Stats

  • 6 862 976 Hits
14/06/2021

Strategika 51

 Πάντα ῥεῖ…

Donald Barr, le père de William Pelham Barr, procureur général des États-Unis d’Amérique depuis le 14 février 2019, a enseigné la littérature anglaise à l’Université Columbia puis a dirigé Dalton School à Manhattan. En 1973, il avait recruté un jeune de vingt ans qui venait juste d’abandonner ses études pour enseigner les mathématiques. Ce jeune, autodidacte et naturellement doué pour les maths, se nommait Jeffrey Epstein.

Jeffrey Edward Epstein enseigna les mathématiques à Dalton School de Manhattan entre 1974 et 1976 mais l’enseignement ne l’intéressait pas vraiment. Il était fasciné par les opérations boursières de Wall Street, lisait tout ce qui était disponible sur la montée des Rockfellers et leur immense fortune tout en entretenant un intérêt particulier pour le monde du renseignement.

Après un intérêt éphémère pour la physique quantique, Epstein quitte l’école Dalton et rejoint la banque d’affaires Bear, Stearns & Co, Inc. Une des banques pionnières dans la le transfert d’actifs financiers comme les créances à des investisseurs actifs en les transformant en sociétés ad-hoc en titres financiers émis sur le marché des capitaux. La faillite de cette banque a été un des éléments précurseurs de la crise financière de 2008.

Doué pour l’élaboration de systèmes de Ponzi assez sophistiqués, Epstein travaille à son compte et commence à s’enrichir très vite, attirant dans un premier temps l’intérêt des services de renseignement US puis les sections du renseignement financier des services britanniques, très actifs sur les marchés boursiers. Il intègre divers clubs sélectifs et fraternités comme Sigma Alpha Mu et devient proche de Les Wexner, un magnat du textile. Epstein a travaillé aussi en tant que consultant avec la Tower Financial Corporation, basée à Manhattan et enregistrée au Delaware, une agence de recouvrement de créances qui payait un cent pour chaque dollar de prêts que les débiteurs estimaient sans valeur et ciblant de façon systematique les dettes de personnes auprès des hôpitaux, des compagnies des télécoms et les banques. Cette agence a été le fer de lance d’une OPA sur la Pan Am (Pan American Airlines), laquelle fut déclarée en faillite après l’attentat de Lockerbie ayant ciblé le vol 103 en 1988. La Libye de Gaddafi fut accusée dans cette affaire mais les services secrets libyens qui avaient des avoirs à New York, gérés par…Epstein, nièrent tout lien avec cet attentat et commencèrent à soupçonner ce dernier d’etre lié d’une façon ou d’une autre aux services secrets britanniques et au Mossad. C’est à cette époque que Epstein fut recruté par le Mossad israélien. La Libye finira par tout céder et accepter de payer des indemnités astronomiques suite à un chantage financier mettant en péril le fonds d’investissement libyen et les réserves d’or détenus à l’étranger. Ces concessions forcèrent Gaddafi à se montrer conciliant envers Londres et Washington pour gagner du temps et rapatrier l’or libyen. Ce stratagème échoua et la Libye fut finalement ciblée par une guerre hybride ayant détruit son régime politique et économique en 2011.

La Towers Financial Corporation monte une série de systèmes de Ponzi qui mèneront à la plus grosse fraude financière de l’histoire des États-Unis jusqu’à celle de Bernard Madoff. Le fondateur de cette agence, Steven Hoffenberg et ses employés sont arrêtés mais Jeffrey Epstein, l’un des cerveaux sinon le principal concepteur des schémas de Ponzi, n’est nullement inquiété par la justice. Trois décennies plus tard m, Steven Hoffenberg corrobore l’appartenance d’Epstein au monde du renseignement en affirmant qu’il devait son impunité au fait qu’il manipulait les agences du renseignement US, qui avaient besoins de ses services, au profit d’organisation étrangères. Cette affirmation renforce l’information selon laquelle Epstein était un agent de haut niveau du Mossad. Une information qu’aucun média US n’osait publier par peur de représailles financières.

