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23/10/2020

Strategika 51

 Πάντα ῥεῖ…

Algérie: qui sont ces cinq candidats ? -par El Yazid Dib

L’un d’eux est né avec la seconde guerre mondiale. L’autre aussi. Les autres ont l’âge du pays, de son indépendance.

Comme dans un sprint, la cadence s’accélère dans les derniers mètres. Ainsi beaucoup d’ingrédients sont venus à la fin de cette campagne pour créditer l’un ou désemparer l’autre. La cacophonie en pareille chaleur électorale s’accentue et tient des arguments de soutien pris pour argent comptant et de défection émanant de sources dignes de foi. Tous crient et adulent le changement, les réformes, les révisions et chacun selon sa biographie publique oublie de se changer, de se reformer ou de réviser notamment pour l’un et l’autre son passé.

Le gérontocrate

Symbole de toute la chronologie nationale, des options de l’unicité de vision aux taches brisées de l’édification nationale, ce patriarche des cabinets, des statuts de la fonction publique avait fini là où il a commencé. Les dossiers et les étages du palais. Avec cependant ce flirt capricieux et en pleine ménopause avec un monde politique nouveau qu’il croît savoir maitriser. Dans ce monde là, l’on ne dirige plus avec des notes de service, des instructions. Le commandement s’y exerce autrement. Par la conviction et l’idéologie. L’ordre dans ce monde là n’est plus à un temps impératif ni au ton coercitif ; il est un acte provocateur d’adhésion et de modestie. Le rang dans ce monde là ne possède, ni parapluie, ni résidence d’Etat. Le protocole est dans la rue, auprès du peuple. Ce peuple qu’il ne connait qu’à travers une statistique de logements.

Un tel candidat, du cumul d’années et de fonctions ; il en a consommé la totalité, presque. Tous ses ans sont derrière son ambition. Il ne reste pas trop de temps pour concevoir un projet de société à même de survivre à son procréateur. De surcroit si à chaque question l’on fait une réserve, une échappatoire, pire une grande cachoterie. Se dire connaitre tout et ne rien dire, ça frôle la propagande. C’est dire qu’être candidat sans parti apparent ne peut être confondu à une nomination d’autorité par décret présidentiel auquel l’on s’est habituée depuis la post-indépendance malgré son pur nationalisme. La Présidence est l’instant de maintenant.

L’approximatif opposant

Il s’agrippe à « l’urgence nationale ». Pourquoi cette urgence ? Est-elle cette envie pressante de prendre à temps les commandes avant qu’un alea fatidique, ischémique, cardiaque ne puisse avorter le désir brûlant de dire « enfin, j’y suis, ouf ! ». L’urgence pour un pays ne se confine pas dans la précipitation ou dans l’appel du SAMU.

Question d’âge, il aurait vu toutes les codes du pays, lu tous les Dalloz sans pouvoir oser comparaitre le présidentialisme d’ici et celui d’outre-mer. Lire lui aurait été probablement chose facile. Transcrire une théorie, une critique jurisprudentielle ou commenter un arrêt célèbre et nocturne, même le tien ou ériger une doctrine algérienne lui aurait été une autre question de temps, de passion ou bien de torpeur et d’asthénie. Garder les sceaux de l’Etat sans les avoir libérés des deux poids deux mesures, prendre la destinée de l’un des plus grands patrimoines politiques du siècle sans s’habiller de punch et le lézarder d’opportunisme, servir un royaume et puis venir en fin de cycle et à l’éclaircie se blottir à une opposition ; est-ce là un bon cursus à applaudir ou à maudire ? Le Monsieur comme le premier, est une empreinte déposée sans retouche d’un système qu’il est difficile de pouvoir le voir se découdre de ses réflexions, de ses accointances. L’on ne peut au détour d’une constitution souhaitée, d’un programme électoral accommodé, changer de mode de vie. Le passé on l’assume, l’avenir on le laisse à ses enfants, malgré un parcours de grande famille révolutionnaire. La Présidence est une transparence en linéaire. L’esprit de cet instant.

Le mufti

Faire ses prières sur un pavé public nécessiterait sans étonnement de faire ses ablutions dans une fontaine publique. Un programme de désaffectation des mosquées de leur joutes rituelles au profit des boulevards, des ruelles aurait été un support de levée d’anathèmes. Quand l’on manque de chaleur managériale dans le verbe fut-il si riche et abondant, l’on s’inscrit droitement dans un sofa de fatwa pas dans un fauteuil présidentiel. Passage fonctionnel circonstanciel et éphémère, carence de carrure malgré l’amabilité dégagée et l’honnêteté qui se présume dans un nationalisme indemne et exprime un authentique patriotisme. Alors que vouloir faire d’un projet défunt un renouveau ou d’un kamis un costume alpaga n’est plus de mise en cette ère là où tant le costume ou le kamis ne sont plus des signes extérieurs de civilité ou de théologie tant ceux-ci se nichent maintenant dans la moelle épinière. La Présidence n’est pas un banc d’essai, elle est une exigence moderne de l’instant.

