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25/09/2021

Strategika51 Intelligence

 Πάντα ῥεῖ…

Myanmar et la novlangue de Washington

Eric Blair, plus connu sous le nom de plume de George Orwell, auteur entre autres du très célèbre roman dystopique “1984” n’a pas inventé la Novlangue, un langage officiel modifié et appauvri d’une des trois puissances, en l’occurrence Océania, en conflit permanent pour l’hégémonie mondiale, imposée en tant qu’instrument de domination politique. Le novlangue est une instrumentalisation politique du langage à des fins de manipulation sans recourir à la censure. C’est un peu l’habillage verbeux politiquement correct adopté officiellement par le monde dit libre. En dehors de cette hémisphère, c’est la langue de bois ou le langage convenu.

Le coup d’État intervenu au Myanmar (l’ancienne Birmanie) pour dégager Aung Sans Suu Kyi, agent du Mi6 britannique que l’extrême subtilité asiatique de ses adversaires régionaux a permis de réussir avec les conséquences épouvantables qui en ont découlé pour ce pays situé à la charnière de l’Inde et de la Chine, a donné lieu à une illustration aboutie de la novlangue par Washington. Extrait officiel:

En gros, la Maison Blanche condamne le renversement par l’armée birmane du gouvernement et la mise en détention de Aung Sans Suu Kyi en considérant cela comme une attaque directe contre la transition démocratique et la règle de droit. De qui se moque t-on ici? Des gogos pour qui la langue pense à leur place et qui n’arrivent pas à faire un lien entre la transition chaotique et inachevée du pouvoir aux États-Unis, pire que celle des républiques bannières de films caricaturaux de série Z (dans la catégorie dite des nanars) et la femme pratiquant une dance aérobique sur fond de putsch tranquille.

Ce n’est pas fini. Voilà revenu le script des menaces et des sanctions du temps de la momie d’Albright:

“Les États-Unis ont supprimé leurs sanctions contre la Birmanie [Myanmar] au cours de la décennie écoulée sur la base des progrès accomplis vers la démocratie [c’est-à-dire la mise en place de l’agent Aung Sans Syy Kyi à la tête du pays, une sorte de Navalny/Guaido succès story en happy-end ]. L’annulation de ses progrès [la neutralisation de leur agent] va nécessiter un examen immédiat de nos lois et compétences en matière de sanctions, suivi par une initiative appropriée”. A ce stade, l’équipe des années 90 qui veut gouverner dans les années 2020 ne sait peut être pas que la Chine et la Russie viennent d’ordonner la fin de récréation au Myanmar, pays d’un intérêt stratégique immense pour la Chine (accès à l’océan indien, terres rares, ressources minières, contingence avec le sous-continent indien et la péninsule indochinoise, etc.)

Il semble que l’État profond un peu trop occupé à superviser l’opération Navalny en Russie, l’une des plus grandes opérations de guerre hybride jamais entreprises contre ce pays depuis des décennies, a été surpris par un mouvement de pion adverse en Asie du Sud-Est.

Aung San Suu Kyi était la conseillère spéciale de l’État et porte-parole de la présidence qui assurait de facto la fonction de chef de gouvernement depuis 2016. Prix Nobel de la paix en 1991, elle a longtemps été opposante au régime militaire et très proche du Mi-6 britannique. Elle a été érigée au rang de star en Occident, ce qui amena le régime à s’en accommoder avant de céder sous la pression occidentale en l’acceptant dans un semblant de jeu électoral où elle est plébiscitée en tant que fille d’un des héros de l’indépendance de ce pays à majorité bouddhiste et à tendance ultra-nationaliste (George Orwell en savait quelque chose puisqu’il fut policier en Birmanie du temps de l’Empire britannique avant de se rendre compte du caractère saugrenu de la domination coloniale sur des populations rétives à toute domination étrangère). Mais elle perdit tout crédit après les massacres des Rohingyas dans l’État fort stratégique de Rakhine (où comme par hasard la Chine voulait établir le terminal pétrolier sur l’océan indien) et elle fut même soupçonnée de complicité de génocide par ses propres partisans qui l’accusèrent de jouer le jeu des puissances occidentales (les médias occidentaux accusent les généraux d’être les principaux instigateurs des massacres visant la minorité des Rohiyingas).

Washington a abandonné l’approche pragmatique pour adopter une autre basée sur l’idéologie. Ce changement de paradigme rappelle celui ayant affecté l’ex-Union soviétique à une époque critique de son histoire. Elle a d’ailleurs précipité sa chute.

En attendant, la novlangue s’appauvrit de jour en jour et nous le ressentons tous, y compris dans les tournures inopinés de notre façon de nous exprimer.

Le grand jeu n’a plus de règles.


Suggestion de lecture ou de relecture:

Une histoire birmane (Burmese Days) de George Orwell, 1934.

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