12/08/2020

Strategika 51

 Πάντα ῥεῖ…

L’Irak demande l’aide internationale pour se débarrasser de la présence militaire non autorisée des forces de la coalition se repliant de la Syrie ou la chronique d’une débâcle annoncée

L’Irak a officiellement demandé une aide internationale pour se débarrasser des troupes US se repliant du Nord et du Nord-est de la Syrie vers la province irakienne d’Al-Anbar en affirmant que cette présence militaire sur son territoire est illégale et non autorisée.

Le premier ministre irakien Adel Abdul Mahdi a réaffirmé aujourd’hui que Bagdad n’a jamais donné son feu vert au repli des forces de la coalition internationale à l’ouest de son territoire et plus précisément dans la province occidentale d’Al-Anbar à prédominance Sunnite.

Pour le gouvernement irakien ce repli est un cas de force majeur pour la coalition internationale mais que Bagdad n’a pas autorisé. Il s’agit donc d’une occupation militaire illégale d’un territoire irakien.

Bagdad demande officiellement à la communauté internationale d’agir contre de tels agissements dignes des films Western et a dépêché des émissaires à Moscou et à Beijing pour expliquer la position officielle du gouvernement irakien sur ce sujet fort sensible.

Cette attitude du gouvernement irakien marque un changement radical dans sa politique laxiste envers la présence de forces étrangères sur son territoire. Un changement induit par la montée en puissance du mécontentement populaire lequel s’est traduit par un début de révolte contre la corruption et la trahison des politiques irakiens.

En vertu de ce changement de posture, l’artillerie française et ses canons Caesar ne sont plus les bienvenus à el-Qaïm dans la province d’Al-Anbar, à la frontière avec la province syrienne de Deir Ezzor.

Damas considère la France comme historiquement responsable de la guerre en Syrie. Ici, des canons Caesar sur la base de Qayara au sud de Mossul, Irak.
Canon Caesar en action au Levant. Ces canons autopropulsés ont nivelé la ville d’Al-Raqqa

Les forces spéciales britanniques, lesquelles effectuaient des missions d’incursion, d’infiltration et de sabotage en Syrie orientale à partir d’Irak, devront également déménager. Probablement plus au nord dans le Kurdistan irakien dont le gouvernement accepte la présence militaire étrangère en échange de larges subsides et d’un contrepoids face aux velléités de Bagdad.

Le Pentagone a affirmé de son côté que les forces US en « transit » entre la Syrie et l’Irak ne vont pas demeurer longtemps en Irak et devront repartir vers les États-Unis. Pour la première fois depuis l’implication des forces US dans le conflit au Levant, des convois de véhicules blindés US se retirant des zones kurdes syriennes vers les frontières irakiennes ont subi des jets de pierres et de projectiles diverses dans quasiment toutes les localités qu’ils ont traversé.

La colère des populations kurdes ne faiblit pas,au point où certains chefs de village refusent désormais le passage des convois militaires occidentaux et affirment vouloir faire appel à l’Armée syrienne en dépit de leur différend historique avec Damas.

Sur le plan diplomatique, la rencontre entre les présidents russe et turc à Sotchi a permis de prolonger l’arrêt de l’offensive militaire turque sur le Nord de la Syrie et la création de patrouilles militaires mixtes entre les forces russes et turques dans la bande frontalière.

Rencontre décisive des présidents Erdogan et Poutine à Sotchi

Paradoxalement, c’est l’échec des patrouilles mixtes entre les forces turques et US qui ont amené le président Erdogan à déclencher son opération « Source de Paix » en Syrie en jurant d’exterminer les YPG/PUD.

Militaire turc saluant le poing levé un blindé des forces armées turques au nord de la Syrie

Cette évolution surprenante de la situation au Levant constitue une véritable débâcle pour les forces de la coalition internationale, laquelle est forcée de trouver un pied à terre au Kurdistan irakien en attendant des jours meilleurs.

Mine de rien, la stratégie subtile des russes et des syriens, exploitant les virevoltes à 180° d’Ankara laquelle ne cherche en fin de compte que ses intérêts, a permis l’expulsion des forces US, britanniques et françaises de l’est de l’Euphrate sans le moindre coup de feu. Le pire est que cette fois-ci, aucun pays de la région n’est disposé à accueillir les forces errantes d’une coalition aux abois dont le sort n’a rien à voir avec la brillante retraite des dix-mille telle que racontée par Xénophon (5ème siècle avant Jésus-Christ).

Les forces de la coalition devront donc se contenter du Kurdistan irakien, faute de mieux. Elles seront surveillées de près par la Turquie, dont les forces n’hésitent jamais à y effectuer des incursions, mais également par l’Iran dont les Gardiens de la Révolution suivent de très près tout ce qui bouge au Kurdistan.

Quel bouleversement de situation pour une coalition qui avait les pleins pouvoir en Irak et bombardait à volonté la province de Deir Ezzor en Syrie! Un bouleversement déploré par l’ex-président français François Hollande, déçu de voir gagner « ceux qui n’auraient pas du gagner ». Apparament, Hollande a raté une belle occasion de se taire vu le rôle extrêmement néfaste et foncièrement belliciste tenu par les gouvernements français depuis Sarkozy dans le conflit meurtrier au Levant et le déferlement migratoire sur l’Europe qui s’en est suivi.

Pour Damas cette lamentation d’un ex-président français confirme encore le rôle de protagoniste joué par la France dans la guerre en Syrie. Première réaction à chaud d’une source autorisée à Damas qui a réagi à chaud au commentaire de Hollande à l’occasion de la sortie de son dernier livre: « Quand on échoue à jouer aux apprentis bellicistes, et que l’on échappe à un tribunal pénal international pour crimes de guerre, il serait plus décent de se taire et de ne plus commenter une des plus grandes débâcles du 21ème siècle ».

La débâcle de l’Empire. Car c’est bien d’une défaite qu’il s’agit. Et cette dernière aura un impact retentissant sur la géostratégie mondiale dans les vingt prochaines années.

Deux fillettes kurdes adossées à un Technical de l’Armée syrienne armé d’une mitrailleuse lourde DshK 12.7 mm et près duquel est allongé un jeune soldat syrien exténué.

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