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20/09/2021

Strategika51 Intelligence

 Πάντα ῥεῖ…

Afghanistan : un casse-tête sans fin

Les Talibans d’Afghanistan ont capturé des passages frontaliers importants de ce pays enclavé, s’accaparant ainsi une part substantielle des des revenus douaniers avec l’Iran (Ouest), le Tadjikistan (Nord), le Pakistan et la Chine. La perte progressive des postes frontaliers prive le gouvernement de Kaboul de revenus essentiels pour le fonctionnement d’une armée en sur effectifs mais peu efficace. Par conséquent, le budget du gouvernement afghan sera d’ici peu de temps entièrement soutenu par l’aide financière internationale.

Après plus de vingt années de guerre et des trillions de dollars de dépenses, l’intervention militaire de l’Empire a abouti à une débâcle stratégique que Washington va tenter d’exploiter pour déstabiliser la Chine et la Russie. Les désaccords apparus entre la Chine et le Pakistan sur l’approche à adopter pour résoudre la question afghane ou encore la différence d’angles de vue séparant Moscou de Téhéran sur ce conflit mettent en exergue l’extraordinaire complexité d’une région dans laquelle le régime de Bush junior s’était engouffré tête la première sans savoir où il allait mettre les pieds. C’était un formidable piège dont il semblait difficile d’en sortie indemne. Vingt ans après, la victoire des Talibans est presque totale. Le Chef d’état-major des armées US a reconnu lui-même que les Talibans afghans contrôlaient la moitié des localités du pays mais aucune capitale provinciale (toutes assiégées). Cela veut dire que sur le terrain, la réalité est encore plus marquée.

Le gouvernement de Kaboul continuera à drainer les finances des alliés de Washington. Les options stratégiques sont peu nombreuses. La création d’un Daech local (du Khorassan) par les services spéciaux pour contrer les Talibans s’avère peu efficace à entretenir une guerre interethnique ou interconfessionnelle; la création de milices turkmènes par les services spéciaux turcs aura un impact limité puisqu’il se base sur des relents de panturkisme que refusent même les adversaires des Talibans. Reste l’option chinoise mais celle-ci se heurte à la vision de l’ISI, les redoutables services de renseignements pakistanais, qui ont joué un grand rôle dans la création des Talibans afghans dans les années 90 et qui continuent à jouer sur tous les tableaux avec en ligne de mire la suppression de l’influence indienne et l’évitement d’une prise en étau entre l’arch-rival indien et un Afghanistan historiquement source de toutes les conquêtes qui ont déferlé sur le sous-continent.

Un véhicule d’une milice turkmène capturé par les Talibans. La Turquie joue un rôle croissant dans le conflit afghan avec objectif d’assister le gouvernement à tenir les villes en priorité et à abandonner les campagnes aux Talibans.

Un bombardier stratégique lourd B-52H de l’US Air Force photographié près de Kandahar (juillet 2021). Le soutien aérien US aux forces afghanes a permis de repousser des assauts des talibans visant Kandahar (Sud) et Balkh (Nord). Cette stratégie devrait s’intensifier dans les semaines qui viennent.

L’adhésion de nouvelles recrues aux Talibans a multiplié les exactions que commettent de nouveaux combattants souvent analphabètes à l’égard de certaines catégories de la population. L’assassinat d’artistes, de comédiens connus et surtout d’un comique populaire qui a subi des mauvais traitements avant une exécution gratuite (vidéos disponibles mais non diffusables par respect aux familles des victimes) ont grandement desservi le mouvement dans le Sud et galvanisé certaines tribus qui refusent que des “jeunes désœuvrés” puissent prendre le pouvoir et y exercer des représailles contre les classes moyennes en se basant sur le degré de leurs frustrations sociales ou de leur incapacité à se faire une place en société.

L’unique solution de sortie de crise en Afghanistan consiste en un consensus de l’ensemble des factions pachtounes en faveur d’un gouvernement inclusif de tous les partis et les communautés du pays, auquel les Talibans doivent adhérer sans pour autant y exercer un pouvoir exclusif. Cet objectif est déterminé par le degré de consensus en faveur de la paix exprimés par les principaux chefs pachtounes et leur capacité de dire non à toute influence extérieure. La neutralisation des influences US, pakistanaise, indienne, iranienne et celles des pays du Golfe ne peut réussir que grâce à une nouvelle alliance endogène fédérée autour d’une idée commune visant le retour d’une paix envolée depuis plus de quatre décennies. Un objectif qui semble hors d’atteinte vu la configuration sociologique afghane. Un casse tête sans fin.

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