Devenu riche, Epstein devient une personnalité mondaine, mène un grand train et devint l’ami des figures les plus en vue de l’élite internationale. Il est tellement apprécié par les émirs saoudiens à qui il a rendu d’immenses services dans la haute finance internationale que ces derniers lui octroient d’office la nationalité saoudienne (Epstein a souvent voyagé avec un passeport saoudien). Il est également l’ami des Clinton, des Bush, des Trump, des Hilton, de quatre premiers ministres israéliens, de membres de la famille royale britannique, d’éminents banquiers de la City de Londres, des dix grandes richissimes familles de France, de richissimes princes arabes, des oligarques russes, des magnats de la finance mais également des parrains du crimes organisé transnational dans une trentaine de pays. Il dirige aussi des opérations clandestines visant à compromettre par le chantage à l’image ou aux mœurs des personnalités publiques d’intérêt prioritaire. Il intègre un réseau mondial de trafic de mineurs pour la consommation exclusive des grands de ce monde et devient un maître incontesté du chantage ciblé. Son réseau n’est que l’un d’une dizaines de réseaux similaires développés aussi bien par les services secrets, de multinationales ou de l’élite. Certains de ces réseaux étaient liés à des pratiques initiatiques de sectes ou d’organisations secrètes et impliquaient la pratique de la pédophilie et d’autres activités criminelles. Epstein et son amie Ghislaine Maxwell, une espionne double ou même triple, fille d’un grand magnat de la presse britannique qui était proche des services secrets britanniques et israéliens, étaient plutôt spécialisé dans les très jeunes femmes recrutées sans contrainte dans les milieux de la mode et du show-business mais également la prospection pour le mannequinat. La demande pour ce type de services était tellement élevée au sein des élites que l’un des agents français impliqués dans ce vaste trafic ironisait sur le recours possible aux méthodes des mafias d’Europe de l’Est qui attiraient sous divers subterfuges des jeunes femmes en quête de notoriété dans des nasses souvent fatales en Occident. D’autres préconisent le recours à des sous-traitants employant des méthodes plus violentes. Ironie du sort, l’un des clients les plus réguliers de Epstein dans ce domaine était chargé de publier le rapport annuel contre la traite des personnes dans le monde.

A un certain moment, Epstein “tenait presque tout le gotha mondial dans sa poche” mais il se fit ainsi un nombre impressionnant d’ennemis qui jurait sa perte, à commencer par de hauts responsables de la CIA et du FBI qui considéraient Epstein comme une taupe ou agent double. En 2008-2009, une première procédure judiciaire à son encontre est entamée et à la suite d’une perquisition policière, Epstein est inculpé mais ce dernier passe des accords avec les procureurs et s’en sort assez bien. En réalité, c’est les israéliens qui l’ont mis dans le viseur et Epstein tentera de se réfugier chez certains de ses amis, notamment ceux d’Arabie Saoudite, ce qu’il lui accorde un répit avant de nouvelles accusations en 2015. À la fin, Epstein est arrêté pour “trafic sexuel de mineurs” le 07 juillet 2019 et incarcéré au Metropolitan Correction Centre de New York où sa richesse lui aurait attiré l’agressivité des gardiens et des autres détenus. Le 25 juillet 2019, Jeffrey Edward Epstein, l’homme qui connut tous les puissants de ce bas monde, a “été suicidé” en prison. L’homme en savait beaucoup trop sur les élites dirigeantes et les ressorts cachés du pouvoir pour demeurer en circulation.

Le fils de Donald Barr, le premier employeur d’Epstein quand il quitta l’Université à l’âge de vingt ans, supervise depuis le mois d’août 2019 l’enquête sur les circonstances de sa mort qui ne sera jamais élucidée. Détail peu connu, Donald Barr avait écrit un roman de science-fiction centré sur l’esclavage sexuel.

L’affaire Epstein a ébranlé l’ensemble de l’édifice des jeux de pouvoir à l’échelle internationale et mis en évidence une vérité ancienne sur le chantage et l’escroquerie. Loin de la façade du monde dit libre se cache un monde sordide où les droits des humains n’a jamais existe en dehors des mêmes “privilèges” accordés au bétail domestique et la liberté de se faire du mal. Notre monde est aussi le sujet d’un roman de science-fiction à thématique dystopique que les médias de masse et les réseaux sociaux tentent de nous faire oublier sous peine d’accusation de complotisme. Un euphémisme suranné qui sera bientôt pénalisé. Mais cela est une autre histoire.

%d blogueurs aiment cette page :