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21/09/2020

Strategika 51

 Πάντα ῥεῖ…

Téhéran face à un dilemme stratégique digne d’une tragédie de Shakespeare: riposter et faire totalement le jeu d’Israël ou ne pas riposter et paraître comme faible et donc condamné

« Être ou ne pas être, telle est la question.

Y a-t-il plus de noblesse d’âme à subir la fronde et les flèches de la fortune outrageante, ou bien à s’armer contre une mer de douleurs et d’y faire front pour y mettre fin?

Mourir… dormir, rien de plus… et dire que, par ce sommeil, nous mettons fin aux maux du cœur et aux mille tortures naturelles qui sont le lot de la chair: c’est là un dénouement qu’on doit souhaiter avec ferveur. »

Mourir… dormir; dormir, peut-être rêver.
Oui, voilà l’obstacle. »

William Shakespeare, Hamlet, Acte III, Scène 1



Quelques heures après l’attaque aérienne ayant tué dix personnes dont le commandant de la Force Qods du Corps des Gardiens de la Révolution et un commandant en second de la mobilisation populaire irakienne, Les décideurs iraniens sont actuellement confrontés à un dilemme:

Une riposte de représailles ferait le jeu d’Israël, principal commanditaire du raid et principal instigateur d’une éventuelle grande confrontation mondiale.

Une non riposte serait un signe évident de faiblesse à même d’encourager tous les ennemis de Téhéran à poursuive une guerre hybride couplée à d’éventuelles tentatives de changement de régime.

Dans les deux cas suscités, les stratèges iraniens paraissent pris au piège d’un mouvement incapacitant rappelant certaines figures du jeu d’échecs.

Le ciblage en Irak du général major Qassem Sulaimani très peu de temps après son retour du Liban à bord d’un avion civil s’apparente donc à un coup de maître en matière de stratégie à court terme mais un fiasco en devenir à long terme.

Pour l’instant les israéliens semblent avoir tous les gains possibles mais tout dépendra des capacités stratégiques de la République islamique iranienne à manœuvrer serré et extrêmement serré car une guerre directe entre les États-Unis et l’Iran sera le cadeau tant rêvé par Tel Aviv.

Le modus operandi de l’opération ne laisse aucune place au doute. Le général major Sulaimani a été tué selon une méthode israélienne rodée, bien huilée et fort bien connue. L’officier supérieur iranien était l’hôte de l’Irak et le gouvernement de Baghdad, fortement contesté en interne, aura toutes les peines du monde à survivre dans les toutes prochaines semaines si une guerre de grande ampleur n’embrase pas le Moyen-Orient d’ici cette courte échéance.

Donald Trump a voulu échapper à la destitution en cédant à l’un des désirs les plus vifs de l’AIPAC, le très puissant lobby pro-israélien tenant aussi bien le Parti Démocrate que le Parti Républicain ainsi que le système législatif bicaméraliste sous leur influence directe mais le pari fou de Trump lui est déjà fatal: les israéliens viennent non seulement de l’enterrer vivant sans recourir à une seconde fusillade à Dallas.

La réponse iranienne sera fort intéressante à plus d’un titre. Après tout c’est le pays d’où les jeux d’échecs ont été diffusés au monde. L’intérêt de cette réponse sera déterminant pour jauger de la profondeur de la pensée stratégique iranienne.

A moins que les iraniens réservent une surprise aussi bien stratégique que tactique car tout se jouera en Irak, décidément le maillon faible de l’axe dit de la résistance s’il existe réellement. Ce suspense est extrêmement excitant pour tout enthousiaste en la matière car les jeux qui étaient à somme nulle commencent à se transformer. L’enjeu est immense car tout mauvais calcul d’un côté comme de l’autre aboutirait invariablement à une guerre mondiale chaude sans aucune possibilité de retour en arrière.

Pour le moment les cours du brut montent en flèche et ils risquent de décoller en cas de conflit dans le Golfe. Les spéculateurs s’en frottent les mains sans se rendre compte de l’extrême gravité du moment. On ne sait pas dans quelle guerre on est embarquée mais on sait qu’elle nous emportera tous cette fois qu’il n’y aura ni vainqueur ni vaincu.

Encore une fois, la réponse iranienne à une des plus grands menaces existentielles contre la République Islamique depuis 1979 déterminera la nature réelle du Grand jeu en cours.

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