10/08/2020

Strategika 51

 Πάντα ῥεῖ…

La Turquie confirme sa stratégie méditerranéenne en concluant un mémorandum sur les frontières maritimes avec la Libye et en préparant la base légale d’un déploiement d’une force de réaction rapide à Tripoli

La Turquie et le gouvernement libyen de Tripoli, le seul reconnu par les Nations Unies s’approchent d’un partenariat stratégique et militaire permettant le déploiement d’une force turque de réaction rapide en Tripolitaine.

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Jusqu’ à récemment la Turquie s’est limitée à une formidable guerre de drones en Libye

Cette nouvelle donne modifie profondément les rapports de force en Méditerranée orientale et centrale et pèsent de façon décisive dans la guerre civile libyenne.

En novembre 2019, Ankara et Tripoli ont signé une extension d’un Accord militaire et sécuritaire bilatéral déjà existant. De façon séparée, les deux capitales ont signé un Mémorandum sur les frontières maritimes entre la Turque et la Libye ayant irrité Chypre, l’Egypte et la Grèce.

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Blindés turcs dans le port de Misrata, Tripolitaine

Cet Accord militaire et sécuritaire signé avec le gouvernement de Tripoli qui vient d’être présenté au Parlement turc indique les nouvelles orientations de la stratégie régionale turque, laquelle ne se confine plus au Tigre et à l’Euphrate en Irak-Syrie, mais vise désormais à jouer un rôle grandissant en Afrique du Nord via le portail libyen. Ce tropique africain de la Turquie s’appuie sur une longue et solide histoire militaire Ottomane en Afrique du Nord et notamment en Egypte (jusqu’au Sultan Mehmet Ali), la Libye (jusqu’en 1911), en Tunisie (jusqu’en 1956) et dans une moindre mesure en Algérie où la turbulente Régence ottomane prit de facto son autonomie vis-à-vis de la Sublime Porte bien avant la chute d’Alger en 1830.

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Le retour du Grand Turc en Afrique est une réalité géostratégique

En ligne de mire du Grand Turc, les fabuleux gisements de gaz de la Méditerranée orientale où un navire de la marine de guerre turque n’a pas hésité à expulsé un navire israélien et un autre chypriote d’une zone de prospection non loin du fameux champ connu sous le nom biblique du Leviathan.

Ce n’est pas tout, la Libye est un pays producteur de pétrole brut léger et relativement facile à raffiner en plus de l’existence d’une gigantesque nappe phréatique sous le Sahara libyen, autant de facteurs expliquant la rivalité acharnée de certaines puissances et leur intérêt à faire perdurer la guerre entre les deux gouvernements ennemis dans ce pays d’Afrique du Nord. Et dans ce contexte, les turcs sont bien déterminés à jouer un rôle de premier plan en soutenant à bout de bras le gouvernement de Tripoli contre les forces de Cyrénaïque du Maréchal Khalifa Haftar et ses soutiens égyptien, émiratis, français, saoudiens et russes.

Athènes a expulsé l’Ambassadeur de la Libye au sujet de l’Accord maritime turco-libyen a vivement condamné cet Accord en affirmant que la Turquie est en train de faire escalader les tensions en Méditerranée. L’Egypte a également critiqué l’Accord bilatéral entre Ankara et Tripoli tandis qu’Israël s’est plaint de l’expulsion manu militari d’un de ses « navires de recherches » au large de Chypre.

Sur le volet militaire, l’Accord militaire signé entre Ankara et Tripoli, s’il est approuvé par le Parlement turc, permettrait à des troupes turques d’être déployées à Tripoli à la requête du gouvernement de Fayaz Al-Sarraj. Cette évolution coïncide avec le lancement imminent d’une nouvelle offensive sur Tripoli par les forces du Maréchal Khalifa Haftar.

La Turquie semble déterminée à empêcher la chute de son allié en Tripolitaine et cherche à se rapprocher des pays de la région soutenant Tripoli comme l’Italie ou l’Algérie.

Ce qui semble assez paradoxal dans la crise libyenne est que les rivaux s’acharnant pour le contrôle des richesses libyennes sont alliés au sein de l’OTAN, ce qui prouve une fois de plus l’état de déclin avancé de la plus grande alliance militaire de la planète et l’impossibilité d’une entente commune européenne en matière de politique étrangère face à la résurgence des intérêts nationaux de chaque Etat membre. En résumé, c’est le chacun pour soi et que le meilleur gagne! Le Sultan d’Ankara a bien compris la nouvelle équation internationale et ne s’embarrasse plus des formes. Le Grand Jeu le vaut bien!

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