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Paradox [CPS] WW
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30/11/2020

Strategika 51

 Πάντα ῥεῖ…

Tension frontalière sino-indienne: une bastonnade meurtrière dans les Himalayas

Ce qui est remarquable dans les bastonnades ayant opposé des militaires chinois et indiens sur un point de la ligne de contrôle LoC au Ladakh dans les Himalayas, est qu’aucun document photographique ou vidéo n’a pu être pris sur place. Un exploit quand on sait que les militaires des deux premières puissances démographiques et nucléaires engagés dans un étrange face-à-face disposent des meilleurs smartphones des marques montantes Samsung, Oppo, Xiaomi, Huawei, OnePlus, Blackview, Ulefone, Realme et une dizaine d’autres moins connues.

Indubitablement, des consignes strictes ont été données de part et d’autres. Aucun coup de feu. Les soldats chinois et indiens ont mis leurs armes à feu et les baillonettes de côté et ont échangé une pluie de pierres et un déluge de coups de bâton. Un premier bilan officiel côté indien parle de la mort d’un colonel et de vingt-deux soldats à l’issue de cette castagne que l’on devine comme mémorable. Côté chinois, un extrait du Global Times évoque des pertes humaines des deux côtés sans en préciser les détails. Ce qui est certain est que la mêlée générale ayant suivi la pluie de pierres a du être « solide » et c’est le moins que l’on puisse dire.

En réalité, même si la tension géostratégique sino-indienne ne cesse de croître, la situation est sous contrôle. Les vieux contentieux frontaliers ne sont pas susceptibles d’aboutir à un conflit et ce fait semble faire consensus aussi bien à Beijing qu’à New Delhi. C’est plus le rapprochement spectaculaire entre la Chine et le Pakistan, le rival géostratégique de l’Inde, qui semble motiver l’alignement du régime extrémiste de Modi sur les thèses néo-conservatrices de l’État profond US et Israël.

Cette bastonnade meurtrière entre militaires indiens et chinois n’est pas la premiere. Cela fait des semaines que les médias indiens sont pris d’une frénésie guerrière et belliciste à l’égard de la Chine. A l’inverse, les médias chinois se montrent très peu prolixes et évoquent à peine un sujet qui n’emballe guère l’opinion publique chinoise. Une première bastonnade a visé des gardes frontières chinois avant d’être suivie d’autres bien plus musclées impliquant la capture de prisonniers. Les chinois ont laissé faire avant d’adopter une stratégie assez curieuse. Les unités engagées ont été rappelées à l’arrière pour être remplacées par des unités ad-hoc composées de « boxeurs » et de lutteurs professionnels. L’empreinte de l’école de Shaolin dans la dernière mêlée est assez claire. Habitués à avoir le dessus lors des combats au corps à corps individuels, les soldats indiens ont été surpris cette fois par des lutteurs chinois spécialisés dans le combat au bâton et à mains nues. C’est une forme de stratégie subtile mais redoutablement efficace. Les deux pays disposent de la panoplie complète des armes modernes mais préfèrent recourir à la mêlée, laissant aux commandants des unités opérationnelles une marge de négociation sur place. A un niveau plus élevé, un dialogue diplomatique est en cours. La Chine ne veut pas. D’un encerclement stratégique complet au moyen d’un collier de points chauds ou de tension. L’étau est réel et s’étend suivant le mouvement d’une horloge de la péninsule coréenne à la mer de Chine méridionale, Hong Kong, le plateau du Tibet, les Himalayas et la province occidentale du Xinjiang. De son côté, l’Inde ne cache plus son alignement de plus en plus flagrant avec les factions les plus bellicistes de l’empire. L’épithète de plus grande démocratie du monde cache mal un pays dirigée par une caste ultra-violente, sectaire et aux visées très expansionnistes (tous azimuts). C’est les services spéciaux indiens qui alimentent la rébellion au Baloutchistan, province à cheval entre le Pakistan et l’Iran sous prétexte de faire échec à la nouvelle initiative économique chinoise. C’est encore New Delhi qui complique au plus haut niveau le conflit du Cachemire et joue un rôle déstabilisateur en Afghanistan. Cette politique risque d’être inopérante face à la Chine. Le potentiel de risque dans ce type de confrontation est simplement beaucoup trop élevé pour être pris à la légère. Il y a toujours un moyen de résolution des conflits frontaliers et la confrontation est le moyen le moins efficace. La dernière bastonnade d’enfer entre des militaires volontairement désarmés en est une preuve. On observera au passage une sorte de finesse asiatique que l’on retrouve nulle part ailleurs. Les deux protagonistes se sont battus sans armes. Un exemple qui ne risque pas de se reproduire ailleurs.

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