïc et multiconfessionnel d’Assad avec le résultat que l’on sait. Ironie de l’histoire, les mêmes terroristes que l’on envoyait guerroyer contre les régimes hostiles ou jugés comme tel suivant les critères du Département d’Etat US ou l’OTAN, étaient utilisés par certains gouvernements européens sans aucun scrupule moral pour y commettre des attentats sous fausse bannière sur son propre territoire pour d’un côté renforcer les mesures de contrôle et de surveillance généralisées de ses propres populations et d’un autre côté entretenir un vague sentiment de menace favorable à une certaine forme d’islamophobie. Après tout, l’islam en tant que religion et civilisation est fermement contre l’usure et donc forcément une menace. C’est cela le fond du problème et le nœud gordien de l’ensemble du système monétaire et financier international mis en place en concomittance avec les simulacres de pouvoirs apparents.

Jusqu’à quand résistera ce système ayant corrompu l’humanité ? Nul ne le sait. Ce que l’on peut dire par contre est que plus en plus de personnes sont conscientes de la nature mensongère de la matrice dans laquelle est imposée la forme actuelle de la réalité…virtuelle dans laquelle nos vies sont emprisonnées. Le monde des simulacres n’en a plus pour longtemps. Ce qui viendra après est soit le chaos ou la rédemption. D’ici là d’autres conflits détourneront l’attention des hommes de la réalité de la réalité. La réification erronée semble être une constante de l’histoire humaine. La carte n’est pas toujours le terrain.

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5 commentaires

  1. L’effondrement de la mondialisation a décidément secrété un genre littéraire nouveau : le pleurnichard sur la mondialisation honnie qui s’en va et qui pisse de détresse sur le spectre des états nation honnis qui pourraient revenir, tout cela au nom d’une mondialisation rêvée -le jugement rêvée de la grande fraternité humaine- qui pourrait foirer si d’aventure la version honnie ne foirait pas.
    Tout cela a l’air confus mais je ne vois pas comment résumer autrement votre bouillie littérairement parfaite -c’est vrai que vous écrivez bien, vous me faites un peu penser à Nicolas Bonnal, vindicatif et apeuré au milieu de la toile d’araignée géante de son grenier-bunker, nostalgique du paradis perdu des belles lettres.
    La mondialisation s’effondre pour deux raisons qui se voient comme un gros nez et sa verrue cancéreuse au milieu de la figure.
    D’abord la pompe a Phynance, qui faisait le nerf de ses guerres, est manifestement en train de lui chier de l’eau morte dans les doigts. Phénomène d’autant plus irrésistible que les bourgeoisies qui amorçaient ces pompes se regardent en chien de faïence avant la curée au détriment de l’autre (Un brandon Smith comme sœur Anne ne voit toujours rien venir, que la cavalerie bleue du NOM qui merdoye et l’or qui poudroye).
    Ensuite, les états nation reprennent du poil de la bête mais hors de la sphère qui avait vu leur naissance -la si petite Europe- c’est dire s’ils ont un grand avenir tant le monde est vaste.
    Il reste le cas de la Russie, qui achève sa mue d’empire en état nation un siècle après le dernier coup de fusil de la première guerre mondiale. Apparemment elle s’en tire plutôt bien.
    Qu’est-ce qu’il reste pour donner de l’eau à votre moulin ? Les banques ? Colosses aux pieds de papier ? Même ma grand-mère en a compris la fragilité et s’en inquiète.
    Les armées privées, qui dépendent des premières ?
    Autre temps mêmes mœurs, à la fin de cette autre période trouble et incertaine que furent les guerres de religion, les armées privées se rangèrent prudemment sous la bannière des états ou firent du gibier de galère et/ou de potence ? Avec le groupe Wagner on voit déjà de quel côté va pencher leur balancier.
    Les firmes ? Adossées sur le terrain mouvant des deux précédentes ?
    Elles ont besoin de l’état comme le cavalier a besoin du canasson pour remporter un prix hippique. Regardez ce pauvre Macron qui ne peut que renforcer « l’état régalien », cocon fantasmé par les libéraux qui n’ont jamais pu empêcher l’état-Léviathan d’en jaillir immanquablement.
    Oui mon ami, ce sera le léviathan qui se lève au sud et à l’est, ou cet autre fantasme qui correspond lui à des pulsions de mort bien réelles. La haine, à tous les coins de rue, du négro, du toubab, du chinetoque, du bougnoule, du croulant, du merdeux, de la salope, du pédé, du richard, du pouilleux, etc. etc.
    L’Autre Mondialisation, la rêvée, celle qui ne peut donner que du cauchemar.
    Vous ferez alors risette comme tout le monde au brave Léviathan qui vous aura épargné tout cet enfer même s’il n’existait que dans le recoins reptiliens de votre cerveau et les déjections scribouillardes et revanchardes qui encombrent par milliards l’internet.
    Vous connaîtrez alors le Salut qui forge le béton dont sont faits tous les états : mourir dans votre plumard.
    Allez ! Je vous aime bien quand même (faut bien rentrer dans le chou des irremplaçables de temps en temps).