Le progressiste détourné

L’ardeur de la lutte, le volontariat, les villages socialistes, la jeunesse, l’anti-impérialisme et les campus universitaires étaient des lauriers sur la tête de celles et ceux qui prenaient l’engagement politique comme un sacerdoce imperturbable. Mais les vendre à la surenchère du premier mouvement d’ouverture ou à la faveur d’une démocratie à laquelle il fallait soumettre tous ses principes, cela devient du négoce politicien. On a beau à avoir ses années devant soi. On a beau à s’afficher dans la trame du futur, tout y est indiqué, sauf qu’il reste ce retour vers soi, vers sa genèse, se rafraîchir des premières sources du militantisme et réanimer pour s’allaiter encore de ce sein avant-gardiste. Se laisser berner par le chant des sirènes vantant les mérites d’un néo-libéralisme en omettant l’origine de sa naissance collectiviste n’ira pas, à peine de réadaptation ramener le siège d’El Mouradia. Alors qu’au moment où l’on se prévaut d’une jeunesse passée au clair de lune de l’engagement pour les couches défavorisées, l’on vient préparer l’ouverture de l’université au privé. Cette privatisation promise électoralement ne va pas avec la résonnance d’un discours d’un certain passé renié. Tenter de mijoter un peu les légumes de la révolution agraire avec un fruit oligarchique va encore donner une fade ratatouille. S’arrêter pour une période de décantation n’amoindrira pas l’effet de vouloir vite y arriver. Sinon le temps est un facteur déterminant, si l’on sait patienter et peut se placer comme un panneau indicateur de la bonne adresse. La Présidence est à plusieurs mandats qui offrent d’autres instants.

Le poète politisé

La courtoisie, la simplicité et la décence n’ont jamais suffit à usiner un Président. Ni encore l’art oratoire ou l’alignement symphonique des rimes et rythmes. Le sigle honni qu’il porte serait pris comme un boulet de forçat candide et innocent qu’il doit trainer jusqu’au prochain congrès disent ses fans. Il est certes né entre les vers des belles poésies, dans la bonne prose et a grandi adulte dans un rassemblement désuni, dans le dernier mauvais quart d’heure.

Le temps est à son horloge. Et tous les rêves sont permis chez quelqu’un qui ne pense qu’avec sourire faisant parfois fi du mal qui ronge les bustes, les colonnes, les voûtes et les arcs de triomphes dispersés le long de la géographie nationale. La piqure du premier cité quant à l’insinuation d’un secours militaire est une méthode habituelle, lui qui prenait les piqures du régent frère du roi déchu comme des fleurs. Comme l’espérance est toujours cet optimisme mesuré, l’on verra avec merveille ce rêve saharien, ces dunes dorées, ce coucher de soleil irradiant, ces sables soyeux se répandre aux quatre points cardinaux. L’Algérie s’apprête au-delà du 12 décembre à écrire sa nouvelle histoire, un nouveau roman national sans suspens ni chute dramatique ni tragique. De l’espoir, de la jeunesse. Loin de la « négritude » de Léopold Sédar Senghor, la Présidence est aussi une attitude intellectuelle. « L’algériatude » instantanée.

Le peuple

L’on doit en parler même s’Il n’est pas candidat, car c’est lui qui justifie l’existence et la survie de ces candidats. C’est pour lui qu’ils courent monts et piedmonts. Il n’a pas de nom, juste des qualificatifs et beaucoup d’épithètes. Parfois un nombre, un conglomérat dense et épars. C’est celui que les cinq tentent d’amadouer, de berner. Ils ont promis pour lui tous les paradis. Tous les programmes se ressemblent et rallient le même diagnostic au même traitement, il n’y a que les copies qui changent de ton et de nuances. L’innovation utopique ou banale et les notions nébuleuses sont dans les slogans de chacun. Ce peuple là, cette dimension axiale de l’opération électorale est segmenté dans ses diverses visions de la résorption de la crise actuelle. La rue persévère à gronder chaque vendredi contre ces élections agencées sous la supervision de la « iissaba ». Le peuple dont il s’agit d’exciter l’engouement a certes des préférences pour l’un ou l’autre. Il saura faire sa participation, son boycott ou sa neutralité. C’est ce à quoi justement tous les candidats aspirent à construire comme modèle de gouvernance. Une démocratie où chaque voix, dans une réciprocité respectera son contraire.

El Yazid Dib

Cet article a été initialement publié ici.

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