10/08/2020

Strategika 51

 Πάντα ῥεῖ…

Le monde Chiite en guerre ouverte avec un Empire en pleine crise d’hubris

Funerailles ddu général major Qassem Sulaimani à Ahwaz, Iran
Vidéo diffusée par le mouvement de Ansar Allah (Houthis) du Yémen jurant de venger la mort du général major Sulaimani

Le monde Chiite est en guerre ouverte avec l’empire. Le ciblage du commandant iranien de la force Al-Qods est une erreur stratégique majeure car elle aura de très lourdes conséquences dans les années à venir. L’une des premières conséquences de l’assassinat du général major Sulaimani est son remplacement par un homme connu pour ses déclarations très controversées contre le régime. Le général de Brigade Ismail Ghani est un officier iconoclaste, rebelle, qui n’a jamais accepté la méthode « Soft » de son prédécesseur, surtout vis à vis d’Israël. Le général Ghani est le véritable théoricien de l’exportation des capacités de guerre asymétrique de la Republique Islamique iranienne. Ayant passé l’essentiel de sa carrière dans le renseignement militaire après une expérience au combat lors de la désastreuse guerre Iran-Irak (1980-1988), Ghani est considéré comme le choix de la faction la plus dure du Corps des Gardiens de la Révolution. C’est l’un des chefs militaires les plus lésés en Iran pour son opposition à la politique officielle et son franc-parler mais est considéré comme l’un des très rares officiers iraniens à avoir eu l’aval du président syrien Bashar Al-Assad qui disait de lui » voilà le genre d’hommes qu’il nous faut ! ». En effet pour Ghani, tout comme Al-Assad, l’entité tératologique ayant usurpé le nom biblique d’Israël, un des noms de Jacob, est une monstruosité constituant une anomalie historique condamnée tôt ou tard à disparaître. Car pour les renseignements syriens de l’Armée de l’air et les renseignements iraniens, il n’y a qu’un seul commanditaire à tous les troubles secouant le Moyen-Orient et au delà cette région depuis 70 ans et ce fauteur de troubles historique est ce qu’ils désignent comme l’entité sioniste et son influence ou plutôt mainmise absolue sur les appareils législatifs et exécutifs de l’Empire et ses vassaux.

Des émissaires du Qatar et d’autres pays du Golfe sont allés à Téhéran pour dissuader les iraniens d’une éventuelle action de représailles mais il semble que l’émissaire Qatari ait été porteur d’une missive secrète du président US Donald Trump visant à abaisser la tension. Les iraniens l’auraient refusé dans le fond et dans la forme suscitant l’ire de Trump. D’autres puissances comme la Chine ont conseillé aux iraniens de ne rien faire afin d’éviter une escalade extrêmement difficile à prévoir l’issue. Mais les iraniens sont furieux. Ils ont juré de riposter de manière stratégique. A noter dans ce contexte fort tendu, le silence de Syed Hassan Nasrallah, le leader charismatique du Hezbollah Libanais ainsi que le silence de Damas, deux alliés de Téhéran qui ont mis leurs forces en état d’alerte maximale.

Il semble que la Chine refuse tout escalade et les médias chinois insistent longuement que ni Washington ni Téhéran ne veulent d’un conflit ouvert aux conséquences aléatoires pour tout le monde. Moscou suit avec une extrême préoccupation la situation mais sait que les États-Unis jouent à la roulette russe avec un Iran meurtri par les sanctions et les privations. Par dessus tout, l’Iran ne sera pas seul à se battre mais entraînera avec lui l’ensemble du Levant et le Golfe. Cette éventualité met en péril l’ensemble des acteurs.

Les chinois sont réalistes. Ils estiment que les iraniens ne disposent pas de la puissance suffisante pour soutenir un conflit classique avec les États-Unis en pointant du doigts les carences avérées de la République iranienne dans les domaines de l’aviation et de la marine de surface. Mais des stratèges iraniens estiment que l’approche iranienne en matière de guerre asymétrique et non-conventionnelle ouverte est quasiment imparable. De plus, Téhéran pourrait estimer que le niveau de la menace existentielle pourrait annuler son adhésion à l’Accord nucléaire (Joint Comprehensive Plan of Action) et amener les iraniens à poursuivre la stratégie de dissuasion réussie de la Corée du Nord. Le général Ghani, le nouveau commandant de la Force Al-Qods est l’un des plus fervents partisans de cette voie.

Le général de Brigade Ismail Ghani, le remplaçant du général major Sulaimani est un théoricien de l’exportation de la lutte asymétrique et un spécialiste du renseignement militaire.
Des images des dégâts matériels causés par le tir de quelques roquettes sur le périmètre de l’ambassade US à Baghdad par des éléments isolés du Hachd Al-Chaabi.

Un commandant du Corps des Gardiens de la Révolution a affirmé que la base de données des cibles immédiates à la disposition de l’Iran inclut 35 bases militaires américaines entourant la République Islamique. Ce à quoi le président US Donald Trump a réagi en annonçant que d’éventuelles représailles iraniennes seraient contrées par le bombardement de plus de 53 sites iraniens avec des « armes surpuissantes ». Au delà de cette surenchère, il semble que Washington se soit pris à un piège dont il mesure mal les conséquences désastreuses. L’économie US a certes besoin d’une guerre pour relancer l’adhésion à un mensonge universel mais les véritables instigateurs de cette escalade sont les Israéliens et leur alliés de l’AIPAC, le très puissant lobby pro-israélien terrorisent le monde politique US. Les États-Unis ont déjà perdu plus de 7 trillions de dollars US en Irak à cause de ces contradictions insurmontables. Ils sont en train de se redéployer pour une autre aventure encore plus coûteuse. En filigrane, l’Irak demeure problématique. On a longtemps accusé Baghdad d’être passé sous l’influence de l’Iran alors que les irakiens marchandaient le maintien de plus de 33 bases militaires US sur le sol irakien. Certains responsables iraniens s’en accomodaient jusqu’à ce qu’ils apprennent que l’on peut pas faire chambre commune avec un ennemi qui ne veut que votre destruction. Encore une fois, l’Irak est définitivement le maillon le plus faible de ce continuum stratégique s’étendant du plateau iranien jusqu’en Méditerranée orientale. Les syriens avaient une visions précise des enjeux et ils n’ont jamais fait confiance aux irakiens dans leur lutte durant la guerre hybride meurtrière qui leur a été imposé par l’empire sur instigation d’Israël.

L’Iran est parvenu à la question existentielle. Être ou ne pas être. Soit il opte pour la dissuasion ultime, soit il continue à subir les sanctions et les attaques perfides d’un empire en perdition, en pleine crise d’hubris.

Alea Jacta est.

Stats

  • 6 023 905 Hits
360TotalSecurity WW
%d blogueurs aiment cette page :