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26/11/2020

Strategika 51

 Πάντα ῥεῖ…

Les dirigeants turcs sont-ils devenus irrationnels ?

Le Ministre turc de la défense, Hulusi Akar, présent dans une salle de contrôle et de commandement de drones d’attaque en action à Idlib et à Alep, en Syrie

A Idlib, la Turquie a lancé la première campagne massive de raids aériens menés au moyen de drones d’attaque dans l’histoire. Les drones d’attaque ont agi de concert avec des projectiles d’artillerie à guidage laser. Les observateurs russes déployés sur le terrain ont pris note de cette nouvelle donne et l’ont considéré comme une innovation tactique majeure. La Turquie utilise des drones tandis que la Syrie utilise des avions d’attaque au sol bien plus véloces et manœuvrables. Dans les deux cas, les pertes au sol ont été significatives. C’est la guerre et dans une guerre tous les coups sont permis. Ce qui interpelle dans les combats opposant la Turquie a la Syrie à Idlib est le comportement à la limite de la schizophrénie du leadership turc. Le ministre turc de la défense et son staff sont allés jusqu’à supporter les frappes à partir d’une salle de contrôle de commandement de drones comme si il assistait à un match de football. Le Président Erdogan qui se targue devant les députés au Parlement d’avoir exigé de Poutine d’ôter les forces russes du chemin des turcs pour régler son compte à la Syrie dans une tirade digne d’un film Western ou de gangsters; un conseiller du président turc qui évoque les 16 guerres ayant opposé la Russie tsariste à l’empire Ottoman en affirmant que les turcs n’ont pas peur d’une 17ème confrontation… Tout cela soulève des interrogations quant à l’état d’esprit du leadership turc qui semble totalement irrationnel, a fortiori quand Erdogan affirme haut et fort qu’il ne partira pas d’Idlib, une province syrienne rebelle, car c’est lui l’hôte et non pas l’invité (le Droit international est mort depuis longtemps mais en ce cas de figure cette déclaration mérite d’être classée comme un morceau d’anthologie). On savait qu’Idlib est de facto un protectorat turc mais c’est la première fois dans l’histoire contemporaine qu’un Chef d’Etat revendique une partie du territoire d’un autre État souverain comme le sien d’une façon aussi flagrante. S’il le pouvait, il aurait déjà attaqué la Russie et c’est la raison pour laquelle il a menacé de sanction ses alliés européens après avoir exercé sur eux un chantage que l’on a pas vu depuis des siècles. C’est pour cela également qu’il prétend avoir bombardé un site de production d’armes chimiques à Alep afin d’offrir l’occasion aux faucons du complexe militaro-industriel US d’intervenir ou du moins d’avoir des leviers de pression en vue d’une telle éventualité.

Quels sont les objectifs d’Erdogan à Idlib ? Protéger les rebelles syriens et surtout ce qui reste de l’outil Al-Qaïda sous un nouveau label et des autres organisations extrémistes que des pays occidentaux et arabes ont soutenu, financé et armé jusqu’au bout pour obtenir un changement de régime en Syrie ? Veut-il occuper des territoires que les turcs ont revendiqué pour empêcher la Syrie de revendiquer la province de Hatay ? Être celui qui sauvera le plan de remodelage du Moyen-Orient tel qu’il a été conçu initialement pour s’approprier un nouveau rôle prédominant au Levant et en Orient ? Quelles que soient les justifications turques, elles ne tiennent pas la route. La perte de 200 militaires turcs peut justifier des représailles mais pas une politique qui semble de plus en plus irrationnelle et mégalomaniaque offrant des similitudes avec celle de la stratégie à long terme d’Israël. En résumé, le leadership turc semble être devenu fou.

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