  2. Permettez quelques mots sur le régime dit « démocratique ».
    La démocratie avilit en abaissant les bons, c’est une tyrannie qui s’exerce par un mouvement de traction morale, de bas en haut ; elle fait descendre, elle empêche les meilleurs de s’élever, elle abat les têtes qui dépassent le niveau des médiocres, empêchant ainsi l’éclosion des types supérieurs, elle supprime le respect et rend les petits insolents.
    Toute élévation du type humain demande un régime aristocratique. René Guénon, à propos de la démocratie, nous dit : « il nous faut encore insister sur une conséquence immédiate de l’idée « démocratique » qui est la négation de l’élite entendue dans sa seule acception légitime ; ce n’est pas pour rien que « démocratie » s’oppose à « aristocratie », ce dernier mot désignant précisément, du moins lorsqu’il est pris dans son sens étymologique, le pouvoir de l’élite. Celle-ci, par définition en quelque sorte, ne peut être que le petit nombre, et son pouvoir, son autorité plutôt, qui ne vient que de sa supériorité intellectuelle, n’a rien de commun avec la force numérique sur laquelle repose la « démocratie », dont le caractère essentiel est de sacrifier la minorité à la majorité, et aussi, par là même, comme nous le disions plus haut, la qualité à la quantité, donc l’élite à la masse. Ainsi, le rôle directeur d’une véritable élite et son existence même, car elle joue forcément ce rôle dès lors qu’elle existe, sont radicalement incompatibles avec la « démocratie », qui est intimement liée à la conception « égalitaire », c’est-à-dire à la négation de toute hiérarchie : le fond même de l’idée « démocratique » c’est qu’un individu quelconque en vaut un autre, parce qu’ils sont égaux numériquement, et bien qu’ils ne puissent jamais l’être que numériquement. Une élite véritable, nous l’avons déjà dit, ne peut être qu’intellectuelle ; c’est pourquoi la « démocratie » ne peut s’instaurer que là où la pure intellectualité n’existe plus, ce qui est effectivement le cas du monde moderne. Seulement, comme l’égalité est impossible en fait, et comme on ne peut supprimer pratiquement toute différence entre les hommes, en dépit de tous les efforts de nivellement, on en arrive, par un curieux illogisme, à inventer de fausses élites, d’ailleurs multiples, qui prétendent se substituer à la seule élite réelle ; et ces fausses élites sont basées sur la considération de supériorités quelconques, éminemment relatives et contingentes, et toujours d’ordre purement matériel. On peut s’en apercevoir aisément en remarquant que la distinction sociale qui compte le plus, dans le présent état de choses, est celle qui se fonde sur la fortune, c’est-à-dire sur une supériorité tout extérieure et d’ordre exclusivement quantitatif, la seule en somme qui soit conciliable avec la « démocratie », parce qu’elle procède du même point de vue. » (La crise du monde moderne).
    L’égalité c’est la fin d’une race, « tous dégénérés », « tous fous », tous égaux dans la bêtise ou dans la bassesse c’est la suppression de la hiérarchie des esprits !
    Lien : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/2017/07/le-bien-et-le-mal.html
    Cordialement.

  3. Le contenu de ce papier est dans l’air du temps. Au détail près que je crois à l’avenir des états, je crois également que nous vivons la fin d’un certain capitalisme, qui su formater et acheté une bonne part des élites de la planète, sous la houlette anglo-saxonne. Nous subissons ainsi le pouvoir des « gauleiters », représentants des oligarchies mondialisées que sont aujourd’hui nos politiques et plus globalement nos « élites », qui pensent peu, sinon à leurs comptes en banque. Comme toute occupation, celle-ci aura une fin, en dépit de l’asservissement si visibles des médias. Véhiculée par exemple par une crise financière et économique que ces génies ont tout fait pour provoquer.

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